- Vous allez où monsieur ?

-... Ben .. je vais à mon bureau... comme d'habitude...

- C'est quoi votre nom ?

- Ranx..

- ça s'écrit comment ?

- R.A.N.X.

- Je peux voir votre carte d'identité, si vous plaît...

Une fois tous les trois mois, l'agent de sécurité de l'entrée change. On a beau sympathiser, se faire des sourires, échanger des idées, il arrive toujours un moment où l'on se retrouve face à une nouvelle personne qui ne connaît rien à vos habitudes, qui vous toise d'un regard méfiant, qui ne voit en vous qu'une menace éventuelle à neutraliser sur le champ.

Il faudra quelques jours pour que tout revienne à la normale. Je n'aurais plus à me présenter, il n'aura plus à suivre la procédure et son naturel pourra alors revenir au galop.

Il est toujours amusant de découvrir l'homme qui se cache derrière la cravate et le blaser noir.  Il y a celui qui ne décolle plus les yeux de son écran (oubliés le "bonjour, au revoir" des premiers temps, vous n'êtes plus qu'une mouche qui vient parasiter sa vision tandis qu'il se la donne sur Meetic), celui qui veut devenir votre meilleur ami, celui qui écoute radio nostalgie toute la journée, celui qui attend un autre travail, celui qui se retrouve là après une grande carrière et un petit accident et celui enfin, qui distribue des cassettes montrant ses qualités de comédien.

Instant de doute. Je lance la cassette. Une jolie femme dans une robe fourreau à la Jessica Rabbit chante une chanson langoureuse, une  femme aux longues jambes  poilues. C'est notre homme. Il y a beau y avoir d'autres extraits de lui dans d'autres courts métrages amateurs, le seul que je retiens, c'est lui dans sa robe.

- T'en as pensé quoi alors ?!

Il y a des moments, je rêverais de travailler dans les assurances. Ne pas avoir à lui dire ce que je pense de le voir jouer les Rita Hayworth en barbe.

- Tu sais moi, c'est plus l'animation...

- ...

- Je veux dire, dans le dessin animé, il n'y a pas de comédiens.

- ...

- Mais c'est bien.... C'est bien...  Enfin, y a... c'est bien...

En même temps, les employés d'assurance n'ont pas toujours la chance de voir les jarretelles de leurs agents de sécurité. Quitte à remontrer ma carte d'identité, je préfère rester  ici, attendre la prochaine personnalité.