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Ce soir, mon frère et moi, on est de sortie  et autant dire qu'on compte bien se la donner. Hors de question de rester à l'appartement à regarder la télé. On est des grands maintenant.

Ce soir, on sera les rois de la night. On rentrera pas tant qu'on aura pas pécho un peu. C'est les vacances, on veut du frisson. Finir cette semaine sans une histoire, ce serait la loose assurée. Pas notre style. D'autant qu'on a mis toutes les chances de notre côté. On est à la plage, on est bronzés comme des dieux, on a mis nos beaux polos roses et du gel dans les cheveux. Allez, on est parti pour la boîte. Avec l'éclairage, on peut faire dix huit, dix neuf ans facile. On n'est pas trop moches. ça devrait assurer...

Et ça assure plutôt bien dés l'entrée. On danse, danse, danse sur ce refrain qui nous plait, et on tape, tape, tape, c'est notre façon d'attirer la caille. Et c'est chaud chaud chaud sur la piste de danse, quarante degrés, c'est hot hot hot. Deux poulettes ne nous lâchent pas du regard. Elles sont jeunes (enfin, elles ont notre âge) assez jolies. D'abord faire comme si de rien n'était, laisser ferrer un peu, et puis lancer un regard en coin, un petit sourire genre  "j'ai repéré ton manège". Faire abstraction de cette peur qui noue le ventre. Retenir les gazs qui ne demandent qu'à s'échapper. Danser, regarder, haussement de sourcils, danser encore. Elles s'approchent. Merde merde merde, c'est pour de vrai.

De plus près, on remarque un peu les défauts.  L'une a des bagues, l'autre quelques boutons. Mince alors, elles sont maintenant trop près, c'est officiel pour les autres, on forme un couple, plus personne ne veut s'approcher. Bon, tant pis, la lumière gomme un peu. Et puis c'est pas comme si ça nous arrivait tous les jours. Ne pas se laisser impressionner. Il faut sourire. Moins bêtement. Elles veulent du rêve, montre comme tu danses bien.

Mais bon, elles ont beau sourire, quand même, c'est dur... J'ai pas l'habitude de danser autant. Surtout par cette chaleur. La blonde me sourit. L'autre danse avec mon frère. A croire qu'elles ont fait leur marché. Et nous, on a rien eu à dire. Tant pis, je fais abstraction de sa mauvaise peau, je souris, je fais une pause. Elle me suit. C'est bon ça, la nuit va être hot hot hot...

" Tu es Française ?"

"Wat ?"

"You ... French ?"

"No...No... Dutch"

"Ah.. Dutch... Good.. You here for holiday ?"

"Of Course"

Elle rit. Elle est jolie quand elle rit. Allez, je suis courageux. Je passe mon bras autour de son épaule. Je le sens bien là.

"And you ?"

"Hein ?"

"vere are you from ?"

"Je suis désolé,  je comprends rien.. . T'es belle en fait ?"

"Wat"

"You're good"

Elle rit encore. Elle va pas arrêter de rire ? Je suis pas un clown moi.

Sur la piste, mon frère emballe sec. C'est ça, l'expérience. Dans quelques années, je ferais comme lui. Un claquement de doigts, et c'est parti.

"Can you know to kiss ?"

"Wadidiou say ?"

"I want to kiss you"

"Ok".

Elle me sourit et s'approche. Je vais m'en décrocher le coeur. Plus près, je me rends compte qu'elle est moins vieille que je le pensais. Elle tremble un peu. Elle m'embrasse. Je sens sa langue qui frôle mes dents. Je sais pas pourquoi, je bave un peu. Mais au moins, c'est fait. Premier étape franchie, la nuit va être bonne bonne bonne.

Après plusieurs minutes de masticage de langues, je décide de passer à la  vitesse supérieure.

"Do you want to go at beach ?"

"what for ? "

"what for.. oh l'autre... for for for... je sais pas moi... for me ?"

"No, I can't.."

Oh la dégoûtée...

"I have to go now. Can we see each other tomorrow at the beach"

"Yes yes why not" ... Bon, le dépucelage, c'est pas pour ce soir. Chier, merde...

"Ok two o'clock in the afternoon".

"Ok Ok"

"Bye"

"C'est ça.. baille".

Mon frère me rejoint. Elles sont parties ensemble.

"C'est pas grave, demain, on se les fait". Il est chouette mon frère. Il connaît les mots qui me touchent.

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"Mais c'est bon là, il est 14h15, on peut y aller".

"C'est ça, et tu crois qu'il y aura quelqu'un... Tu comprends vraiment rien à la drague. Elles veulent qu'on y soit pour nous faire patienter. Elles arriveront pas avant 15h, 15h30, juste pour se faire désirer... "

"T'es sûr ? "

"Non mais qui s'y connait le mieux en drague. C'est toi ou c'est moi.... "

"Oui mais"

"Et ben vas y si tu veux. Moi j'attends pas dans le sable. Qu'elles attendent un peu, qu'elles aient envie de nous. En plus, en attendant, on va s'ennuyer"

En même temps, je suis pas contre attendre un peu. Parce qu'hier avec l'éclairage, ça passait. Mais aujourd'hui, à la lumière du jour, à quoi elle ressemble celle que j'ai embrassé ? Si ça se trouve, c'était pas des petits boutons. Et puis elle a peut être de la moustache. Je sais pas, je sens qu'on va avoir des mauvaises surprises. Autant patienter.

"bon allez, il est 16h00. On va faire un grand tour avant de les rejoindre. Elles seront chaudes comme des braises, tu verras."

Ouais ok mais là, je le sens moyen . Un peu de douceur, ça serait bien aussi. Si elle me saute dessus. En journée, j'ai un peu peur de ne pas assurer.

"Tiens, c'est pas elles, là bas ?"

"Je sais pas. J'en sais rien".

"Non c'est pas elles... Pfff, mais elles sont où ? "

"Je sais pas, elles sont peut être parties"

"Mais pourquoi ???"

"Bah parce qu'on était pas là"

"Et alors, c'est la plage. Tu t'installes. tu attends. Tu pars pas... C'est pas vrai, ça..."

"Bon ben... elles vont peut être arriver"

"C'est ça. On va s'installer, ça va les faire venir".

Au final, elles ne sont jamais venu. Et à partir de ce jour là, j'ai appris une grande leçon qui m'a servi pour le restant de mes jours (musique cérémoniale, instant chargé d'émotions)

Ne jamais plus écouter mon frère pour apprendre à séduire.