Malgré les années, c'est toujours le même problème.

D'abord, on se dit, "tiens, si j'écrivais quelque chose".

On se lance un petit défi, histoire de voir si on est cap', on se prend un peu la tête , on rame même beaucoup au départ. Et puis les jours passent, et à force d'écrire, on se découvre une certaine facilité. On essaie des petits trucs, on se fait réellement plaisir. Certains passages me rendent même un peu fier. Bref, la confiance est créée. Les premiers défis sont relevés, il est temps de monter la barre pour se prouver qu'on peut faire mieux sur des sujets plus ardus.

Il y a quelques débuts difficiles, des passages abandonnés, des moments de doute. Mais dans l'ensemble, la plupart des idées prennent formes. Et comme je suis bon public et que je me fais avant tout plaisir, je suis plutôt satisfait. Je ne serais jamais un grand écrivain certes, mais à ma manière, je me débrouille plutôt bien.

Une petite tape dans le dos, un café chaud et un sourire en récompense. 

Et maintenant, la suite...

Quelle suite ?

Ben, la suite, coco... T'as bien quelques sujets à développer ?

Ben, c'est à dire, oui. Bien sûr. Des tonnes de sujets. Et des tas d'idées. Enfin, je crois. Je suis pas sûr. Je peux réfléchir ?

Et là, c'est le drame.

La panne.

La vraie.

Celle qui donne l'impression de ne pas savoir écrire. De ne plus jamais pouvoir le faire.

Les premières fois, c'est la panique. 

" Ce n'était qu'un coup de chance. J'ai fait croire à tout le monde que j'avais un minimum de talent. C'était du bluff, de la prétention. Je ne suis pas fait pour cette voie. Ne reste plus qu'à vendre des gauffres.".

Le moindre compliment nous enfonce. Rien ne peut changer cet état. On se sent nul, inutile, bon à rien.
On ne mérite rien puisqu'on est incapable. Les amis essaient de rassurer, ça va revenir, ne t'en fais pas. Mais rien n'y fait. Pire, non seulement on est nul, mais en plus on plombe l'ambiance. A se demander pourquoi les proches nous apprécient.

Le mieux serait de s'exiler. Trouver une grotte n'importe où, loin des autres en tout cas. Qu'ils n'aient plus à subir mon caractère de médiocre. Ne plus chercher à être créatif. C'est pour les pros, pas pour les petits bras. De toute façon, je ne sais rien faire. Alors autant s'en aller.

Et puis se poser toujours la même question : pourquoi c'est parti ? C'était sympa pourtant. Et puis je n'avais pas terminé. Je commençais à peine. Je suis sûr qu'en réfléchissant un peu, je trouverais des tonnes de sujets à traiter. Comme...

....

Rien

....

Le néant

...

Le vide

...

Le mieux serait encore de reprendre  depuis le début. Avant l'écriture, il y avait bien autre chose. L'observation, par exemple. Ma bonne amie, celle qui me faisait passer inaperçu. Celle qui me montrait le caractère des autres.  Ceux que je pouvais facilement croquer en deux coups de crayon.

Alors autant recommencer. Prendre des amis. Essayer de les décrire. Pas seulement physiquement. Trouver leur logique, utiliser leur langage,  leur tics, voir ce que ça donne.

Bien entendu, je ne peux pas les décrire tous. La plupart m'échappe. Prendre les plus grossiers. Ceux qu'ont peut le plus facilement décrire.

Et y prendre du plaisir.

Après un moment, trouver ça trop facile.

Se lancer un défi.

Raconter une histoire.

Mettre en scène une situation qu'on a déjà vécu.

Et retrouver le fil. Jusqu'à la prochaine panne. 

Aujourd'hui, je m'en fais moins, je sais que c'est une étape obligée. C'est d'ailleurs moins pour vous que pour moi que j'écris ce texte. Une petite gymnastique pour garder le rythme.

Tout en sachant que les prochaines idées sont à la porte. Qu'elles ne vont pas tarder à frapper.

Mais qu'en attendant, un moment de pause, une petite panne. Il faut être patient.

Quoi de plus naturel.