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- N'empêche, c'est impressionnant... Je ne l'avais jamais vu en vrai..

- Et encore là, tu ne vois que le début. Il faut imaginer la suite, tout le monde qui se déshabille, la foule qui se mélange violemment, l'orgie qui dure pendant des jours, les plus faibles qui meurent de fatigue, les accidents, et je ne te parle même pas des maladies parce qu'au niveau de l'hygiène, c'était quand même pas top...

- Mais ils avaient des protections, non ?

- Tu parles. A part des casques et des armures, ils n'y pensaient pas du tout. A la limite, ça faisait partie de la bataille. Tu pars, prêt à en découdre, tu ne te dis pas qu'il faut emporter quelques capotes pour les jours qui viennent.

- Mouais, m'enfin quand tu pars faire l'amour...

- T'y vas la fleur au fusil... 

- Tu vas pas me dire que pendant la guerre de cent ans...

- Pendant la guerre de cent ans, tout le monde se mettait des coups, tout le temps. L'armure permettait de se protéger un peu mais au bout d'un moment, la chaleur aidant, tout le monde se déshabillait, s'oubliait, se vautrait dans le stupre. Tout se réglait à coups de bassin, de déhanché. Et il fallait une belle endurance pour tenir cent ans. Il parait même que les beaux jours, on entendait les Français jouir de l'autre côté de la Manche.

- Tout de même, ça aurait été plus simple de se faire la guerre, non ?

- La guerre, c'est quelque chose d'intime. On se dispute en couple, on se cherche des noises en amoureux, on se fait des coups de crasse, on se promet de se venger, on humilie l'autre mais au moins, on reste ensemble. Je vois pas bien comment transposer ça dans un champ d'amour.

- Ben... Je sais pas... Il suffirait...

- Et puis l'odeur du sang, les armes, les cadavres, merci bien... Parce que c'est sympa de se battre mais après, qui ramasse les morts ? Franchement, imaginer qu'un sang impur abreuve nos sillons, je trouve ça répugnant. Au moins, ce qui coule dans la terre est bien plus fertile. Et pas de cadavre à ramasser. Juste quelques personnes qui repartent en boitant, des douleurs dans le bas ventre, dans le derrière, c'est naturel et ça reste bon enfant. 

- Bon enfant, quand même, faut voir comment ils chargeaient...

- Oui mais ça, c'est l'émotion. La joie de se retrouver dans un champ, de pouvoir batifoler pendant des heures, à pied, à cheval, en char. C'est pas facile de se controler, c'est normal que ça dérape un peu....

guernica_pablo_picasso

 - Ouais enfin, ce n'est pas non plus la peine de s'en prendre aux animaux.

- Tu sais, la guerre, c'est violent. Vous les romantiques, vous imaginez quelque chose d'érotique, de sensuel alors que sur le moment, pris par le bain de foule, on s'en prend à la première chose qui passe...

- Comme le taureau de Guernica ?

- Ce genre de chose arrive mais...

- Je trouve ça dégueulasse. Je préfèrerais encore que les gens se battent...

- T'es jeune, c'est pour ça. Et puis, tu sais, tout le monde ne participait pas.

- Ah bon ?

- Ben oui. Les chefs par exemple, ils étaient souvent en retrait. Napoléon, par exemple, il préférait mettre sa main dans la popoche...

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- ça me dégoute...

- Parce que t'es sensible...

- N'empêche, je me demande ce que serait le monde si les hommes ne se faisaient pas tout le temps l'amour...

- Bof, ce serait différent, c'est sûr... Mais est-ce que ce serait mieux ?