crevette domestique

Petits yeux, grandes antennes

29 septembre 2009

Présentez, armes !

Il est prêt de moi, il est tout gentil, il me tient même l'épaule pendant que je pleure doucement. J'ai craqué, trop de pression, il fallait que ça sorte.

- Ce qu'il faudrait, c'est que vous preniez du temps pour vous.

- Mais je peux pas, je...

Je n'en dis pas plus, je repleure un coup pour faire bien tandis qu'il s'apitoie sur mon sort. Enfin, il retourne à son bureau, signe le document qu'il me tend.

- Prenez soin de vous...

Je grimace un sourire

- Allez dans le bureau de droite, le colonel va vous recevoir...

Je referme la porte. Pas besoin de lire le document. Je sais déjà ce qu'il y a marqué dessus. Malgré mes larmes sincères, je suis heureux, libre.

Enfin.

Mais il faudra attendre pour le montrer.

Reprenons une figure triste, l'air un rien fatigué. Bref, passons au bureau suivant.

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La veille   

Nous nous connaissons à peine pourtant nous sommes tous là, qui en slip, qui en caleçon, parfois propre, parfois pas, en file indienne avec cet air de bovins qu'on mène à l'abattoir.

- Wah, ils font pipi, moi j'vais faire caca...

Mes nouveaux amis ne sont pas dénués d'humour.

- Moi j'vais mett'ma teub dedans...   

Ni d'un brin de poésie. Bref, on est fait pour s'entendre.

Durant ces dix prochains mois.

Dix mois.

Dix longs horribles énormes infinis mois.

Alors que cette minute est déjà une épreuve.

Je ne vais jamais y arriver.

Heureusement, j'ai un plan. Faire le fou mais pas trop. Pas le déglingo qui se cogne la tête contre les murs. Non. Juste le type gentiment associable, pris par ses angoisses insurmontables, qui a peur des autres même s'il rigole de loin avec la bande. Celui qu'on ne cerne pas vraiment. Et dont on ne sait pas quoi attendre. Le meilleur, le pire ? Bref, mieux vaut le renvoyer chez lui.

En attendant le bon moment, je me suis tenu droit, j'ai répondu aux tests sérieusement. Ce serait trop facile de ne pas différencier un clou d'un marteau, trop évident. Trop simulateur. Je préfère donner la bonne réponse.

Devant moi, j'en vois un qui copie. C'est pas bien. Surtout que la réponse est "marteau". Je ne pensais pas qu'il fallait réfléchir. Peut-être ne sait-il simplement pas lire. 

La journée se passe mollement. Tests, blagues de mecs, discussions de foot, vantardises sexuelles. Tout ce que j'aime.  Je n'ai aucun mal à ne pas participer. J'observe ceux qui simulent la folie. Ils sont tous loin des autres, certains avec des (faux ?) tics nerveux. En majorité, je trouve qu'ils en font trop. Pas assez bons pour être crédibles.

Mieux vaudrait en faire moins.

C'est en tout cas, ma ligne de conduite.

Qui vivra verra.

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Ce soir, un petit jeune à balancer sa bouffe en nous traitant d'enculés. Les officiers ont tenté de le calmer sans succès. Il s'est mis à hurler, à jeter des trucs. Ils l'ont sorti de la cantine. On l'entendait beugler jusqu'au bout du couloir.

- Encore un qui va se retrouver en Allemagne, a rajouté le serveur.

- Simulateurs de merde. Ils nous prennent vraiment pour des cons, a rajouté l'officier.

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- A six heures demain, vous vous levez tous. Je ne veux pas en voir un traîner, ok ?

- Oui chef...

- Comment ?

- Oui chef !

- si y en a un qui dort, il va m'entendre.

Depuis des années, je suis indépendant. Personne me dit ce que je dois faire, ni comment  je le fais.  Je le fais, c'est tout. Je me lève le matin, je suis mes cours à la fac, je n'ai pas besoin qu'on me rappelle ce que je dois faire.

Surtout, je n'ai plus l'habitude.

Dix mois à entendre des ordres que je n'ai pas besoin de recevoir. Qu'on m'explique quand je dois dormir, quand je dois me laver les dents.

Sans compter mes camarades que je ne vais pas supporter.

Dix mois avec eux.

Iimpossible

- Bon vous vous couchez, j'éteins la lumière. Bonne nuit les filles...

- Bonne nuit chef

- C'est bien... vous apprenez vite.

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- Et l'autre oeil....

Depuis mon déjeuner franchement dégoûtant, ce n'est qu'une suite de tests. Oreilles, pieds, taille, yeux, tout y passe. Je ne suis même plus un être intelligent. Je ne suis plus qu'un morceau de bétail parmi d'autre. Mon Bac, je peux m'asseoir dessus. Idem pour mes études. Tout ça c'est du passé. Je le retrouverais à la sortie.  En attendant, je fixe les lettres, je fais parfois semblant d'en prendre une pour une autre. ça serait dommage d'avoir vingt sur vingt à chaque oeil.

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Nous sommes dans une salle de cinéma. Les trois quarts de recrue ont dû sortir à l'appel de leur nom. Nous ne sommes plus qu'une petite bande à se demander pourquoi on nous garde au chaud. Le visage de l'officier change tout d'un coup. Il laisse tomber son air dur pour un sourire plus accueillant.

- Comme vous l'avez compris, ceux qui sont encore dans cette salle ont eu plus de xxx aux tests. Nous tenions à vous féliciter personnellement. Si vous le souhaitez vous pouvez devenir officier. Il vous suffit de passer une batterie de tests qui démarreront dans un quart d'heure. En attendant, le colonel va vous expliquer avec son sourire le plus avenant, pourquoi c'est chouette l'armée (je ne suis pas sûr qu'il s'agisse des mots exacts, ce n'est qu'une retranscription).

Le colonel (ou le sergent, j'en sais rien) fait son beau discours de G.O. de l'armée de terre. Et c'est vrai qu'il est drôlement convaincant. Devant moi, deux recrues se disent même qu'il est vachement sympa, qu'ils pensaient pas. Bref, à l'écouter, on va bien se marrer. Surtout si on passe les tests qui nous permettront de diriger la plèbe qui grelotte dehors.

Moi, je ne suis pas d'humeur à rire.

Alors je décline poliment.

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- Je vois que votre mère est atteinte d'une maladie grave. Un cancer c'est ça ?

Voilà un psy qui sait lire les formulaires....

- Mais vous savez, ce n'est pas grave, elle peut s'en sortir.

... Mais qui ne les lit pas jusqu'au bout. S'il avait continué, il aurait lu qu'elle était morte deux mois auparavant. Il parcourt la feuille, se rend compte de sa bévue.

Bien trop tard.

Moi je n'ai rien vu venir. C'est sorti tout seul.

Mal à l'aise, il se lève, fait le tour, tente de me réconforter.

Sa journée commence à peine.

Après moi, viendront d'autres.

Toute une batterie de gars à analyser.

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- Je suis désolé. Vous êtes P3+.

Je retiens très fort mon sourire.

- Le psychologue a estimé que vous n'étiez pas prêt à intégrer l'armée. Je... Si un jour,  vous allez mieux. Venez nous voir, d'accord ?

Je hoche la tête. Je suis un gentil garçon qui veut sortir d'ici.

- Allez, bonne journée.

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- De la chatte, les mecs, de la chatte !

Ce n'est pas tout de passer deux demi journées avec des veaux, il faut aussi qu'ils fassent le retour avec moi.

- Hé vas-y, elle monte. Y a de la chatte, les gars.

La fille traverse le compartiment sans nous regarder. Comme je la comprends. Je pensais en avoir fini avec mes petits camarades.

Il me reste encore une heure de trajet.

La plus longue qui soit.

Après je serais libre.

Enfin.

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26 septembre 2009

Jour de Lipdub

Manifestant_deguise_en_pingouin_d_480_46477f

- Un quoi ?

- Me dis pas que tu connais pas...

- Je sais même pas comment ça s'écrit...

- C'est une chanson qu'on va tous reprendre en étant déguisés. ça va être fun, tu vas voir...

- ...

- Excuse moi mais qu'est ce qu'on a besoin de s'emmerder...

- Il s'agit pas de s'emmerder, il s'agit de s'amuser ! M'enfin, merde alors, vous ne comprenez pas ?!

- ...

- Avec un lipdub, les autres vont se dire qu'on se marre franchement, qu'on est une team soudée qui fait la fête.

- ...

- et que c'est pour ça qu'on travaille comme des pros...

- Non mais ça d'accord. Mais je veux dire : qu'est ce que ça va nous apporter ?

- Ben... euh... de l'image....

- Mais on en a pas déjà ?

- Qu'est ce que tu veux dire ?

- Ben y a deux ans, t'as demandé à Maurice d'ouvrir un blog sur la boîte...

- Oui...

- Et puis l'année dernière, on s'est tous inscrits sur Facebook...

- Et ...

- Ben niveau image, c'est déjà pas mal, non ?

- Elles datent de quand vos dernières photos de soirées ?

- ...

- Ben, moi, y a le baptême du petit...

- Je ne te parle pas de communion, je parle de soirées. De moments où nous tous, on a fait la fête...

- ....

- Est ce que l'un d'entre vous à des photos de nous morts bourrés ??

- Ben... moi j'ai pris quelques clichés... Quand on a tous bu au bureau...

- Et c'était...

- Ben, quand on s'est inscrit sur Facebook. C'est toi qui m'a dit de prendre des photos pour montrer comment on était une team soudée.

- Et depuis ?

- Ben depuis, j'ai pas fait beaucoup de soirées. Tu sais moi, je me lève tôt. Et puis le soir, à part la télé...

- Vous comprenez maintenant pourquoi on a besoin de ce lipdub ?

- ...

- Pour montrer aux autres ce qu'on est capable de faire. Facebook ce n'était qu'une première étape. Faut qu'on aille plus loin, qu'on relève le défi.   

- Ouais, mais... Qu'est ce qu'on va chanter ?

- Je sais pas qu'est ce que vous aimez ?

- Moi j'aime bien Sardou. Surtout le Bac G...

- Et tu trouves que c'est suffisamment entraînant pour se déguiser dessus ?

- ...

- Vous ne voulez pas non plus qu'on danse sur du Bachelet ?

- Ben...

- Quoi ?!

- Moi j'aime bien Marionnettiste....

- D'après toi, c'est entraînant ?

- Ben... non, mais on peut se mettre des ficelles au bout des bras....

- Sinon y a ma fille qu'aime Lady Gaga.

- Lady qui ?

- Laisse tomber,' truc de jeunes.

- Bon Popopopopopoka face, c'est noté.

- Et pour les déguisements ? On est obligé de venir au bureau avec ?

- Bien sûr que non, laisse les à la maison. Comme ça, on va venir tourner chez toi...

- C'est pas ça mais ma voiture est en rade.

- Et ?

- Ben je veux bien me déguiser, je l'ai déjà fait pour des amis. Y z'avaient fait une soirée cabaret. Je suis arrivé en guépière, c'était marrant...

- Ah ouais, je me souviens...

- Sauf que j'étais le seul travesti. Tout le monde était en costume. J'avais même pas de robe de soirée...

- Et ?

- Ben si je prends le bus en porte jarretelles, c'est moyen...

- Surtout que par ce temps, ça se rafraîchit sérieusement...

- T'as qu'à mettre un collant...

- Ouais mais quand même.

- Tu mets ton costume dans un sac et le tour est joué.

- Oh non, je vais pas venir avec un sac, je vais me taper la honte.

- Moi je peux avoir un déguisement de pingouin, ça le ferait, tu crois ?

- Un déguisement complet ?

- Oui. C'est un truc que j'ai acheté en vacances. Sur un coup de tête.

- ...

- C'était où tes vacances ?

- Ben à Madrid pourquoi ?

- Je... non laisse tomber. Le pingouin pour la compta, c'est très bien...

- Moi, je ferai rien et je vous emmerde.

- T'as raison Jipé, reste dans ton costume de syndiqué, ça nous suffit. Bon, tout le monde est d'accord sinon ?

- Ben...

- C'est à dire...

- Alors on se dit ici demain à 6hOO pour répéter. Et puis on tourne dans la foulée. Jusqu'à 22h00 heures, s'il le faut. Ensuite on boit un coup... On boit comme des trous, hein  !

- Je prendrais des photos pour mon profil...

- C'est bien ça. Et Maurice, tu raconteras la journée sur ton blog...

- Si tu veux, mais j'ai personne qui...

- On s'en fout, ça fera du contenu. Places plusieurs fois le mot "sexe" et tu vas voir, l'audience sera au rendez-vous. Allez, on va leur montrer qui c'est qu'est cool. On va bien leur clouer le bec les gars.

- Et pour le lipdub, tu te déguises en quoi ?

- Moi, me déguiser ??? Mais t'es fou. Moi, je tiens la caméra.

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24 septembre 2009

Dis-moi ce que t'écoutes, je te dirais où tu es

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Je ne sais plus quel philosophe a dit "La vie, c'est amusant" mais force est de constater qu'il avait raison, le bougre.

J'en veux pour preuve la radio et ses différentes stations. En soi, la radio ne prête pas à rire mais je me suis rendu compte que je n'écoutais pas les mêmes stations aux mêmes endroits. Comme cela m'amusait un peu et que la radio c'est aussi de la vie, la phrase de ce grand philosophe* tombe pile poil à propos.

Où écoute donc je de la radio ?

Figure 1

"Voltaaaage, Voltaaaaage, quatorze minutes de tubes, sans puuuub, sans puuuub, Voltaaaage, le meilleur du son dancefloor qui déchiiiirre... Voltaaaage"

La voix française de Bruce Willis me rappelle toujours mon enfance, quand c'était cool, quand c'était viril de l'entendre  annoncer les trente cinq prochains tubes sans pub.  Sans pub. Aujourd'hui,  rien ne semble avoir bougé. Je suis toujours dans une petite pièce, je suis toujours sans pantalon,  j'entends toujours discuter de l'autre côté du rideau tandis qu'un vendeur me tend une autre taille de jean avec une coupe qui devrait le faire. J'entre comme je peux dans le pantalon, je sors de la cabine.

- Ah ouais, c'est clair, ça vous va comme un gant...

- C'est un peu serré quand même ?

- Ouais mais ça va se détendre....

Pendant cet échange des plus intéressants, une voix festive  hurle qu'Everybody's freeeeeeeeee, feeeeel goood (avec une grosse voix de rasta pour contrebalancer).

Autres bruits ambiants : Mais essaye au moins au lieu de dire non / Kevin arrête !! Antoine, repose-ça /  Comment c'est trop moche / Ah ? Moi j'aime bien.

Figure 2

"Tout de suite son dernier LD trip-hop samplé par Dj Baladanstaï en direct des Caraïbes avec un remix techno new-yorkais de son ancien album sortie sur le label anglais Onceandforall trouvable  sur Internet à  la boutique Nova" 

Je suis en voiture, à Paris. Si je ne suis pas sur Nova, je suis sur Ouï. Quand j'en ai marre d'entendre pour la millième fois une pub pour U, les nouveaux commerçants, je change de station afin de retrouver un son qui me plaît... parfois. Et finalement, quand les deux m'insupportent, un rien de FIP et tout rentre dans l'ordre. Du moins sur le périphérique extérieur jusqu'à la porte de Champerret. Quant aux maréchaux, il y a un accident à la porte...

Figure 3

"Aloueeette Aaaaalloueeettte. Alouette, il est 17h15, on enchaîne avec Envole-moi de Jean Jacques Goldman et on se retrouve juste après"

Je suis en voiture. En province. Généralement sur une route de campagne en fin d'après-midi. Je n'ai pas vraiment le choix des stations. C'était ça, les Grosses têtes ou du classique sur France Inter. Alors bon, tant pis, un rien de Godlman, ça fera le voyage, le temps de rentrer chez soi.

Figure 4

"FunRadioilest10h00toutdesuiteonsecoutelederniersondancefloor

deDJBraïceavecdescompilsagagneretdesmaxsdecadeauxcomme

desplacesdeconcertsetdesscootersMP3puisilyauraunvoyagepour

deuxpersonnessivousappelezlorsquevousentendezlesondancefloor

maistoutçaceseraàpartirdedixhuitheuresenattendantrestez

àlécouteonvasenvoyerdubongrossondanslemaxifun"

Je suis toujours en voiture. En province. Sur une route de campagne. C'est la fin de matinée. J'ai besoin d'écouter un truc qui me file la pêche, même si au bout de cinq minutes, la musique m'agace. Je suis toujours aussi stupéfait par le débit des animateurs. Faut-il s'entrainer avant de se lancer dans le métier ? Comment font-ils pour ne jamais s'embrouiller ? Mystère. En tout cas, je ne m'en lasse pas. 

Figure 5

"Alors bien sûr, loin de nous l'idée de gâcher vos fêtes de Noël mais il nous a semblé important d'interroger ceux et celles qui ont la lèpre en Inde. Pour eux, Noël est un jour comme les autres car là-bas, cette fête n'existe pas.  Notre reporter s'intéressera aussi au gavage des oies où comment la torture animalière sert la cause des fêtes et nous finirons enfin par le petit Noël des enfants battus. France Inter, il est minuit moins dix" 

Je suis chez moi, en Province. France Inter est la seule radio sans musique qui ne soit pas populo. Ni chiante. Alors j'écoute d'une oreille. Mais à chaque fois, ils m'énervent. C'est le samedi ? parlons un peu de travail. C'est la fête ? Parlons de la faim dans le monde.
Ce fond de bonne conscience catho qui nous rattrape volontairement au moment où on aimerait le moins m'irrite. Car on sait bien que la misère n'a pas disparu. Mais est-ce  nécessaire de nous le rappeler un jour où on voudrait être heureux ? 


Bien sûr, il en reste d'autres. BeurFM ou RMC que je me colle dans l'oreille pour me réveiller (je mets toujours des radios que je ne supporte pas pour me sortir du lit), la libre antenne que j'écoute la nuit durant les longs trajet pour me rendre compte de la distance parcourue depuis l'adolescence et quelques autres encore. Mais bon, on tient déjà un petit paquet.

Et puis il est 14h20, tout de suite les news avant le prochain titre de Marc Lavoine "Bascule avec moi".
CrevetteFM, je vous souhaite une bonne journée. 

* C'est peut-être moi finalement, un jour où je m'ennuyais à un cours de philosophie (c'est donc moi au XXe siècle... mouais, c'est suffisamment vieux pour que ça fasse philosophe)

Posté par Ranx2 à 14:25 - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

22 septembre 2009

Chassez le naturel...

J'y arriverais jamais. C'est pas possible. J'en suis plus capable.

J'ai jamais réussi. J'ai juste fait illusion. Tout le monde y a cru. Tout le monde pensait que j'y arriverais mais non, ce n'est pas possible. Je n'ai pas les moyens, je sais pas faire, je suis nul.

C'est tout.

Et puis c'est plus simple comme ça. Renoncer tout de suite avant que les autres ne se rendent compte. Personne n'aime se faire duper alors autant prendre les devants, leur montrer que ce n'est pas de leur faute, que je me suis juste trompé, je ne suis qu'un incapable, certes, mais un incapable qui reconnait ses fautes. C'est déjà pas mal même si c'est pas grand chose. 

Je me donne de vagues ambitions  mais c'est pour l'image.

En vrai, y a rien du tout.

C'est du toc.

Rien d'autre.

La preuve, j'arrive même pas à écrire.

Je sais plus faire. J'ai jamais su.

Les autres textes, c'était un accident.

C'est même pas vraiment moi.

Ou alors si mais sans le faire exprès.

Je suis né incapable, pourquoi ça changerait ?

Déjà petit, tout le monde avait des dons.

Qui était bon en math. Qui smashait comme personne. Qui avait dévoré l'œuvre entière de tel ou tel écrivain.

Moi c'était plus simple, j'étais moyen en tout.

Rien qui puisse susciter l'enthousiasme. 

Un petit sourire d'encouragement à la limite, un petit air gêné pour dire que ce sera plus difficile pour moi que pour les autres.

Alors bien sûr, j'ai progressé.

Un peu.

Mais pas assez.

Alors autant abandonner.

On n'a qu'à dire que c'est la fin.

J'ai plus qu'à changer de voix.

Me lancer dans autre chose.

Pourquoi pas la boucherie ? 

Ce serait plus simple.

Puis ça amène le sourire.

Un petit "Vous le faîtes revenir sur feu doux"  qui fait plaisir.

Un "Vous mettez le thermostat sur 180" qui réchauffe le coeur.

Le tour est joué, la viande emballée et le passé bien enterré.

Qu'est-ce que je m'emmerde aussi à écrire  ? 

Chercher la petite bête alors qu'il y a des trucs plus faciles.

....

En même temps, boucher, c'est surtout de la barbaque.

De la découpe.

Et des cadavres.

Du sang plein le tablier.

La radio qui diffuse les Grosses Têtes.

La grand-mère qui bégaie mais qui veut toujours la même chose.

Celui qui vérifie qu'on l'arnaque pas.

Et celle qui pense qu'on l'empoisonne avec le haché.

Et puis les impôts qui nous tombent dessus.

Voir les jeunes qui trainent, si c'est pas malheureux.

Et ne penser à rien à la fin du boulot.

S'asseoir devant sa télé.

Regardez Joséphine et penser tête de veau.

Emballer les paupiètes.

Et pour la petite dame, qu'est ce que ce sera ?

....

Non non non non non

Porter des trucs ? Et puis quoi encore ?

Et puis l'odeur de la viande crue... je pourrais pas.

Sans compter qu'adroit comme je suis, je vais me couper un os.

Un bout d'ongle dans l'onglet.

Beurk.

Et puis la journée passe toujours avec les mêmes conversations.

On tente un peu d'humour qui tombe souvent à plat.

On est boucher, pas comique.

...

Et puis, je suis pas obligé d'écrire un gros truc.

Les pavés, personne ne les lit.

Alors autant faire court.

Et puis un mot poussant l'autre, on  y arrive un peu.

Pas beaucoup.

Juste ce qu'il faut.

C'est plus une montagne.

A peine une colline.

Bref.

J'y suis arrivé.

Jusqu'à la prochaine fois...

 

Posté par Ranx2 à 14:24 - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

10 septembre 2009

... Mais moi je t'aime un peu plus fort...

1er jour

- Mais il m'aime encore mais moi je t'aime un peu plus fort....

C'est sympa cette chanson, c'est frais, c'est... Je sais pas. C'est sympa.

- Mais il m'aime encore...

Bref, une belle chanson d'amour, un brin de naïveté.  J'aime...

2eme jour

- Mais moi je t'aime un peu plus fort...

J'aime mais c'est un brin naïf tout de même.

- Mais il m'aime encore...

Mais bon, c'est sympa.

- Mais moi je t'aime un peu plus fort...

Dommage que ce soit répétitif quand même.

3eme jour

- Mais il m'aime encore...

Mais ça fait combien de fois qu'elle le dit ??

- Mais moi je t'aime un peu plus fort...

Et puis elle m'agace avec sa voix.

- Mais il m'aime encore...

Parce qu'un peu de candeur, ça va...

4eme jour

- Mais moi je t'aime un peu plus fort...

... Mais là, sa candeur commence doucement à me faire chier.

- Mais il m'aime encore...

Et puis merde, ça va bien, cette fausse voix d'enfant.

5eme jour

- Mais moi je t'aime un peu plus fort...

Gna gna gna gna gna plus fort..

- Mais il m'aime encore...

C'est pas possible d'être aussi cucul

- Malgré ça, il m'aime encore...

Vivement l'hiver, qu'on écoute des trucs plus lourds.

- Mais moi je t'aime un peu plus fort...

Et puis j'en ai marre de cette répétition

- Mais il m'aime encore...



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08 septembre 2009

Une bien belle drogue de rentrée

MAG_54

- Messieurs, j'espère que les vacances ont été bonnes. Maintenant, vous vous les mettez derrière l'oreille. Il va falloir mettre un grand coup de collier...

Je n'en peux plus, je ne pense qu'à ça, il m'en faut...

- Les chiffres sont tombés et ils sont sans appel. Comme vous le savez, notre secteur connaît quelques fluctuations...

Rien que d'y penser, j'en tremble. Je ne vais pas tenir, je me connais, je ne peux pas tenir... .

- Quelques perturbations liés à la crise. Mais plutôt qu'un long discours, je laisse la place à Jean-Daniel qui va nous montrer un bien joli Powerpoint...

Je vais avoir l'air con mais tant pis, je veux ma dose. Sans elle, je suis inutile de toute façon. Alors autant lever la main...

- Ranx, des questions ?

- Non... c'est que... enfin... si.... je peux aller me laver les mains ?

- Maintenant ?

Silence. Tous me regardent. Je m'en fous. Ils peuvent me dévisager, ça change rien. Tant qu'il en reste.

-  J'en ai pas pour longtemps... promis.

- Bon ben... si ça peut pas attendre. Mais... 

Je n'ai pas le temps d'écouter la suite. Je me retiens de courir. Ce couloir est long à traverser. On dirait  que ça fait des heures que je marche. Au bout, les toilettes enfin. Je pousse la porte.

- Tiens, salut..

Merde, qu'est ce qu'il fait là celui-là ???


-
T'es pas à la réunion ?

- J'ai un petit peu de retard mais bon... Je le connais son discours.

- Non mais ils te cherchent. Alors speede mon vieux.

- Ben et toi ?

- Moi c'est pas pareil...

L'enfoiré. Je suis coincé. Faut que je trouve une sortie.

- J'ai un truc qui passe pas...

- Ah bon et....

Je rentre dans les toilettes, je ferme derrière moi. Faire semblant de vomir.

- Ranx, ça va ?

Attendre quelques secondes, le laisser imaginer le pire puis

- ça va, ça va... C'est rien. Dis-leur que j'arrive... Je...

- Bon ben, tu traînes pas, hein ?

Non, ça je vais pas traîner. J'attends quelques instants pour être sûr qu'il soit bien parti. Je rouvre la porte. Enfin seul. Avec mon précieux, mon trésor. Je vais pouvoir m'en tartiner les mains, je vais m'en mettre plein les narines. Enfin...

Au début, j'étais comme tout le monde. Je rentrais de vacances, je découvre les messages de prévention et ce nouveau pot, une solution hydroalcoolique format familial à frictionner pendant trente secondes à la place du savon. J'en mets une noisette, je frictionne et renifle mes mains  pour en découvrir l'odeur.

Et là, c'est la révélation.

Comme un rappel des jours d'ennui au collège où l'on reniflait du diluant, cette même odeur, ce même principe.

Je renifle une nouvelle fois. Mon cerveau se rappelle. Pour un peu, j'entendrais presque le bruit de la sonnerie. Les élèves qui grimpent l'escalier.

L'effet se dissipe. J'en remets un peu. Il m'en faut encore.

On a cours à quelle heure ?

J'ai eu un deux en math.

Je vais me faire démolir. 

J'ai un mot pour l'EPS.      

Vous ferez signer ça par vos parents. 

Encore. Encore.

Il paraît que Grégory l'a fait en colo.

Sa mère elle est pas mal. Dommage qu'elle soit vieille.

Attends, moi je crapote pas.

Oh non, pas lui, je l'ai déjà eu l'année dernière.

Tu parles, elle embrasse super mal.

J'en remets une nouvelle couche. Je m'en tartine tout le corps.

Et vous me ferez trois tours de plus !

J'ai dit silence.

Alors, Ranx, cet abscisse ?

And this is my sister, Kathy, she's english too... 

Ranx ?

Non parce qu'elle m'a dit que si tu voulais elle voulait bien...


Oh non putain, j'ai rien révisé
...

Ranx, ça va ?

Mais samedi, mes parents sont pas là alors si vous voulez


- Ranx, bordel !

- Euh... oui ?

- Qu'est ce que tu fous ? ça fait une heure que t'es parti !

- Je... je me lave les mains...

- Et ben, ça va, elles sont propres. Allez on y va sinon le DG va nous tuer.

- Attends, je.. faut que je ... un tout petit peu...

Une dernière dose. Avant de retourner en cours...

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07 septembre 2009

Chaleur sur la ville

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Ce texte ayant été écrit dans le train, il y a quelques petits problèmes de typo...

  • Monsieur, on vous sert ?

Je m'avance vers elle, pose la cage sur le guichet.

  • Une boîte de vermifuge, s'il vous plaît....

Elle ne quitte pas l'animal des yeux.

  • Pauvre chat, il est tout apeuré. C'est un mâle ou une femelle ?

Ce que je craignais arrive.

  • Une femelle

  • Elle est toute jeune, non ?

  • Oui. Elle a à peine six mois...

  • Elle est toute mignonne...

Elle tend prudemment un doigt vers la cage.

  • Pitipitipiti...

Elle est tombée du côté Choupi de la Force. Mon chat est trop angoissé pour oser s'approcher.

  • Qu'est-ce qu'elle a la pauvre ?

  • Rien de grave, on vient juste de lui enlever les fils...

Elle me lance un regard poliment mauvais. Si elle n'était pas derrière son guichet, elle me dirait quel bourreau, je suis.

  • Au début, je voulais pas l'opérer. Mais je vis en studio. Et elle avait ses chaleurs toutes les semaines.  Alors à force...

En attendant, le mieux qu'elle puisse faire est un soupir, un « pauv' bête » de compassion.

  • Quand même, ces bêtes là, c'est pas fait pour la ville.

  • C'est vrai. Mais je n'ai pas de maison de campagne. Et puis, on me l'a offert alors... De toute façon, c'est une vraie chatte de ville. Elle sort jamais quand j'ouvre la porte. Et puis chez moi, elle chasse la souris..


  • Elle tente de comprendre, grimace un sourire. Qu'est ce qu'il essaie de dire ce grand imbécile ?
  • Ma souris d'ordinateur... Parce que... j'ai... enfin...

  • Une boîte de vermifuge, donc...

  • Oui....

    Elle file vers l'arrière boutique. Quelques secondes loin de ce monstre lui feront le plus grand bien.

  • Et voilà. Il vous faut autre chose ?

  • C'est à dire... oui...

  • Elle lève les yeux de son ordinateur.

  • Une boîte de gel... Enfin, je veux dire.... un lubrifiant.. à base d'eau... Enfin, si vous avez...

  • Mon chat approche sa tête de la grille. Elle préfère fermer les yeux plutôt que de le regarder. Pauvre petite chose.  Si seulement, elle avait pu vivre à la campagne. Elle revient avec la boîte, prend sur elle de m'interroger à nouveau.

  • Ce sera tout ?

    Elle est tellement gentille. Je lui renvoie mon plus beau sourire.

  • Merci, oui. Avec ça, nous avons tout.

    Je sors de la pharmacie. A travers la vitre, je croise son regard qui ne me quitte pas. Si jamais elle me voit dans les journaux, elle pourra dire qu'elle savait. Qu'elle m'a vu. Que dans son métier, tout est possible. En attendant, elle détourne le regard, reprend un semblant de sourire et

  • Madame, on s'occupe de vous ?   

De toute façon, la ville n'est qu'un foyer de pervers. Elle l'a toujours su.

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03 septembre 2009

Popcorn au beurre noir

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- Oh la la, la gueule !

- Ben dis donc, ils t'ont drôlement arrangé...

Ça, c'est bon, j'avais déjà remarqué. Tous les jours depuis mon agression, je me fais les mêmes réflexions. Une jolie bosse sur l'arête du nez, avec un rien de sang coagulé pour aller avec mes yeux au beurre noir. C'est vrai, ils m'ont bien arrangé.

Ça s'est passé très vite (d'aucun auront remarqué que je donne de la cédille à tout va, que je me la donne comme personne en cédille majuscule. Et oui, c'est grâce à vous, lecteurs, lectrices, que j'ai fini par comprendre que la touche 0199 n'existait pas mais qu'il fallait taper sur toutes les touches pour avoir un beau Ç. Rien que pour ça, lecteurs, lectrices ou inversement, merci). Une petite bande qui tente de rentrer par la sortie comme d'habitude. Un instant de flottement, quelques menaces, jusque là rien de nouveau. La différence a été la tension, plus  forte que d'habitude. Voir un film à l'œil ou casser la gueule au premier venu, peu importe, ça fait toujours quelque chose qu'on peut se raconter ensuite, une fois revenu au quartier.

Je n'ai pas eu le temps de voir le coup venir. Jusque là, il me parlait, me demandant de me détendre tandis que son pote menaçait de me casser la gueule. Derrière eux, la bande attendait, l'air de ne pas savoir quoi faire. Le déclencheur, ça a été le coup de tête. Comme un signe de départ, ils m'ont sauté dessus, chacun essayant de placer un coup de poing, un coup de pied, peu importe du moment qu'ils me touchaient.

Ma chance a été de me coller contre une porte. Les coups ne portaient pas suffisamment pour faire mal. Je m'en suis sorti avec quelques bleus. Rien de bien grave. La bande est partie aussi vite qu'elle était venue. Personne ne les a retrouvé. Chacun s'est dispersé. Ils avaient quoi se la raconter pour la soirée.

J'ai passé deux jours à m'énerver tout seul, à me refaire le film inutilement.

Si j'avais su, j'aurais tapé avant. Qu'est-ce que ça aurait changé ? Et si j'en avais tapé un pour l'exemple ? Celui qui m'a pris en traître. J'aurais dû le frapper plutôt que de l'écouter. La prochaine fois que je les croise... Et le prochain qui m'emmerde... Et... et puis rien. A chaque fois, une autre voix me dit que je vaux mieux que ça. Que ces petits cons n'ont pas d'avenir. Se la jouer à 25 ans, franchement., c'est la honte..  Je m'en sors bien par rapport à eux. Et puis, je m'en serais pas sorti s'il avait fallu leur rentrer dedans. Alors autant se dire simplement que j'ai plus de chance qu'eux tous réunis.

En attendant, mes jours d'arrêt sont terminés. Je dois retourner bosser, jouer le monstre de foire pour un smic. 

Ça m'enchante...

En plus, Gob va se foutre de moi. "Je peux pas partir deux semaines en vacances  sans qu'il t'arrive un truc". Je vais faire semblant de sourire, histoire d'être poli. Comme si ça m'amusait. Madame part au ski et pendant ce temps, moi je prend les coups.

La voilà qui arrive d'ailleurs. Avec son bras dans le plâtre.

- Qu'est ce qui t'es arrivé ?

- Ben et toi ?

- Je suis tombé sur une plaque.

- Moi sur une bande.

- On tient la confiserie ensemble ?

- Pourquoi pas...  En plus, on fait un peu la paire...

- On va se fendre la gueule, tu vas voir...

Et c'est comme ça qu'on se remonte gentiment le moral. En découvrant la réaction des clients qui se demandent ce qu'ont fait là, avec le bras en écharpe et nos yeux au beurre noir.

Nous prenons l'air de rien, remplissant des sauts de  popcorn pour les clients. Comme si c'était du dernier chic d'être un peu amoché. Comme si c'était normal de tenir le bar des éclopés.

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02 septembre 2009

Tout un programme

Le cinéma, ça ressemble parfois à une affiche électorale pour le PS.

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Parce que c'est les derniers jours du monde, parce que non ma fille tu n'iras pas danser, vivez libres, enfin libres...

Et bientôt Rambo 5, la fin des derniers temps apocalyptique, la force tranquille. 

Posté par Ranx2 à 11:03 - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

01 septembre 2009

Le visiteur du soir

Allez, les derniers clients sont rentrés, les films sont commencés, on peut terminer l'inventaire. Je sors les  gobelets de soda, les compte selon les tailles, marque le nombre de vendus. En face de moi, ma collègue compte sa caisse. Devant elle, les tickets annulés, les traces de cartes bleues, les exonérations. Nous n'avons pas fermé à clé car il devrait passer.

Pourtant, rien n'est sûr. Parfois c'est tous les soirs. Parfois non. On ne sait jamais vraiment, c'est selon son parcours. S'il arrive et que la porte est fermée, on ne pourra pas l'écouter. Ce serait vraiment dommage. Sur le coup, on s'en voudrait.

Tiens justement, le voilà. Avec  son sourire malicieux caché derrière sa barbe, son œil pétillant, ses kleenex  enroulés autour de ses doigts propres et sa veste sale qui couvre à peine son corps maigrelet. Ma collègue relève à peine la tête, elle termine son compte. Moi, j'abandonne mes gobelets.

- Bonsoir...

- Bonsoir...

- Vous allez bien ?

Il hausse les épaules.

- Vous savez ce qu'en pensent les gendarmes... On dit parfois qu'ils aiment les képis mais ce n'est pas vraiment sérieux. Entre eux, il y a déjà les papillons...

Ma collègue arrête ses comptes. Il est temps d'écouter.

- Alors, bien sûr, les bleus ne sont pas contents. Ils volent dans tous les sens, pensez-donc. Et puis un jour ça se passera mal. Les rouges sont jaloux. Ils ne respectent rien, ils écrasent tout. Ils ont une démarche, on dirait des éléphants...

Ma collègue sourit. Il lui fait un clin d'oeil complice. Elle ose à peine poser sa question de peur de le déranger. Lui ne se rend compte de rien, il continue.

- Tout ça finira mal. Tout comme les chaussures. Il suffit de voir les lacets...

- Je voulais vous demander... Vous comprenez ce que vous racontez ?

Il s'arrête un instant, prend le temps de réfléchir. Elle est gênée par sa question. Mais la curiosité fût plus forte. Il sourit puis

- Les fromagers sont quand même les mieux lotis. On dit les bricoleurs mais c'est complètement faux. Ils ne vendent pas de la tome et on ne peut rien n'y faire...

- Tout ça veut bien dire quelque chose, non ?

- Attendez de voir. Les bricoleurs se sont rebellés... ça a été une sacré bagarre. Et les insultes...  Mais tout est parti dans le caniveau. Il n'en reste rien mise à part la lune. Elle dit qu'elle n'a rien vu. Faut il vraiment la croire ?

- D'où ça vous vient ces belles histoires ?

- La gendarmerie n'est pas dupe. Personne d'ailleurs. Pensez, il y a tellement d'air qui circule.

- J'aimerais tellement comprendre ce que vous avez dans la tête.

- Enfin, la saison des fleurs est passée, le soleil ne revient pas dessus. Tout s'est bien terminé.

- Le jour où je serais partie, franchement, vous me manquerez...

- Ne reste plus qu'à mettre sa veste et d'entendre chanter. Bon, les oiseaux font leurs accords, ils sont toujours dans leur coin. Ils aiment tellement piailler.

- Vous reviendrez demain ?

- C'est de leur âge,  on ne peut pas les blâmer.

- Vous reviendrez hein ?

- Que voulez-vous qu'on dise ? Si les vers sont dans le gosier...

- A demain alors ?

Il réfléchit un instant. Il va nous dire quelque chose.

- Au revoir....

Elle lui offre un sourire quand bien même elle est un peu déçue.

- Au revoir...

Il quitte le cinéma. Elle ferme à clé derrière lui. Je reprends mon compte de gobelets. La soirée peut maintenant se terminer.   

Posté par Ranx2 à 14:35 - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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