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- Oh la la, la gueule !

- Ben dis donc, ils t'ont drôlement arrangé...

Ça, c'est bon, j'avais déjà remarqué. Tous les jours depuis mon agression, je me fais les mêmes réflexions. Une jolie bosse sur l'arête du nez, avec un rien de sang coagulé pour aller avec mes yeux au beurre noir. C'est vrai, ils m'ont bien arrangé.

Ça s'est passé très vite (d'aucun auront remarqué que je donne de la cédille à tout va, que je me la donne comme personne en cédille majuscule. Et oui, c'est grâce à vous, lecteurs, lectrices, que j'ai fini par comprendre que la touche 0199 n'existait pas mais qu'il fallait taper sur toutes les touches pour avoir un beau Ç. Rien que pour ça, lecteurs, lectrices ou inversement, merci). Une petite bande qui tente de rentrer par la sortie comme d'habitude. Un instant de flottement, quelques menaces, jusque là rien de nouveau. La différence a été la tension, plus  forte que d'habitude. Voir un film à l'œil ou casser la gueule au premier venu, peu importe, ça fait toujours quelque chose qu'on peut se raconter ensuite, une fois revenu au quartier.

Je n'ai pas eu le temps de voir le coup venir. Jusque là, il me parlait, me demandant de me détendre tandis que son pote menaçait de me casser la gueule. Derrière eux, la bande attendait, l'air de ne pas savoir quoi faire. Le déclencheur, ça a été le coup de tête. Comme un signe de départ, ils m'ont sauté dessus, chacun essayant de placer un coup de poing, un coup de pied, peu importe du moment qu'ils me touchaient.

Ma chance a été de me coller contre une porte. Les coups ne portaient pas suffisamment pour faire mal. Je m'en suis sorti avec quelques bleus. Rien de bien grave. La bande est partie aussi vite qu'elle était venue. Personne ne les a retrouvé. Chacun s'est dispersé. Ils avaient quoi se la raconter pour la soirée.

J'ai passé deux jours à m'énerver tout seul, à me refaire le film inutilement.

Si j'avais su, j'aurais tapé avant. Qu'est-ce que ça aurait changé ? Et si j'en avais tapé un pour l'exemple ? Celui qui m'a pris en traître. J'aurais dû le frapper plutôt que de l'écouter. La prochaine fois que je les croise... Et le prochain qui m'emmerde... Et... et puis rien. A chaque fois, une autre voix me dit que je vaux mieux que ça. Que ces petits cons n'ont pas d'avenir. Se la jouer à 25 ans, franchement., c'est la honte..  Je m'en sors bien par rapport à eux. Et puis, je m'en serais pas sorti s'il avait fallu leur rentrer dedans. Alors autant se dire simplement que j'ai plus de chance qu'eux tous réunis.

En attendant, mes jours d'arrêt sont terminés. Je dois retourner bosser, jouer le monstre de foire pour un smic. 

Ça m'enchante...

En plus, Gob va se foutre de moi. "Je peux pas partir deux semaines en vacances  sans qu'il t'arrive un truc". Je vais faire semblant de sourire, histoire d'être poli. Comme si ça m'amusait. Madame part au ski et pendant ce temps, moi je prend les coups.

La voilà qui arrive d'ailleurs. Avec son bras dans le plâtre.

- Qu'est ce qui t'es arrivé ?

- Ben et toi ?

- Je suis tombé sur une plaque.

- Moi sur une bande.

- On tient la confiserie ensemble ?

- Pourquoi pas...  En plus, on fait un peu la paire...

- On va se fendre la gueule, tu vas voir...

Et c'est comme ça qu'on se remonte gentiment le moral. En découvrant la réaction des clients qui se demandent ce qu'ont fait là, avec le bras en écharpe et nos yeux au beurre noir.

Nous prenons l'air de rien, remplissant des sauts de  popcorn pour les clients. Comme si c'était du dernier chic d'être un peu amoché. Comme si c'était normal de tenir le bar des éclopés.