26 février 2009
Un jour irai-je à New-York avec toi ?
C'est devenu un fait acquis. Je n'ai pas de chance dans les voyages.
A chaque fois que je tente de partir, je me cogne au Mur Invisible de la Fatalité. Parfois, c'est un cerf qui percute le train que je suis censé prendre, d'autrefois c'est un incendie en pleine gare ou un train qui mettra des heures avant de partir. Quand ce n'est pas une alerte à la bombe ou un manque de passeport qui m'empêche de prendre l'avion (bon là, c'est un peu ma faute).
Bref, quand j'ai entendu parler d'une offre pour aller à New-York, je me suis d'abord dit que ce n'était pas pour moi. Le tarif réduit intéressait trop de monde, sûr que je ne ferais pas parti des élus, surtout qu'il avait très peu de place et qu'il fallait se dépêcher.
Pas la peine, je connais ma chance, je sais que je n'aurai rien.
Mais au hasard, à l'heure où l'on choisi le nom des participants, je pose la question : resterait-il de la place ? D'un air désolé, on me répond que non...
Je le savais. Ce n'était pas la peine. J'ai bien fait de ne pas m'inscrire.
...Mais Il y a tellement de monde que deux autres vols sont prévus. D'ailleurs, ceux qui ne sont jamais partis seront pris en premier.
Allez, rien que pour m'amuser, je m'inscris. On ne sait jamais. Pour ce voyage là, c'est foutu. Mais pour les deux suivants ?
Deux semaines plus tard, c'est confirmé, je suis pris. Et même, je peux partir en couple, avec ma dulcinée (ou n'importe quelle femme de mon choix mais là, c'est une question privée).
C'est étrange, ça ne devrait pas se passer comme ça.
C'est trop facile.
Trop simple.
Il y a forcément une couille quelque part
Le passeport !
Oui, ce sera mon problème.
Je n'aurais pas le temps de le faire, je vais avoir trop de pièces à demander, je vais retourner plusieurs fois à la mairie où l'on me demandera une batterie de documents à fournir, à tamponner, à faire valider.
Je suis un handicapé administratif. Dés que je dois fournir une pièce, je sue à grosses gouttes, je perds mes moyens, je ne suis plus apte à rien. ça ne peut donc pas marcher. Je suis condamné à rester sur terre. Je n'irais pas à New-York.
Pourtant, j'obtiens tout ce que je demande, et même, mes démarches sont facilitées par la mairie, celle-ci étant tenue par une dame qui me connaît bien (merci la vie à la campagne) et qui sait comment me guider dans le labyrinthe administratif. Au final, je le reçois en temps et en heure, je pourrais donc embarquer.
C'est trop facile. Bien trop facile.
Ne reste plus qu'à m'inscrire sur le site de l'ESTA pour une autorisation électronique.
Et là, je bloque.
Il me demande mon numéro de dossier.
Quel dossier ?
Depuis quand ai-je un numéro ?
Où pourrais-je le trouver ?
Je sens les gouttes de sueur qui reviennent à la charge.
Si je n'ai pas ce numéro, je ne pourrais pas avancer.
Je le savais, bon dieu, je le savais. Tout était trop simple.
Si je tape n'importe quoi, ça ne donnera rien.
Tant pis pour le voyage, il n'y avait rien à espérer, je suis condamné.
- Non mais là, tu t'es trompé de case, c'est pour ceux qui se sont déjà inscrits, m'informe t'on.
Encore une preuve de mon handicap.
Un nouveau monde s'ouvre à moi rempli de questions farfelues. Suis je un nazi ? Un dealer ? Un terroriste ? Un nazi dealer de terroristes qui a l'intention d'escroquer le pays qui a peut-être déjà eu à faire à moi et refuser de me donner un visa dans les années qui ont précédé cette demande ?
L'envie de cocher "oui" me chatouille. Le plaisir de la blague.
De toute façon, avec ma malédiction, sûr, je ne pars pas alors autant aider le destin.
Et puis comme ça, je serais fixé.
Malgré tout, je me résigne. Non, je ne suis pas tout ça. Juré, craché, la main sur la Bible.
Voilà.
Tout est validé.
Nous devrions partir.
C'est prévu pour le 19 mars.
Un coup d'œil aux infos.
Me voilà rassuré.
ça ne pouvait définitivement pas être aussi simple...
25 février 2009
It Sims Like
- Bonjour
- Bonjour
- Quel étage ?
- Cinquième
...
- Bonne journée
- Au revoir
Depuis maintenant quelques mois, je travaille dans un bâtiment rempli de gens qui occupent des fonctions diverses de travailleurs occupés devant leur ordinateur, protégés par des couloirs de cloisons blanches et des kilomètres de moquettes grises qui amortissent le bruit de nos pas tandis que les néons nous donnent un teint gentiment blafard qui montre aux visiteurs de passage que le travail ici, ce n'est pas que de la rigolade.
- Bonjour
- Bonjour
Nous sommes assez nombreux. Il y a plusieurs services. Des personnes travaillant sur différents projets à différents stades d'avancement.
- 'Onjour
- 'jour
Nous ne nous connaissons pas. Nous ne nous fréquentons que très rarement. Chacun est attaché à sa sphère d'activité. Peu de mélange, à part dans les ascenseurs.
- Excusez-moi, je descends...
- Bonne journée...
- Au revoir...
Au fil du temps, un code neutre a envahi l'endroit. Une forme de politesse courtoise à l'usage des employés dont nous ne connaissons pas les fonctions mais dont nous nous contrefoutons gentiment puisqu'ils sont une vague connaissance familière qui remplit l'espace qui nous mène du point bureau au point toilettes.
- 'Alut
- 'A va ?
Tout cela à un petit côté américain, cette façon d'uniformiser discrètement chaque personne pour qu'elle ressemble plus ou moins à son voisin. Nous pourrions être punk, banquier, vacancier, bouddhiste, alcoolique, cocaïnomane ou romantique, nous sommes tous égaux devant le même code du langage.
- Bonne après-midi...
- Vous aussi...
Et personne ne nous demande rien. Cela vient naturellement. Une politesse innée qui annihile toute envie de révolte. Même lorsqu'on se plaint doucement devant la machine à café, elle revient sournoisement.
- Bon allez, au travail
- Bon courage
- Merci, toi aussi
- A plus tard
Au final, cette habitude donne un coté Sims au bureau. Parfois, il y a même quelques bugs.
- Bonjour
- ...
- Genre, è'me dit pas bonjour, celle-là...
Mais dans l'ensemble, le logiciel est bien réglé, et tout se déroule exactement selon la procédure. Une fois la journée terminée, il suffit de prendre l'ascenceur.
- Bonne soirée.
- Merci, à demain...
Et puis chaque jour, recommencer.
12 février 2009
Comme ça, je sais qu'il est là.
Quand j'étais petit - Scénarios sur la drogue
envoyé par CripsIDF
Parce que je suis content de l'avoir écrit et de le retrouver grâce à Internet.
Précision pour ceux qui découvrent, je fumais mes deux paquets de vingt cinq en écrivant cette histoire. Tout ça pour dire... bon visionnage.
05 février 2009
Le vrai secret de la gagne
Salut ami de ce blog, je suis Jim et voici bon copain Fred
- 'Onjour...
- Vous vous demandez un peu ce qu'on fait sur ce site. Et bien, c'est simple. Nous sommes venus vous parler d'une invention qui va littéralement changer votre vie dans le bon sens du terme...
- Ouais, c'est tout à fait ça, Jim...
- Parce qu'au aujourd'hui, vous avez des problèmes, votre voisin a des problèmes, tout le monde a des problèmes...
- As qui le dis-tu, Jim...
- Et nous nous avons la solution...
- Putain, c'est beau, Jim, ça m'arrache une larme...
- Tout à fait, Fred. Et cette solution, ça s'appelle
- J'aurais jamais pensé, Jim...
- Parce que le corps, ça passe aussi par le mental. Et que ce mental, il faut le nourrir un peu chaque jour...
- Mais ce n'est pas facile, Jim, il y a tant de choses à faire. Je veux dire, toute la journée, il faut courir pour aller au travail, courir pour prendre les bonnes décisions, courir pour manger vite, courir pour sociabiliser, courir pour aller chercher les enfants à l'école, courir pour les devoirs du soir, courir pour la petite histoire avant l'extinction des feux, courir pour faire la vaisselle, courir pour regarder un bon programme, courir pour profiter d'un moment d'intimité et enfin, courir pour... ben, je veux dire... Tu vois, Jim... la petite affaire...
- Celle qui entretient le bonheur conjugal ?
- En plein dans le mille, Jim...
- Je comprends ton désarroi, Fred. Mais avec la carte de bibliothèque, tu vas pouvoir faire tout ça et bien plus encore, sans jamais te fatiguer.
- Ce n'est pas possible, dis moi en plus, Jim...
- ah ah ah, petit impatient. Je te propose d'abord d'écouter quelques témoignages qui vont achever de te convaincre...
Avant, j'avais des tonnes de problèmes. J'ai un peu honte de le dire mais je n'avais pas vraiment hygiène de vie. Je sortais peu. Je n'avais pas de petite amie. Je n'étais pas très doué pour la séduction. A chaque fois, c'était les mêmes "Bonsoir / comment ça va / je vous offre une Bud / Vous avez vu le match hier soir" et je sentais toujours comme un moment de flottement parce qu'en fait, je n'avais pas vraiment de discussions. Et ça, les filles, elles le sentent. Elles ont comme un sixième sens pour ça...
J'étais un peu au bord du gouffre quand j'ai découvert le secret de la gagne. Je me suis dit pourquoi pas moi. J'ai suivi le conseil de Jim et je me suis inscrit d'office à la bibliothèque. Et là, j'ai senti comme un grand changement.
Maintenant, je n'ai plus peur d'affronter le regard des femmes. Je peux tenir la discussion toute la nuit, si elles veulent. Dostoïevski, Rostand, Zola, je les connais sur le bout des doigts. Elles peuvent m'interroger. Je suis devenue hyper cultivé. Et mon hygiène s'en est ressentie.
- Formidable, Jim...
- Et ce n'est pas tout ! Des études ont prouvé que lire un bouquin était bon pour la santé. C'est l'un des meilleurs régimes pour rester en forme. ça permet même de perdre du poids.
- Allez, Jim, c'est des foutaises...
- Pas du tout. Regarde donc ce publireportage constitué d'une image...

Grâce à Duras, j'ai perdu cinq kilos en deux semaines
- Alors Fred, convaincu ?
- Pas qu'un peu, Jim...
- Tant mieux, car ce n'est pas fini.
- Tu veux dire que la carte ouvre d'autres possibilités ?
- Bien sûr, Fred. Par exemple, la carte de bibliothèque est ce qu'il y a de mieux pour souder une équipe.
Vous vous sentez perdu dans le monde de l'entreprise ? Vous n'arrivez plus à communiquer avec vos collègues ? La vie est devenue un absurde train train quotidien et vous n'êtes plus vraiment motivé pour continuer à vivre cette absurde existence qui vous oblige chaque matin à vous lever de votre lit pour retrouver les mêmes têtes qui n'ont rien d'autre à raconter que le film qu'ils ont vu la veille sur leur écran télé et dont vous vous contrefoutez royalement car ce n'est qu'une parole de plus pour meubler le vide qui règne dans votre open-space.
CHANGEZ TOUT 9A
(si quelqu'un sait faire un "ç" majuscule, qu'il m'écrive)
La carte de bibliothèque va totalement changer vos habitudes. Votre vie va devenir trépidante, chatoyante, ensorcelante et c'est une farandole d'émotions qui vont envahir votre quotidien. Vous ne serez plus qu'une bonne grosse boule d'énergie positive. Et cette énergie va booster votre moteur interne. Vous n'aurez plus peur d'affronter le regard de vos collègues. Inscrivez-les à la bibliothèque et vous verrez, vous n'allez pas le regretter. C'est un autre monde qui s'offre à vous. Finis les discussions sur les programmes du soir. Désormais, on cause Kirkegaard à la cantine, on débat sur Onfray entre le steak frites et le fromage, on partage son émotion d'avoir terminé Zarathustra sur Facebook.
On peut même profiter d'une pause café pour parcourir un chapitre du Da Vinci Code...
- Grâce à la carte, c'est une équipe soudée qui affronte chaque jour l'avenir avec la conscience que le monde se construit aujourd'hui d'éléments divers qu'il faut harmoniser pour former ce qui permettra de combattre ensemble les problèmes de demain...
- Quand même, Jim, t'y vas pas avec le dos de la cuillère...
- Je sais bien, Fred, mais si on veut changer les consciences, il ne faut hésiter à utiliser des métaphores...
- J'chuis à 100 pour cent, d'accord.
- Regarde bien ce jeune homme, son histoire est tout simplement incroyable...
Avant ma vie, c'était les jeux vidéos. Une vraie passion. Un petit peu de Wow le matin, un rien de Dofus l'après-midi et un peu de GTA pour finir la soirée. Mon quotidien c'était plutôt chips, cigarette, parfois du jambon pour les protéïnes et de la pâte à tartiner pour faire passer le goût du jambon. Des d'heures à faire du leveling. J'étais un vrai boss du MMorpg, j'ai gagné des tas de LAN mais dans l'IRL, j'étais plutôt un moins que rien. J'osais à peine me regarder dans la glace. J'avais un vrai problème d'identité. Et puis quand j'éteignais la lumière. Bêtement, je me sentais seul.
STOP A LA MOROSITE
Avec ma carte de bibliothèque, je me suis fait des tonnes de vrais potes. On a découvert toute une collection de livres dont vous êtes les héros. On s'assoit les uns à côté des autres, on lance les dés. On laisse parler notre imagination. Et on sent vraiment la différence. On est une team soudée. On s'échange nos points de vues sur Tolkien, on se lit des passages entier d'Asimov et même, quand on a un peu le spleen, on se fait un petit Gavalda pour retrouver le sourire. Et c'est incroyable, ce sourire, je le garde pour la journée...
Et je vous ment pas. Je le vois dans ma glace.
- Alors, Fred, convaincu maintenant ?
- Et comment. Je crois même que je vais m'inscrire.
- N'hésite pas. Tu vas découvrir des tonnes d'histoires que tu pourras toujours raconter à tes amis comme Sa Majesté des Mouches, La Princesse de Clèves, Au bonheur des Dames...
- Je te cache pas que mon truc, c'est plus Chuck Norris....
- Pas de problème. Il y a de tout en quantité à la bibliothèque. Il y aura forcément quelque chose qui te plaira. Tiens, "Crime et Châtiment", ça doit castagner sévère...
- Chais pas, fais voir la jaquette.
- C'était Jim et son copain Fred sur le site Crevette Domestique. A bientôt pour deux nouveaux conseils. Et d'ici là, profitez bien de la vie...
- 'Soir...










