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Tiens...

Bizarre...

Je ne rentre dans personne aujourd'hui.

Généralement, quand je pars au bureau, je m'enplaffonne la brune aux cheveux courts qui court vers le sien.

Elle doit être malade.

Ou en vacances.

Bref... 

Par contre, ma voisine est bien à l'arrêt de bus, les écouteurs toujours dans les oreilles, tournant la tête pour éviter mon regard. C'est vrai que se dire bonjour, c'est tellement surfait. Comme chaque matin, ce sera la course entre nous. Le premier arrivé au métro à gagné. Parfois, j'arrive avant le bus, parfois elle me met dix minutes dans la vue. Vu le traffic, c'est peut-être moi qui vais gagner.

Sur le chemin, je croise le chauve au costume autrichien. Comme d'habitude, il regarde toujours au-dessus de la mélée comme s'il réfléchissait à quelque chose d'important. Il profite de la marche pour fumer sa pipe, se donnant un petit air d'inspecteur. Je suis sûr que dans sa tête, il résoud des enquêtes. Alors que dans le coin, il doit être plutôt comptable.

Au croisement, les commerçants pakistanais installent la devanture du bazar. Regards qui se croisent. Saluts de la tête. Je trouve ça impressionnant. Dés qu'ils voient quelqu'un plus d'une fois, ils savent qu'il est du quartier.

Un peu plus loin, c'est la quadra rock qui regarde droit devant elle. Je sais pas pourquoi, je l'imagine en concert, buvant des bières, montant sur scène, sautant sur la foule, rentrant en début de matinée, juste à temps pour préparer le petit déj des enfants, se prendre une douche et filer au boulot avant que le boss n'arrive.

Au café, la vieille dame trop maquillée à encore forcé sur le bleu. Au début, je la prenais pour un travesti retraité. Quelqu'un qui aurait arrêté le métier mais gardé le costume, ne serait-ce que par nostalgie. En fait, non. c'est juste une vieille dame. Une ancienne clown peut-être ?

A côté d'elle, la gérante du pressing qui elle devrait être à la retraite depuis des années. Mais elle ne quitte rien, elle reste là, à garder sa boutique avec son canari qui piaille toute la journée. Elle a l'air sorti de Plus Belle La Vie. La vieille marseillaise qui ne raccroche pas. On peut lui envoyer les flics, jamais elle ne quittera son pressing. Et le premier qui touche à son oiseau le paiera de sa vie.

Un peu plus loin, les coiffeuses fument leur clope en attendant que la gérante viennent ouvrir. Dans la vitrine, des photos de couleurs testées sur l'une d'entre elles permettent de se rendre compte qu'elle a un peu vieilli. 

Et enfin, l'esquimau psychopathe. Même en été, il garde ses moufles et sa capuche relevée. Il jette des coups d'oeil en coin, repart, se retourne à nouveau, continue, un dernier coup d'oeil au cas où et s'arrête devant le feu. Avec ses deux mètres, j'ai toujours peur qu'il me prenne pour un agent infiltré, un gardien de zoo ou une menace terroriste qu'il devrait absolument écrabouiller. C'est pourquoi je préfère prendre mon temps, mettre un peu de distance, ne pas le retrouver sur le quai. 

Je vais faire mine de regarder la boucherie, de m'intéresser au roti, de comparer la charcuterie. ça ne sert à rien mais au moins je suis sûr de ne pas finir en bouillie.

Voilà, les deux minutes sont passées. 

Il a du prendre le métro maintenant.

Je peux donc y aller.

- ATTENTION !!!

Trop tard, l'accident est arrivé. 

- Je suis désolé.... Je...

- Mais c'est pas vrai....

- Non mais c'est pas moi, c'est parce que...

- Mais tu peux pas faire attention !? 

- Mais c'est l'esquimau...

- Chaque matin, c'est pareil ! Connard !!

Bon ben, au moins, je suis rassuré.

Ma brune n'était pas malade.

Elle était juste en retard.

Je peux prendre le métro sereinement.

Ma journée peut commencer.