crevette domestique

Petits yeux, grandes antennes

23 octobre 2009

Les mots tiquent

- Je ne sais pas si vous savez mais le café a une cheminée qui donne sous mes fenêtres. Chaque midi, il y a une odeur. C'est insupportable, vous comprenez...

Les réunions de copropriétés sont toujours un grand moment d’ennui.

- Et il faudra s’occuper de  l’étanchéité des murs de la boulangerie…vous en êtes conscients ?

Mon esprit essaie pourtant de rester alerte…

- Parce que si on ne fait rien, on va avoir des problèmes graves…

Mais chassez le naturel…

- Très grave même…

Et je m’amuse à recenser les expressions de ma voisine.

Tout a commencé, il y a quelques années. Elle a frappé à ma porte, je venais d’emménager.

- Bonjour, je voulais vous rencontrer parce que j’ai quelques petites choses à vous demander…

Moi qui n’aime rien d’autre que la paix, ça commençait mal.

- Je ne sais pas si vous savez mais l’ancien locataire a fait un dégât des eaux monstrueux.

Mon appartement étant un croisement entre le Cabinet du Docteur Caligari et de la pub Cagivo (il veut dire Vogica), je me doute que les meubles ne se sont pas retrouvés penchés par hasard.

- Et ça il faudrait s’en occuper parce que sinon, on va avoir des problèmes graves.  Très graves mêmes. Vous ne pensez pas ?

Quelque chose m’irrite chez elle. Elle n’est pas méchante pourtant. Elle est active pour l’immeuble. Elle a même de bonnes idées.  Et pourtant, quelque chose m’agace… quelque chose que je ne comprend pas.

- Si tout le monde est d’accord pour qu’un deux roues squatte la cour, moi je dis ok. Mais j’espère que vous êtes bien conscients qu’on pourrait tous en profiter alors que là, ce sera  un parking polluant.

J'ai trouvé !

- Vous n‘êtes peut être pas au courant mais la cour n’est pas assurée pour les moteurs à essence.

Je sais ce qui m’agace chez elle..

- Et au moindre problème, on va se retrouver avec des conséquences graves, très graves même. Alors faites ce que vous voulez mais soyez conscients qu’on a pas résolu le problème.

« Je ne sais pas si vous savez » . Elle, si, toujours. Elle amène une gentille supériorité qu’elle veut bien partager… A condition « d’être conscient » des conséquences « graves,  très graves même ».

Depuis six ans que je la pratique, j’ai enfin repéré ses tics de langage.

- Non parce que la cour aurait pu être un bel espace commun.  D’ailleurs, vous ne savez peut-être pas mais j’ai planté quelques fleurs près du local poubelle, et personne ne m’a jamais remercié.

- Ben, c’est-à-dire…

- Un simple merci aurait été suffisant, vous ne pensez pas ?

- Ah oui, merci..

- Ce n’est plus la peine. Comme tous les autres, vous ne regardez pas les fleurs, vous regardez la poubelle…

- Oui, parce que…

- Et ça c’est grave, très grave même. J’espère que vous en êtes conscient.

Ad vitam nauseum    

Posté par Ranx2 à 12:30 - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


19 octobre 2009

Avez-vous la lumière ?

Je termine mon café d'un trait.

- Les toilettes, s'il vous plaît ?

- Au fond à droite.

- Merci.

Je m'y précipite en prenant l'air détaché de celui qui fait mine d'avoir le temps. 

Les voilà donc...

Pas de problème, nous sommes bien dans un café parisien.

Et pour que tous mes sens en profitent, je voudrais de la lumière. 

Alors... Interrupteur, mon ami, où te caches tu ?

Un coup d'œil à l'extérieur.

Rien.

Un coup d'œil à l'intérieur.

Pas plus.

Mince.

Je ressors un instant pour être bien sûr.

Ah, un interrupteur.

J'allume.

J'entends un "Oh !" en provenance des cuisines.

Je rappuie.

La lumière revient.

Chez eux.

Car pour moi, nada.

Nouveau coup d'oeil à l'intérieur.

Il est peut-être derrière la porte, l'endroit est petit, je n'ai pas vraiment regardé et...

Rien du tout.

Bon, passons aux théories.

Peut être que la lumière s'allume quand on tourne le loquet.

Suffirait de fermer pour voir.

En même temps, ils préviennent généralement.

Alors que là, pas un mot.

Même pas un "tire la chevillette et la lumière cherra"

Bon allez, je suis pressé, je tente.

Lumière, allume...

Rien...

De l'autre côté de la porte, quelqu'un tousse.

Il attend lui aussi.

Qu'est ce que je vais faire ?

Je ne vais quand même pas ressortir pour chercher la lumière.

Il va comprendre que je me suis enfermé comme un idiot.

Il tente d'ouvrir la porte.

De toute façon, quand je sortirais, il comprendra que je suis resté dans les ténèbres.   

Et si c'est un habitué, il va rire en crachant sa Gitane.

Tant pis, je vais me débrouiller comme ça.

Si j'avais pas arrêté de fumer, j'aurais au moins un briquet.

C'est joli et puis ça met de l'ambiance.

Alors que là...

Et mon porte clef phosphorescent ?

Bof, ça m'aide pas beaucoup.

Maintenant, mon plan c'est de tenir le plus longtemps possible.

Attendre que l'autre se lasse. Qu'il aille voir ailleurs.

Je ne sortirais que quand l'espace sera libre.

En même temps, tant que je suis enfermé, comment savoir si quelqu'un attend ?

Je retiens ma respiration.

Pas un bruit.

Oui mais.

C'est peut être une astuce.

Pour m'obliger à sortir.

Me faire croire qu'il n'y a plus personne.

Si seulement, il y avait une caméra. On se poserait plus la question.

Et on y verrait un peu.

Tant pis, je tente la sortie.

Prendre un air dégagé.

Le parisien qui n'a pas le temps.

Y avait pas de lumière ? Ah oui, tiens, j'avais pas vu.

Maintenant que vous me le dites.

Moi, de toute façon....

Je touche la porte et je le trouve. Sur le côté.

Il est tout petit.

Le plus petit des interrupteurs.

Et la lumière fût.

Je profite une dernière fois du spectacle.

Dommage que ce soit pour la sortie...

Posté par Ranx2 à 14:23 - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

14 octobre 2009

Nicole Simpsons

A chaque fois que je suis au cinéma, c'est la même chose.

Elle est blonde, superbe, magnifique. Tout le monde danse autour d'elle. Elle est la seule blanche de la bande, la seule blonde aussi, sorte de fantasme de touriste en terre indienne.  Elle porte un voile blanc qui couvre joliment ses cheveux et lui donne un air presque virginal.

Les autochtones sont heureux. Ils vont marier la Nicole (appelons la Nicole). Ils dansent. Doucement, sans se presser. C'est une danse molle tout en sourire. Et en bijoux.

Une enfant lui sourit. Un enfant qui aimerait être comme elle. Blanche, blonde, touriste, presque vierge. 

Nicole lui renvoie un sourire énigmatique, lui prend la main et descend un escalier. Elle est tellement excitée que son voile se soulève. La fille est toute heureuse. Elle touche les joues de Nicole. Elle trouve ça très impressionnant. Cette peau, c'est de la vraie. Un peu maquillée bien sûr. Mais tellement naturelle.

Ensuite, petit bémol pour la mineure qui découvre que son voyage s'arrête là. Elle a pas l'âge, elle n'est pas blanche alors ouste, gamine, remonte voir tes cousines. Le reste, Nicole s'en occupe. Elle avait juste besoin de toi pour pas se casser la goule.

Nicole monte dans une barque, part retrouver son homme, qui la regarde du haut de sa tour. Lui  a l'air sérieux de l'homme qui digère sa dernière colique. Elle le dévore des yeux. Il est impatient. Ce qu'il veut, c'est se la donner avec Nicole. Et ça tombe bien, elle retire son voile, pour bien lui faire comprendre que ce soir sera une nuit sans lune. 

Elle le rejoint en dézippant sa robe. C'est tellement chaud qu'on se dit que bientôt, ça va être crypté.

Ils vont s'embrasser. Mais non. C'est Bollywood. On se renifle.

C'est tout.

Et puis, toute souriante, Nicole s'en va. Elle le plante littéralement avec sa robe ouverte. Parce que Nicole, ce qu'elle veut, c'est du soda.

Non parce qu'ils sont gentils, ces indiens mais franchement, leur bouffe salée, leurs danses au ralenti, putain ça donne soif. 

Alors elle s'en avale une grosse goulée. Et comme c'est Nicole, qu'elle est blanche, blonde et polie, elle retient son rot. Pourtant, elle arrive à articuler un "Et vous vous attendiez à quoi" avant de partir d'un "mignon fou rire" qui donne envie de lui coller une "mignonne petite claque".

Et la fille du début sourit parce que c'est trop craquant une bouille d'enfant autochtone en bonne santé.

Si vous ne comprenez rien à ce que je décris, voici la pub :


Et bien moi, cette pub me choque.

Parce qu'à chaque fois, je me dis qu'on peut être la plus belle, la plus blonde et revendiquer la plus belle image de beauf comme on n'en avait pas véhiculée depuis Paris Hilton. A chaque fois, je me dis que cette  pub, on aurait pu faire la même avec Homer.

wunuagbg

Après le barbecue entre hommes, Homer part avec Bart qui lui caresse la joue. Il monte dans une barque et rejoint Marge qui tente comme elle peut de retenir son voile. Il s'apprête à l'embrasser quand son oeil repère quelque chose. "Cool, des Donuts !". Et c'est le pantalon au genou que monsieur part s'empiffrer dans la pièce à côté. Et là, on aurait compris qu'on avait rien à attendre de plus. C'est Homer alors on s'y attend.

Bref...

Si Nicole était partie faire ses besoins, j'aurai compris. Ses cordes qui vous attaquent les nerfs. Ces gens qui dansent au ralenti. Toute cette excitation. Et puis cette eau, partout. Et puis même  là, habituellement, elle est classe. Suffit de voir Eyes Wide Shut où elle enlève sa robe (et fait ses besoins) comme personne.

 

Bref. Depuis cette pub, Nicole a perdu de sa splendeur. J'imagine ses prochaines aventures au Vietnam cherchant un KFC, ou en Zambie, arrêtant une fête pour se goinfrer de M&M's. Voir même dans la Cordillère des Andes, abandonnant un troupeau de lamas pour s'empiffrer une bonne tranche de Big Mac dégoulinant à souhait.   

Bref, Nicole, où que tu ailles, et si tu me lis, arrête pendant qu'il est encore temps.

C'est peut être un détail pour toi, mais pour moi, ça changera ma prochaine séance.

Posté par Ranx2 à 14:19 - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

09 octobre 2009

Sauvage technologie

Métro, heure de pointe

- Moi avec, je peux trouver tous les cafés du coin. Suffit d''appuyer sur Around et il me dit tout ce qu'il y a...


- Moi le mien, il est pas aussi perfectionné. Mais je peux conserver une bonne cinquantaine de photos dessus.

Le mien ne trouve rien tout seul et ne prend aucune photo puisqu'à l'origine, c'est surtout un téléphone.

-
Et ce qui y a de cool, tu vois, c'est que si t'es perdue, tu peux te retrouver. T'appuies sur Map et regarde, on est là.

- Moi, le mien, c'est surtout pour Twitter. Là, par exemple, je marque, "Je dial avec J.dans le métro".  Et tu vois, c'est publié.

Moi, je lis un livre avec des vraies pages dedans. Et ce qui est cool, c'est qu'on peut se faire un film sans déranger les autres.

- Moi, j'ai toute ma vie dedans. Si je le perds, je suis trop mal. 

- Moi pareil, j'ai tout mon agenda.

Moi j'ai quelques numéros. Des potes. Et le mien. Parce que je m'en souviens jamais. Tiens, ça vibre Quelqu'un m'appelle. Si je ne décroche pas, ça va sonner.


- T'entends ?

- C'est un chat.... C'est trop mignon.

- Il est où ?

Allez les filles, cherchez que je ris un peu.


- Tu le vois ?

Elles se tournent vers moi. Pourtant je n'ai pas de cage. Rien qu'un vieux téléphone que je sors de ma poche. Un téléphone qui miaule, certes. Un truc qui attire l'attention. Et me fait d'un coup, un rien de la place dans le métro.   

Et qui permet d'apprécier la figure déçue des passagers qui rêvaient d'un chat tout mignon.

Même s'il ne sait rien faire d'autre, c'est irremplaçable.

Posté par Ranx2 à 12:35 - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

06 octobre 2009

L'homme est une femme comme les autres

Dernier contrôle avant de sortir.

- Air pas rasé ?

- Check

- Regard mauvais ?

- Check

- Barbe de deux jours ?

- Check

- Cheveux coiffé selon le souffle du vent ?

- Check

- Démarche à la "dégage toi, tu me gênes" ?

- Check

C'est bon, tout est prêt. Je me sens fort, je me sens viril, je me sens comme Chuck Norris mais avec un peu plus de cheveux. Manque la dernière touche, le MP3 dans les oreilles.

Sélection du morceau...

Barbara ? Bootsktoock ? Shantel ? Beirut ? Fersen ?

Non non non. Ce qu'il me faut c'est un truc bien viril. Un truc de mec qui en impose. 

Un petit NTM  ? Le dernier de Sniper ?

Pas possible. Trop caillera des bacs à sables. J'ai pas le look, j'ai pas le style. ça va se voir.

Tiens, voilà, un bon petit Korn des familles. ça rassure les ados et les quadras, l'impression d'être un jeune sauvage libre qui fait du skate en chuchotant Fuck à la société.

Alors que je ne fais que marcher dans la rue d'un pas viril et franc. 

Parce que je le suis, viril.

Et pas qu'un peu.

J'arrive au métro en gardant mon air d'ours.

Vu le temps, il ne faudrait pas me chercher.

Bon...

voilà, je suis rassuré.

Je suis un homme, j'assure.

ça ne changera jamais

En attendant, je peux sortir la dernière bande dessinée de Pénélope Bagieu.

Le tome 2 de Joséphine

51TFjQWiUwL


Et rire virilement des choses qui ne me concernent pas.

Puisque je suis un homme.







Posté par Ranx2 à 11:00 - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

04 octobre 2009

La chance du poisson rouge

- Tiens au fait. C'est pour toi...

- Oh merci. Fallait pas...

- Non non mais...

- En plus, c'est exactement ce que j'aime.

- C'est parce que...

- Et celui-là, je l'ai cherché partout, il est introuvable.

- Je sais, c'est ..

- J'adore, vraiment j'adore. T'as vraiment un don pour les cadeaux.

- Oui alors en fait...

- Vraiment ça me touche. Tiens, c'est con, j'en pleure...

- Non mais...

- Oui, je sais, faut pas. C'est con. Mais je suis sensible moi. Quand on m'offre un truc...

- Mais je t'offre rien.

- Comment ça.

- Ben c'est à toi. Tu me l'as prêté, je te le rends.

- ... Tu veux dire ?

- Mais t'as raison, c'est vachement bien. Merci.

Comme le poisson rouge, j'ai très peu de mémoire. Tout ce qu'on me rend, j'ai l'impression qu'on me l'offre. Et  à chaque fois, ça tombe juste.

- Merci à toi de me l'avoir rendu.

Quelle chance, non ?

Posté par Ranx2 à 17:36 - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

01 octobre 2009

A mon commandement, action !

7h00 du matin, sous un chapiteau près de Nanterre.

Nous ne sommes que quelques-uns autour de la table régie à nous servir un café bien chaud. Pas tous vaillants, pas tous réveillés. Mais tous fiers comme un seul homme.  D'ailleurs, nous ne sommes que des hommes.

- Non mais après le café, ça ira mieux.

- Moi aussi, le matin, j'ai toujours du mal.

- De toute façon, on est là pour la journée.

Le réalisateur arrive. Il est grand, il est frais, il est dispo. Et rien que pour nous agacer, il parle fort.

- Vous êtes prêts ?

- Oh là, pas encore mais on va l'être...

Un petit coup de poing dans l'épaule pour me dire qu'on est hyperpotes même si on se parle jamais. Même si je doute qu'il se souvienne de mon prénom. Mais ce coup de poing, c'est tout le secret de la tendresse  masculine. On serait encore plus potes, on se mettrait des coups de boule.

- Allez, faites pas ces têtes. Premier jour de tournage, faut qu'on assure.

On approuve tous silencieusement. Moi je sers les dents. C'est qu'il m'a fait mal ce con.

- Dîtes-vous que c'est comme l'armée. C'est dur au début mais vous allez voir, on va bien s'amuser.

Suis-je le seul à plonger mon nez dans mon café ?

Non.

Nous sommes toute une bonne tribu à nous cacher derrière notre gobelet.

Il y en a bien un qui rigole mollement mais ça sonne faux, comme s'il essayait d'être complice avec un temps de retard.

Le réalisateur s'en rend compte, doute d'un coup.

- Vous avez fait l'armée, non ?

Si les gobelets étaient des couvertures, nous serions tous cachés derrière.

- Me dîtes pas... Qui a fait l'armée ?

Les têtes s'enfoncent. Est-ce le froid ou juste la gêne ?

-  Je suis le seul alors ?

Une gêne bien passagère quand on se rend compte qu'on est une majorité.

- Non mais nous, ça nous intéressait pas....

- Sans rire, j'avais pas un an à perdre...

- Je réponds aux ordres que je comprends. Sinon franchement...

- Mais moi je voulais pas y aller... 

- Ben pourquoi tu l'as fait alors ?

- Ben...

- En fait, t'es moins doué que les autres !

- C'est vrai que faut être une quiche franchement...

- J't'imagine bien la tête dans la boue.

Le réalisateur perd de sa superbe tandis que nous, nous reprenons des couleurs.

- Y a pas à dire, un café, ça fait du bien.

- Bon... on y va ?

- Oui chef !

- Vous êtes vraiment des petits cons...

- Oui chef !

Et ainsi jusqu'à la fin de la journée... 

 

Posté par Ranx2 à 14:32 - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1