Fin de matinée dans le métro. Un sexagénaire avec un énorme un sac à dos est au téléphone.

- Y m'a dit de faire des radios... Mouais... Ben, j'ai mal...  Un peu...  Cet après-midi. Mais d'abord, faut que je repasse à la maison...

La discussion continue sur le même ton banal. Rien de bien passionnant. Le sexagénaire raccroche et range son téléphone dans sa poche de chemise. A côté de lui, une brune trentenaire le dévisage.

- Monsieur, vous êtes malade ?

- Pardon ?

- Vous êtes malade, monsieur ?

- Oui, j'ai quelques problèmes de...

- Alors pourquoi vous rangez votre téléphone dans votre poche ?

- ...

- Vous pouvez faire un arrêt cardiaque, vous savez...

- Non, je ...

- Quand vous téléphonez, vous diffusez des ondes. Tout le monde ici en a reçu...

- Oui, oui, c'est...

- Mais c'est sur vous qu'elles retombent le plus. Vous comprenez ?

- Je comprends, sans problème.

- Alors changez le de place...

- Mais je n'ai pas d'autre endroit où...

- Vous voulez mourir ?

- Non mais...

- Alors trouvez un autre endroit. Dans votre sac, par exemple.

- Bien bien, je vais le faire....

- ça sert à rien de le dire. Il faut agir, monsieur.

- Oui, oui.

- Sinon vous allez mourir...

Nous arrivons à quai. Elle prend sa valise sans le quitter des yeux. Lui ne semble pas savoir comment prendre ces menaces livrées à la cantonade. Elle sort du wagon. Il tient son téléphone en main, prêt à le changer de place. Les portes se referment. Il attend un instant, le temps que le métro disparaisse dans le tunnel, pour le remettre dans la poche de sa chemise.