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C'est un classique : je n'ai pas de place. Je plie un peu mes genoux mais ce n'est pas suffisant. Le mieux serait que je passe une jambe autour de mon cou, que je m'assoie sur l'autre et que je reste deux heures dans cette position...

Non, ça va pas être possible. Heureusement, je suis à la seconde rangée. Et à la première, il n'y a personne. Autant m'y installer.

- Si vous souhaitez utiliser cette rangée, ce sera 50 euros de plus, monsieur.

Il est arrivé avec cet air sournois du majordome qui veut vous faire payer de vous rendre service dans SON avion.

-... C'est une blague ?

- Non, c'est le règlement, si vous prenez cette place, vous payez plus cher. Vous réglez par carte ou en espèce ?

Je ne dis rien. Je retourne dans ma rangée me tordre dans tous les sens tandis que le chef de bord, fier de m'avoir remis à ma place, commence à expliquer les mesures d'urgence en cas de dépressurisation.

Pendant un temps, je rumine mais je prends sur moi.

J'essaie de voir la vie du bon côté. Nous ne sommes que deux dans ma rangée. Un fauteuil nous sépare. C'est le grand luxe.

Je peux à peu près regarder ma série en oubliant que mon ordi me rentre dans le ventre.

Tout cela est presque parfait.

Jusqu'à ce qu'un type s'installe devant moi, en inclinant son siège. 

Je choisis la voie diplomatique :

- Excusez-moi, ça ne vous dérangerait pas de changer de fauteuil ? En vous mettant au milieu, vous pourrez allonger vos pieds et incliner votre siège sans gêner personne. Là, pour le moment, j'ai un peu du mal à respirer. 

Clair, net, précis. En un mot, efficace. Il va dire "Oui, bien sûr, votre remarque est frappée du bon sens, excusez-moi, comment n'y ai je pas pensé plutôt" et nous reprendrons ce vol comme si de rien n'était.

- Ouais, non, en fait chuis bien là.

Et il incline un peu plus son fauteuil, ses cheveux caressant mes narines.

ça va pas être possible.

Où est ce majordome quand on a besoin de lui ?

Je prends sur moi mais c'est trop, il faut que je me fasse violence.

Alors je pousse franchement (-mais un petit peu-) le siège de mon nouveau voisin.

Aucune réaction.

J'hésite à me lever, à l'attraper par le col pour lui casser franchement sa gueule , à lui donner des coups d'extincteur tout en l'étranglant avec la ceinture de sécurité.

Je suis un vrai fauve.

Dans ma tête.

J'ai peur de déranger.

Et puis, si de cassage de gueule en roulade, on se retrouve dans le cokpit, on risque de frôler l'accident d'avion.

A cause d'un siège, ce serait bête.

Alors, je ne dis rien. 

je bous simplement. 

Jusqu'à l'intervention de Jeeves.

- Monsieur, à cette place, c'est 50 euros de plus....

Mon voisin tente de négocier. D'abord gentiment. Puis, il crie au scandale. Il menace. Mais rien à faire. Le commandant de bord reste de marbre. Aboule les 50 euros ou dégage. Finalement, mon voisin retourne à sa place, la queue entre les jambes. Je découvre qu'il est de l'autre coté, au deuxième rang.

Arrivé à sa place, mon voisin se contorsionne nerveusement. Sûr qu'il rêve de cassage de gueule, de siège plus grand, de liberté. En attendant, il tente de se mettre comme il peut.

Jusqu'à ce qu'une grosse dame s'installe devant lui.

Elle incline son siège, lui touche l'arète du nez.

Elle va réduire son espace vital pendant quelques instants.

Le temps que les toilettes se libèrent.

Et ce sera la première d'une longue liste de passagers.

A croire que tout le monde a envie de ce siège.

Juste devant lui. 

Il se retiendra pendant tout le voyage.

Et moi, je me dirais que la vengeance peut être bonne comme un plateau repas.