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- Ce qui s'est passé c'est qu'un type vous a appelé d'en bas et que vous avez pas répondu. Après, il est rentré dans l'immeuble, il a tapé un bon quart d'heure. Au téléphone, vous décrochiez pas non plus alors il s'est inquiété, il est venu nous voir pour nous demander si on vous avait vu. Moi, je vous connais pas trop alors j'ai dit que je savais pas.

Il a eu peur pour vous, apparemment, il vous arrive tout le temps des trucs.

J'essaie de reconstituer la scène afin de mieux comprendre.

- Vous avez reçu des menaces ?

- Ben... non...

- Non parce qu'il disait que vousétiez en danger. C'est pour ça qu'il a appelé les pompiers. Pour être sûr que vous étiez pas mort, vous voyez ?

Je vois à peu près. Il m'arrive souvent des trucs, certes. Mais rarement, je frôle la mort. Au pire, je la croise comme tout le monde. Ici ou là, elle passe prendre un proche. Mais entre nous, c'est "bonjour, bonsoir", pas plus. 

- C'est à cause du reportage, hein ? Vous avez rencontré des mafieux, non ?

- ...

J'essaie de m'imaginer en Tintin des temps modernes. Seul dans mon appartement, le quartier quadrillé par un commando près à faire feu sur la façade de mon immeuble. Heureusement, Milou a appelé la cavalerie. Don Corleone et ses sbires ont pris peur. La vie n'a tenu qu'à un fil.

En même temps, y a un truc qui cloche : je ne suis pas journaliste, je ne démantèle aucun réseau, et même, mon quotidien n'est peuplé que de petits trucs de bureau.

- Enfin, plus de peur que de mal puisque vous êtes là.... Tout est rentré dans l'ordre comme on dit...


Je quitte le café et ses phrases toutes faites. Je retourne chez moi. J'attrape la carte, compose le numéro.

- Pompiers de Paris, j'écoute ?

- Oui, bonjour, j'appelle parce que vous êtes passé dans mon immeuble tout à l'heure...

- A quelle adresse ?

Je la lui donne.

- Ah oui, je vois. Ce con était même pas là !  

- Oui, je sais. C'est normal.

- Pardon ?

- Dans la précipitation, vous vous êtes gourés d'appartement...

- Hein ?

- Vous avez eu à coeur d'entrer par la fenêtre, de défoncer mon plan de travail et de voir qu'il n'y avait personne. Il faisait beau, je suis sorti. Si j'avais su, je vous aurais attendu... Merci pour la carte d'ailleurs, sans cela, j'aurais cru avoir un voleur distrait.

- Et votre voisin ?

- Il était sorti aussi... Il va bien. Je crois qu'il a oublié d'aller bosser.

- Ah bon... 

- Oui, quand il a pas envie, il prévient personne.

- On peut dire qu'il fait le mort.

- Voilà...

Ce petit moment de complicité passé, je raccroche et observe les dégâts. 

Finalement, le barman aura un peu raison.

C'est vrai qu'il m'arrive souvent des trucs spéciaux.