14 avril 2009
Ennemis d'Avant
La Fiche de Machine a été mise à jour. Voulez-vous la consulter ?
Mouais, allez, je suis pas débordé, je vais aller y faire un tour.
Machine.
Je me souviens vaguement d'elle. Pas grand chose, le genre de filles discrètes qu'on oublie rapidement. Je ne la reconnais d'ailleurs pas, aujourd'hui qu'elle a trente six ans. Un petit coup d'oeil à son album, j'y trouve une vieille photo de classe. Je suis dessus. Moche comme un pou. Pas que ça se soit arrangé avec l'âge mais quand même. Un môme avec cette tête là, je lui mettrais des beignes.
A l'époque, certains ne se sont pas gênés. Beignes, insultes, humiliation. Les enfants sont cruels entre eux. Je reconnais d'ailleurs un de mes anciens bourreaux, troisième tête au deuxième rang à droite. Si je le rencontrais aujourd'hui, je lui ferais payer. Il ferait moins le fier. Il serait resté enfant, moi par contre, j'aurais bien grandi. Ce serait l'heure de la revanche. Ce serait gratuit mais ça ferait du bien.
Tiens, il y a un lien vers sa page. Alors qu'est-ce qu'il est devenu ce grand con ? La dernière fois, il vendait des trucs à la sauvette. Il n'avait pas fait d'études, il la ramenait moins devant moi qui allait à la fac. Apparemment, il s'en est sorti.
Tant mieux. Ce n'est pas parce que je ne l'aimais pas que j'aurais plaisir à savoir qu'il en chie maintenant. Son boulot lui plaît, il gagne bien sa vie, il adore le hard-rock et Johnny. Son livre de chevet c'est le Da Vinci Code qu'il espère finir un jour. Il adore son chien. Il vit toujours au même endroit....
J'ai fait le tour du bonhomme, il m'a dit tout ce qu'il fallait , je n'obtiendrais rien de plus. Autant retourner sur la photo. Je reconnais une fille blonde au premier rang, le genre commandeuse. Une vraie teigne à l'époque, une vraie terreur qui m'en a fait baver juste pour le plaisir d'être un brin cruelle. Alors qu'est elle devenue ? Je l'imagine lesbienne, terrorisant ses copines qui filent doux quand elles croisent son regard. Elle doit tenir un service ou travailler à la Poste. Un truc de sadique ...
Esthéticienne.
J'étais pas loin.
Mais pour le côté lesbienne, je repasserais. Elle mène sa barque en union libre avec un homme prénommé...
Ben merde alors...
Ils sont ensembles....
Après toutes ces années...
J'aurais jamais cru.
Ces deux coeurs qui ont battus l'un pour l'autre sans jamais se quitter...
C'en est touchant...
J'ai un vague souvenir de leur relation à l'adolescence. Ce n'était pas encore de l'amour.
A peine de l'hygiène.
J'imagine qu'ils ont connu des tempêtes, des jours heureux, des moments de doute, des soirs de déprime, des coups de folies, des coups de têtes romantiques et toute une farandole de moments émouvants qui font que la vie de couple n'est jamais un long fleuve tranquille et qu'encore aujourd'hui, comme au tout premier jour, ils s'aiment.
Comme des enfants.
En même temps, son livre de chevet, c'est Da Vinci Code.
Et elle est esthéticienne.
Je n'ai rien contre.
Et puis, ce n'est pas mon histoire.
Seulement, je ne les vois pas vivre dans un grand film romantique.
Peut-être qu'ils sont ensembles parce que c'est pratique.
Après tout, ça ne coûte pas cher de rester avec la même femme, question transport.
Et puis union libre, ça permet de se la jouer vieux loup solitaire. S'il veut, il va voir ailleurs.
Si seulement, il voulait.
Et puis tiens, bien fait pour eux.
Ils m'ont brimé dans ma jeunesse, ils méritaient de rester ensemble.
Je les imagine se mettant en scène sur Copains d'Avant pour faire croire que leur vie est pleine de rebondissements alors que toutes les soirées commencent par la sempiternelle question de savoir ce qu'il y a sur les autres chaînes et qu'elle prépare un plat trop cuit issu d'une recette de sa mère, qu'elle fait tous les vendredis parce que c'est comme ça et qu'il faut sortir le chien alors que la motivation n'y est pas et que c'est toujours pareil avec lui qui ne veut jamais assumer alors que c'est son chien et qu'elle l'aurait déjà balancé si on lui avait demandé et il peut toujours la menacer de lui en mettre une, elle sait qu'il ne fera rien car il est dix heures passées et que la dernière fois, les voisins se sont plaints parce qu'il faisait du bruit en la tapant et que la nuit au poste lui a bien remis les idées en place et que c'est bien fait, qu'il l'a toujours cherché et qu'elle se demande encore ce qu'elle fout avec un type pareil alors qu'ils sont des millions à venir dans son institut et qu'elle aurait sa chance si jamais elle osait.
Tu parles, avec une gueule pareil, je vois pas trop qui oserait parce qu'il y a que lui qui peut encore l'avoir alors qu'elle n'est plus tout jeune et qu'il y en a des plus jolies qu'elles au salon et qu'à part Paulo du garage, plus personne ne la regarde dans le décolleté et que c'est pas la peine de rêver, ma vieille, il n'y en a qu'un qui la garde et encore heureux pour elle parce que sinon elle serait seule comme un chien et il n'oserait même pas l'emmener promener. Alors, sers à manger et tais toi qu'on regarde un peu le programme.
Hé hé...
Rien que d'y penser, je retrouve le sourire.
J'exagère certainement mais ça fait plaisir.
Faudrait quand même que j'en sache plus. Parce que le site ne dit pas grand chose finalement...
Ranx veut être votre ami d'avant Accepter ? Ignorer ?
Hello,
Je ne sais pas si vous vous souvenez de moi. On était super potes à l'école. Moi, j'ai eu une super carrière avec des tonnes d'opportunités et des voyages à ne plus savoir où donner de la tête, sans parler des femmes toutes magnifiques adeptes de situations éroticosensuelles et sans tabous. J'ai aussi pris quelques risques dans la vie, mais n'est ce pas là tout le piment qui fait le sel?
Alors, je me demandais, et vous, que devenez vous ?
On se boit un verre un de ces quat' ? ;)
Bises à vous deux et content de voir que ça marche fort entre vous ! :)
Je ne suis qu'une merde hypocrite...
Mais une merde curieuse, c'est tout.
09 avril 2009
Sans peur, ni reproche, ni aucun autre véritable talent
Dans les vieux films et les romans, ils sont beaux, ils sont sveltes, ils sont courageux.
D'une main gantée, ils arrêtent le cheval fougueux qui pris de panique filait droit vers le ravin en emportant avec lui, une donzelle effrayée qui ne sait rien faire d'autre que de pousser sa voix dans les aigües. L'instant de peur passé, ils rassurent, ils exposent leurs dents blanches, ils emballent à grands coups de moustache en ramenant chez elle, la jeune baronne imprudente qui connaîtra par la suite un sombre destin qui ne sera sauvé que par la nouvelle intervention du beau, fringant et courageux chevalier qu'elle aimera à la folie alors qu'il n'est qu'un coeur solitaire tout tendre caché derrière cette façade de gros rustre.
Le problème avec ce genre d'histoire, même si on sait que c'est du flan, c'est qu'on y croit un peu.
Nous aussi, on aimerait sauver une demoiselle, ne serait ce que pour emballer héroïquement par la suite. Nous aussi, on voudrait notre quota de baronnes toutes prêtes à nous introduire dans les milieux mondains expliquant à tous comment on est doué pour les sauvetages et que même sans nous, elles ne seraient plus qu'un paquet de boyaux et de viscères étalés sur l'asphalte parisien. Nous aussi, on rêve de gloire, d'amour, de courage.
Alors, hein, elle est où la demoiselle en détresse ?!
Et bien, elle arrive à toute vitesse sur son scooter fougueux qui penche dangereusement, qui cabre et l'envoie promener à l'autre bout de la route. La belle casquée est sur le sol, complètement sonnée. Tout le monde s'approche d'elle, tout le monde veut voir, tout le monde veut savoir. S'en est elle pris plein la gueule ? A quoi ressemble une jeune demoiselle après une chute, ne serait ce que pour raconter ça aux amis.
Ils sont tous là, agglutinés, posant des questions, s'inquiétant pour sa santé.
J'aurais été plus rapide, j'aurais anticipé l'accident. Elle aurait été pour moi. Je l'aurais porté jusqu'au premier banc public d'où nous aurions attendu ensemble les secours, main dans la main. Maintenant c'est trop tard. Il y a tellement de monde que c'en est indécent. Alors qu'en plus, elle va bien. Elle est un peu sonnée par sa chute mais elle s'en sort bien. Elle marche même jusqu'au trottoir accompagnée par sa cour prête à se battre pour lui venir en aide.
Je m'apprête à partir, le profil bas. J'ai laissé passer ma chance, tant pis pour moi.
Quand je le remarque, lui.
Le scooter fougeux, en plein milieu de la route.
- Si quelqu'un pouvait me le ramener ... Ce serait vraiment gentil ...
Un petit sourire. Mon heure de gloire est arrivée.
J'attrape les manettes mais le scooter ne se laisse pas faire. Il rugit, il se cabre et retombe en arrière. Il manque même de s'écraser sur moi. Quelques petits morceaux de rétroviseur sur la route. Un petit peu de dégâts, rien de grave. Ce n'est pas ça qui m'arrêtera. Je vais lui montrer qui est le maître à ce scooter. Je reprends le véhicule en main. A nouveau, il fait mine de partir seul, avec ce petit air furieux qui caractérise les scooters qu'on pousse à toute blinde. Je le retiens comme je peux. Il retombe. Cette fois-ci, il est vraiment abîmé.
- Mais qu'est ce qu'il fout, c'est pas possible.
- Y a des gens, je te jure...
- ça fait cinq minutes qu'il appuie sur l'accélérateur.
- Retirez les clés, imbécile !
Je tourne la clé. Je relève le scooter. Des petits morceaux restent sur le sol. Il fait moins le malin maintenant. Cette petite raclée lui a permis de comprendre qui était le maître de la situation. Je pose le scooter contre un arbre. Mal équilibré, il retombe comme une merde.
Tout le monde me regarde. La donzelle semble plus choquée par l'état de son véhicule que par son accident. Je prends l'air détaché.
- Bon ben salut.
Je lui proposerais bien de l'emmener dans mes bras aux urgences mais adroit comme je suis, j'ai peur de lui cogner la tête en passant les portes d'entrée.
Avec un peu d'adresse, j'aurais pu être un vrai héros.
Un chevalier des temps modernes.
En attendant, I'm a poor lonesome cowboy, I'm a long long way from home....
