- Ah la la, je me souviens, le XXeme siècle, c'était vraiment beauf et compagnie. Surtout à cause de la télévision. Le dimanche, entre Jacques Martin et Loft Story, y avait que de la merde qu'on avalait sans broncher. La seule révolution, c'était qu'on pouvait passer d'une chaîne à l'autre sans bouger de son fauteuil...  Heureusement, après, y a eu le 2.0... Et là franchement, ça a tout changé...

Cet homme est sympathique.

Comme beaucoup d'autres, il a tendance à croire que ce qui se passait avant lui était totalement idiot, qu'avec son forfait mobile et sa connection haut débit, il a révolutionné son monde. Certes, tout va maintenant plus vite. Grâce à son GPS, il ne perd plus de temps à trouver cette rue accessible que dans un seul sens ; il communique avec des gens venus de tous les pays (enfin surtout des francophones basés essentiellement en France) ; il ne subit plus l'information puisqu'il devient lui-même un découvreur de talents (en même temps que ses proches qui lui envoient les vidéos des mêmes artistes fraîchement débusqués sur la toile et dont la télé parlera avec une semaine de retard) ; il peut lui même faire ses propres programmes (parodiques) et devient, grâce à la technologie, un véritable acteur de ce monde cyberconnecté.

Fini le monstre en chips nature qui bave sur le canapé, la télécommande à la main. Aujourd'hui, il s'est relevé et tient d'une main ferme la souris (en rajoutant un goût bacon dans ses Vico pour faire américain). Il est là, il est grand, il est le cyberbeauf des temps modernes.

Bien entendu, même s'il n'y a qu'une position, il n'y a pas qu'un Internet. Il existe donc autant de  cyberbeaufs qu'il existe de sites. Voici une petite revue des phénomènes les plus courants.

Internerd

Avec l'internet 1.1, il était fier d'annoncer au monde moderne qu'il possédait avant tout le monde la version collector de la Guerre des Etoiles avec des bonus qui lui permettraient de regarder son nanar favori jusqu'à ce que mort s'en suive (et peut-être même après, vu le nombre conséquents d'intervenants dans les interviews et autres featurettes en tout genre). Tout content, il était de dire aux autres qu'il avait découvert un bonus caché dans le sixième sous menu (même s'il lui a fallu six heures de vie perdue pour arriver à ce résultat). Ravi qu'il fût de pouvoir suivre par webcams interposées le tournage de son livre de chevet préféré, sans se rendre compte que la quasi totalité des scènes impressionnantes seraient tournées en intérieur, sur ordinateur (et qu'il ne verrait finalement pas grand chose, voir même qu'il n'entendrait rien sinon du vent). Fier comme un pape qu'il fût quand il du expliquer aux internautes abrutis le sens caché de la vie dans les derniers Matrix.

Cet homme, appelons-le Lucasss , était forcément près pour le 2.0.

Grâce à Youtube, il a pu montrer qu'il avait un talent. Celui de parodier ses films préférés. La Guerre des Etoiles version comédie musicale ? C'est lui. La Guerre des Etoiles avec de la musique rock, c'est encore lui.  La Guerre des Etoiles raconté en trente secondes ? La Guerre des Etoiles refait dans sa cuisine ? La Guerre des Etoiles fait ses courses au supermarché ? La Guerre des Anneaux rencontre le Seigneur des Etoiles ? Devinez qui... Et pour les trente ans de son machin en costume, il  compte bien faire un grand coup, histoire de montrer aux pontes d'Hollywood qu'il est un incontournable talent à qui il faut proposer de réaliser le chef d'oeuvre de sa vie (pourquoi pas la Guerre des Etoiles ?).

A bientôt quarante ans,  ce cyberbeauf se complait dans les joies de son enfance. Même quand il vieillira, il ne changera pas. Jedi, il ne sera plus vraiment mais Yoda, il deviendra... Au pire, il fera la sempiternelle blague qui ne fera plus rire son fils Luc...

J'en ai gros sur mon petit coeur
Le nerd était une race évidente de cyberbeaufs.

A l'opposé de ce modèle essentiellement masculin, il existe un pendant féminin. Bien entendu, il n'y a pas là de cinématographicotechnophilosophie. Juste une appropriation de la technologie  pour en faire quelque chose de plus rassurant, de plus proche de soi, de tellement plus chaleureux qu'un simple matériel informatique sur lequel on peut jouer à Warcraft.

Involontairement, Internet est devenu un journal intime....

"Aujourd'hui, Chouchou et moi, on a partagé un chocolat / J'ai eu envie de m'ouvrir les veines, de leur cracher ma haine à tous ces cons / J'ai eu cinq minutes pour moi, autant dire que j'ai essayé mon nouveau jouet / Parfois, je la bafferais cette conne / Je me retiens de pleurer. Je sens que je vais craquer. Il ne faut pas. Si les autres savaient..."

... Un journal intime ouvert à tous.

Alors que l'humanité à créée la distance pour se protéger des autres êtres humains, qu'il faut souvent plusieurs jours pour tomber sous le charme d'une personne qui, heureusement, ne se livre pas d'emblée,  les blogs ont créé cet effet inverse qui consiste à tout dire de soi à des  gens que  l'on ne connaît pas mais qui peuvent ainsi se rassasier sans fin de ces tranches de vies intimes et partagées, sur le mode ado midinante.

Exemple :

"Cher journal,

Aujourd'hui, la mère de mon Chéri nous a fait des crevettes. Elle sait pourtant que je ne les digère pas (enfin, je crois que je lui avais dit mais sourde comme elle est). Comme je ne voulais pas la vexer, j'en ai quand même pris. ça me donne envie de vomir et ça a déclenché mes allergies. J'ai passé une demi heure aux toilettes. Ma foufe me démange, c'est horrible. Dans deux jours, ça passera heureusement. Mais pour Chéri, c'est tant pis. Demain, je fais passer des entretiens d'embauche. J'espère ne pas vomir sur les prétendants.  Il faut s'y faire, je ne mangerais qu'une pomme. C'est dur, bien sûr. M'enfin, c'est moins pire que la guerre. Ils en parlaient aux infos. Quand on y pense, c'est horrible. Ce soir, je me fais un thé vert. Je regarde la troisième saison de DH. J'ai repéré une vaisselle pas chère au Leclerc. Demain, j'ai le temps, j'irais peut être faire un tour. Une surprise pour Chéri pour me faire pardonner.

Et vous ?"

- Euh, moi tout pareil, mais avec les courgettes...
Sophie34

- Pas de chances pour Chéri, heureusement qu'y a DH. Pour la vaisselle, c'est laquelle tu parles ?
Zabette12

- Je suis d'accord avec toi. La guerre c'est horrible. Mais y en a qui meurent de froid. Et c'est tout près de chezn nous, pas loin là bas.  Quelle marque ton thé ? Bizoox
Catherinette

Chaque jour apporte son lot de d'anecdotes passionnantes, de choses non dites, de découverte de soi, de rage extériorisées. Bref, tout ce qui nous endormirait dans une conversation devient un centre d'intêret littéraire sur le net. Et comme demain est un autre jour, les cyberbeaufettes ont de l'avenir sur la toile.

Mort aux cons, signez la pétition
Puisqu'on peut tout raconter sans jamais être jugé, il ne faut pas hésiter à se faire violence, à employer des mots crus pour soulever des sujets tabous. La France du JT refuse d'en parler, je m'en vais balancer l'info sur la toile et la faire nétour plus vite qu'un derviche. Oui, j'oserais dire que certains c'est des enculés. Oui, même parfois, je dénoncerais des cons. Y en a marre que ce soit toujours les mêmes. Si ça continue comme ça, on va droit dans le mur. Rejoignez le mouvement, montrer que vous en êtes, que pour vous aussi, ça ne passera pas. Que les connards, c'est pas pour vous. Fuck. No futur. Anarchy ! euh... faut que je vous laisse, y a mon chef qui passe (à la cantine, je n'aime que les plats de résistance !).

Internet c'est d'abord un truc individuel. Même si on se donne l'illusion de tout faire, on reste quand même seul face à sa machine. Grâce aux morts aux cons, on participe ensemble à des sujets de société qui fâchent en se redécouvrant une fantastique jeunesse, un retour d'adolescence qui nous permet de hurler haut, fort et en gras qu'on n'aime pas la soupe. Plus besoin de manifester, il suffit juste d'écrire son mécontentement. A plusieurs, on est toujours plus fort, on est une organisation. Si on est nombreux à dire que la soupe au choux, c'est dégueulasse, les choses changeront. On retrouvera peut être même l'alphabet dans les petites pates.

Mais faites vite, merde, car la terre va mal et les icebergs fondent ! Faut que ça cesse.  No Futur. Vie de cons. Morts aux !

Dailytube
Avant, il y avait Vidéogag. Bernard Montiel mort de rire devant les chutes de quadra sur les balançoires de leurs enfants, offrant l'insolite aux spectateurs, tel ce chien qui chante en même temps que la radio ou cette mariée qui perd sa robe en dansant. De l'humour, de la tendresse et un peu d'espièglerie pour gagner un camescope gros comme une brique. C'était gentiment beauf. ça redonnait le sourire en vidant le cerveau du samedi. Après ça, on était d'attaque pour faire les courses.

Aujourd'hui, on peut faire les courses quand on veut. Car avec les sites vidéos, c'est tous les jours Vidéogag. Regardez mon papy qui chute dans la piscine, ma soeur qui se cogne contre la vitre, la présentatrice qui se prend une beigne. Fendard, le gamin qui sait son alphabet à l'envers. Tordant, cette parodie de Star Wars à la supérette. Mort de rire, ce service où tout le monde fait les cons.

Grâce à Youtruc et Dailymachin, on peut désormais tous avoir en même temps son quart d'heure de gloire. Et  on s'y emploie à faire rire les foules. Plus de camescope à gagner, peut-être juste la gloire, l'amour et la célébrité. Vous regardiez jusqu'ici, et bien chantez maintenant. Qui sait si demain vous ne serez pas une star grâce à votre hymne à la photocopieuse (et aux fesses des assistantes).

(A suivre)
Demain, suite et fin avec : Amis, attrapez les tous ! (Facebook vs Myspace)