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- Voilà la 201, si vous voulez rentrer...

Je passe devant, je découvre la chambre. Elle est immense, elle est magnifique, mais elle donne sur un mur. Loin de moi l'idée de jouer les snobs mais quitte à dormir dans un palace, autant avoir une belle vue. Surtout que de l'autre côté, l'hôtel donne sur le lac d'Annecy.

La classe, la grande.

Rien à voir avec ici où la vue est moche et la douche fuit.

Tant pis, je m'en contenterais pour la nuit. Demain, je prendrais la chambre d'un collègue qui s'en va et donnerait la mienne à un autre qui arrive.

En attendant, je tire les rideaux. Demain sera une longue journée

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- Vous avez dit la combien ?

- La 201 et la 312, j'ai fait un échange ce matin, c'est monsieur qui va reprendre ma chambre...

- Ah, je suis désolé mais vous n'avez pas rendu les clés...

- ...

- En tout cas, elles ne sont pas ici.

- ...

J'ai comme une envie de dire "appelez moi le directeur" mais ça sonne un peu cliché et à deux heures du matin, j'ai peur qu'il ne soit pas de très bon poil. Et puis, je sais pas me plaindre. C'est même pas moi qui paye la chambre.  Et c'est pas de sa faute à ce monsieur s'il ne trouve pas nos clés. En plus, il me fait douter. Il faut que je trouve un argument imparable, quelque chose qui prouve que j'ai raison.

- Ben si, je les ai donné...

- Vous êtes sûr ?

- ... ben... ouais...

Imparable.

- Ne bougez pas, je vais voir ce que je peux faire...

Nous attendons cinq minutes pendant lesquels je m'interroge. Qu'est ce que j'ai bien pu foutre de ces clés. Et si c'était mon autre collègue qui était parti avec ? Il y a du mystère dans l'air. Le lieu se prête au cluedo. Va t'on retrouver le colonel Moutarde assassiné à coup de lampe de chevet dans la 201 ? Mystère...

En attendant, le maître d'hôtel revient, un passe à la main.

- Si vous voulez bien me suivre.

Nous montons dans l'ascenceur, direction le deuxième étage. Arrivé devant la porte, l'homme se tourne une dernière fois vers moi.

- Vous êtes sûr d'avoir laissé les clés à la direction...

- Ben ouais ouais, sûr sûr...

- Bon...

Il ouvre la porte et découvre un corps à moitié nu couché sur le lit.

- Mais qu'est ce que vous faîtes là ???, demande le maître d'hôtel

Le corps se redresse dans un demi sommeil.

- J'ai réservé cette chambre...

- Mais c'est pas possible, c'est là où j'ai dormi...

Pas le temps de balancer d'autres arguments, le corps nous claque la porte à  la gueule. 

- Visiblement, il y a  comme un petit problème. C'est pas grave, on verra ça après, nous allons d'abord ouvrir l'autre chambre.

- Et moi, je vais dormir où ?

- Au pire, tu squattes dans la mienne...

Nous arrivons au troisième étage.

- ... c'est la 312... ou... attendez, j'ai un doute. C'est peut-être la 316...

- Vous m'avez dit la 312, tout à l'heure...

- Oui... mais j'ai dit ça comme ça. Là, à vue de nez, je pencherai plus pour la 316... Mais bon, c'est pas du cent pour cent non plus...

Le maître d'hôtel  lâche un profond soupir.

-Bon, tant pis, on va vérifier.

Il ouvre la 312 qui donne sur un long couloir au bout duquel se trouve la chambre. Celle-ci est éclairée. Sur une chaise, on aperçoit des vêtements dont un polo bleu à rayures jaunes.

- Vous reconnaissez vos affaires ?

- Oui, c'est là. Désolé pour le dérangement.

J'entre, je m'apprête à déposer mon sac quand je me rends compte que quelque chose cloche. Il y a quelqu'un dans le lit. Quelqu'un qui lit et qui ne comprend pas ce que je fous dans sa chambre. Moi non plus d'ailleurs.

Nouveau coup d'oeil sur les affaires. J'ai l'impression d'avoir fait une petite boulette.

Je profite de sa surprise pour courir dans l'autre sens, remonter dans l'ascenceur avant que l'homme ne m'ait identifié. J'y retrouve mon collègue et le maître d'hôtel.

- Je suis désolé, je me suis trompé...

Les portes de l'ascenceur se ferment. L'ambiance est bizarrement plus détendue comme si nous étions une bande de gamins qui voulaient faire des farces en pleine nuit. Même si nous ne dormirons peut être pas ici, nous nous serons en tout cas bien amusé.

Retour au rez de chaussée. Le maître d'hôtel remarque une feuille stabylo-bossée. Elle devait être sous ses yeux depuis longtemps mais là d'un coup, il comprend.

- On vous a changé de chambre,  c'est pour ça qu'il y a quelqu'un à la 201. Vous êtes à l'étage du dessus...

Il donne les clés à mon collègue qui part vite fait se coucher.

Quant à moi, je n'ai pas d'autres solutions que d'appeler à Paris.

- mmmmmmm ?

- Je te réveille ?

- mmmmmm

- Juste, ta chambre, c'est pas la 312...

- mmm'est la 316....

- Ok, bonne nuit...

Le  maître d'hôtel trouve mes clés. Bonne nuit monsieur, c'était chouette cette petite visite.

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Lendemain matin, je sors de l'ascenceur, direction le petit déjeuner.

- Non mais tu te rends compte, à deux heures du mat'...

- Mais c'était qui ?

- Je sais pas, c'était des mecs...

- T'en a parlé à la direction ?

- Mais ouais, ils ont rien vu, ils en savent rien...

- Non mais t'as rêvé...

- Mais non, je te dis...

Aujourd'hui, je vais me faire tout petit.

Je m'approche du tableau des clés. Toujours le même maître d'hôtel en pleine discussion avec un client.

- J'ai pas eu le temps de bien voir. Un type chauve avec une mallette. Mais je suis pas sûr. Tout ce que je sais, c'est qu'il avait les clés...

- Vous en êtes sûrs ?

Je tend mes clés. Echange de sourires. 

- Ben... oui...

Je vais même me faire TRES petit.

- Enfin, j'crois...