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3h du matin, impossible de fermer l'oeil. Je me tourne. Je me retourne. J'essaie de faire abstraction des bruits de chantier. J'y arrive presque. Jusqu'à ce qu'il décide d'utiliser le marteau piqueur. J'en peux plus, je me lève, j'ouvre la fenêtre.

- Je peux savoir ce que tu fous...

- Ben, je me débrouille...

- Et ça va durer longtemps ?!

- Bah... oui... un peu, oui

- Mais putain, tu sais quelle heure il est ?!

- Mais c'est toi qui m'as dit...

- J'veux pas le savoir ! On arrête tout, t'as compris. On arrête tout !

- Bah ouais mais...

Je ne l'ai pas laissé finir. J'ai claqué la porte, je suis retourné dans mon lit, j'ai essayé de fermer les yeux. J'avais envie de m'endormir.

Et doucement, il a frappé à la porte.

J'ai essayé de faire abstraction.

Je me suis concentré.

J'ai pensé à la manière dont tout avait commencé. 

Jour d'ennui aux puces.

Rien qui ne m'intéresse.

Juste le plaisir de la balade.

Et là, la  petite lampe orientale, tout droit sortie des milles et une nuit, une lampe qui pourrait me rapporter un petit quelque chose au Boncoin.

Je n'ai pas hésité, je l'ai acheté.

Un peu de poussière, je souffle dessus, je frotte.

Et c'est là que le génie est sorti.

On s'est d'abord regardé sans rien dire. Un peu gênés. Je me demandais ce qu'il foutait dans ma lampe. Avant de comprendre ce qui venait d'arriver. Il m'a remercié, il m'a dit qu'il était enfermé depuis des années, qu'il était désormais à mes ordres, que je pouvais lui demander tout ce que je voulais.

TOUT.

Alors, j'ai réfléchi.

Longtemps.

J'avais plein d'envie.

Des rêves de gosse, surtout.

Il était pendu à mes lèvres.

J'ai pesé le pour et le contre et puis je me suis lancé.

- Je rêve d'un gigantesque palais chatoyant de mille couleurs et des fontaines partout et des femmes lumineuses aux formes enivrantes dansant au rythme des chanteurs qui donneraient une ambiance de fête à ce royaume enchanté avec aussi un zoo tropical et des jeux vidéos dans une salle de cinéma HD mais sans projecteur 3D parce que ça me fait loucher et une porte qui permettrait d'être livré à domicile sans jamais avoir à se déplacer et...

- Attends, attends, attends...

Il est parti chercher une feuille et un papier.

- Tu peux répéter, s'te plait...

Je ne savais plus par où commencer. Il m'avait coupé dans mon élan, ce con.

- Ben, un palais....

- Ok, mais quelle taille le palais ?

- Ben... euh... grand.

- Un... grand... palais... Ok. T'as une idée précise de la surface où je fais comme je veux ?

- Je sais pas...

- Non parce que si je fais un truc que t'aime pas et qu'il faut recommencer...

Je ne savais pas quoi dire. J'attendais le claquement de doigt, la magie qui opère, le palais qui apparait. Les danseuses, la musique...

- Je te cache pas que ça va être chaud... Surtout dans le quartier, c'est petit. Je suis pas sûr d'avoir les autorisations...

- Je comprends pas.

Il m'a regardé comme si j'étais un imbécile.

- Ben, avant de se lancer, faut déposer les status, voir si ça passe. Honnêtement, je suis pas à la place de la mairie mais un palais, comme ça, en plein quartier.

- Mais... T'es bien génie, non ?

- Oui, oui... enfin... oui.

- Ben alors, on s'en fout, tu fais ce que je dis, allez.

Il a pris son air bonhomme, il a dit "bon" et il est parti.

J'ai attendu un peu. Beaucoup. Quand la nuit est tombée, il n'était toujours pas revenu.

En attendant, rien ne se passait.

Et puis, il est revenu, l'air furieux, les bras chargés de revues.

- La prochaine fois, tu me donneras le code parce que là, pardon hein. En plus, ça pèse une tonne ce truc.

- C'est quoi ?

- Des revues. Tu veux un palais, faut qu'on choisisse la déco. On va pas se lancer comme ça. 

- MAIS BIEN SUR QUE SI, ON VA SE LANCER !! MERDE A LA FIN !!!

Il m'a regardé, il était peiné.

- C'est pas pour te vexer. Tu veux un palais, je te fais un palais, ok... Tu veux mettre combien ?

- Bon, j'ai bien rigolé. Merci pour la blague, maintenant, tu vas re...

- Ben, ça va, c'est pour demander. Tu veux pas payer, c'est pas grave, je vais m'arranger.

- Voilà, tu claques des doigts et ...

- Je claque des doigts et ça apparait ?

Il s'est marré.

- Non mais t'as vu trop de films... Tu crois qu'on fait un palais comme ça, toi ? Sans dégager le terrain ? Sans faire les fondations ? On claque des doigts et...

J'étais colère.

- Non mais c'est bon, je vais me débrouiller.

Il est sorti de chez moi.

Tout allait à peu près bien jusqu'au premier coup de marteau piqueur.

 
Maintenant, je l'entends encore tapoter.

Dans un dernier effort, je me lève et ouvre la porte.

- Excuse-moi... Juste.... Où est ce que je dors ?

- Pardon ?

-  T'as pas un endroit, une chambre, je sais pas ? Parce qu'honnêtement, il caille dehors. Et j'ai à peine commencer les travaux. Alors si je tombe malade, dés le premier jour, comment dire, c'est mal parti, hein...

Il a ri.

Aux éclats.

ça m'a énervé.

Je l'ai remis dans la lampe.

Je suis retourné aux puces. J'ai dit qu'il y avait un défaut.

- Ah ? c'est marrant, vous êtes pas le premier q...

J'ai souri poliment, je n'ai même pas demandé d'argent. Je suis juste parti.

J'ai retrouvé mon appartement.

Il était petit.

Ce n'étais pas un palais.

Mais c'était au moins mon nid.