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La princesse en pleurs courait aussi vite qu'elle pouvait, manquant de renverser les enfants qui trainaient sur son passage et les poussettes que les parents lui mettaient irrémédiablement dans les pieds. Elle bouscula un couple qui portait fièrement leur serre-tête. Sans attendre leur plainte, elle remonta l'avenue jusqu'au château pour annoncer au plus vite, la terrible nouvelle :

Le roi était mort.

 

- Une putain de bonne nouvelle, oui !

- Tu crois vraiment que ça va changer quelque chose ?

Le pionnier dévisagea son collègue, le temps que le wagon rempli de spectateurs hurlant disparaisse à l'autre bout de la ligne. 

- T'as raison, reste là, à ne rien faire. Regardez-les enterrer leur seigneur et en choisir un nouveau pendant que toi, tu écoutes les wagons te hurler à la gueule. Pour moi, c'est le moment. Il est temps de prendre notre revanche, que les pionniers prennent le pouvoir et imposent leur volonté. Nous avons vécu cachés pendant qu'ils paradaient. C'est maintenant à nous de traverser l'avenue pendant qu'ils crèvent sous la terre.

- Tout seul, on sera rien.

- Tout seul, non. Mais avec ça...

D'une main, il sorti une pépite d'or en carton.

- Avec ça, nous allons rallier les pirates à notre cause. Comme nous, ils sont le peuple. Et le peuple a soif de vengeance.

- On dit que les pirates n'écoutent personne. Qu'ils tuent et qu'ils pillent tant qu'ils peuvent.

- Et alors ? ça nous changera de toutes ces mièvreries. Le monde est dur. Il faut que les gens l'apprennent.

- Et les futuristes ?

- Un émissaire est en route.

 

- Il n'en est pas question ! Si vous faites la révolution, on devient quoi, nous ?

- J'entends bien. Toucher au présent c'est toucher au futur. Cependant, vous ne pouvez pas rester dans l'immobilisme par simple paresse. Vous aussi pourriez faire valoir vos...

- Il n'en est pas question, vous m'avez entendu ? Notre monde est basé sur le futur. Si vous touchez au royaume, vous allez bouleverser notre monde.

- Nous comptons bien renverser tout le monde. Et cela, avec ou sans vous. 

- Mon armée de pistolasers saura vous recevoir.

- Vos jouets lumineux ne pourront rien contre nos pierres. Sans compter qu'à force de travailler à la mine, nous avons amassé un sacré trésor.

- Vous êtes condamnés à perdre. Le futur ne changera pas.

- Vous êtes condamnés à disparaitre avant même d'avoir existé. Triste destin, non ?

 

- Mais je comprends pas...

- Pourtant, c'est simple. On dévalise la royauté, on tue les pionniers et on prend le pouvoir.

- Et les futuristes ?

- Le drapeau noir flottera sur leur pays. Avec leurs armes, nous allons conquérir le monde. Peut-être même franchirons-nous les grilles. Il est temps pour nous de redevenir une menace.

- Vous comptez aller jusqu'où ?

- Dieu seul le sait. Peut-être pousserons-nous jusqu'au RER.

- Personne n'est arrivé jusque là...

- Personne sauf nous !

- Excusez-moi...

Les deux pirates levérent la tête devant un étudiant portant un chapeau de magicien.

 - Où est-ce qu'on peux faire pipi ?

 

- D'abord, reprenez-vous ! Une princesse en larmes, c'est franchement la honte. Ensuite, on attend. Les actionnaires vont se réunir et faire leur travail. On va avoir un nouveau roi et tout va rentrer dans l'ordre. Pour l'instant, tout se passe bien. La sécurité fait son travail. Chacun est dans sa zone. 

- Monsieur, on a un problème secteur 2.

- Qu'est-ce qui se passe ?

- Une disparition du côté des pirates. Un spectateur portant un chapeau de...

 

"Mesdames et messieurs, ceci n'est pas un exercice, ni même un canular. Notre roi est mort. Le royaume est décapité. Il est temps pour nous de prendre le pouvoir. Nous avons vécu dans l'ombre, nous venons prendre la lumière pour la rendre au peuple. Le roi est mort, vive le peuple !"

Les spectateurs ne comprirent pas du tout la nouvelle. A peine y eut-il quelques badauds pour relever la tête vers les haut parleurs, le temps de s'en désintéresser et de payer leurs achats dans les boutiques de l'avenue. Mais tous s'arrêtèrent quand ils entendirent la supplique.

"- S'il vous plait, faites ce qu'ils disent. Ils m'ont fait prisonnier alors que j'ai très envie d'aller aux toilettes. Je vous en supplie. Obéissez-leur, qu'ils me relâchent. Je... Je ne vais pas tenir très longtemps...

-Vous avez entendu,  Si vous tenez à la vie, partez au plus vite. Sinon, rejoignez-nous. Aidez-nous à conquérir le pouvoir. Quant au royaume, si vous vous mettez sur notre passage, nous nous occuperons de l'otage.

- Mais chef, comment on fait, on n'a pas d'armes...

- Mais c'est pas la peine de le dire si fort, idiot !"

 

En un instant, ce fût la panique. L'avenue perdit son aspect festif pour une vague de spectateurs qui écrasaient les plus faibles. Certains se retrouvèrent projetés contre les grilles. D'autres profitèrent de l'occasion pour s'empiffrer de popcorn ou nourrir leur compte Instagram. La sécurité, elle, était dépassée.

Ce fût le moment que choisirent les pirates pour remonter l'avenue. Désormais, elle leur appartenait. Ne restait plus qu'à tout dévaliser.

Autour du royaume, les pionniers se tenaient en masse.

Se tenant à chaque coin du château, les archers bandèrent leurs arcs, prêts à défendre leur royaume. La corde de l'un d'eux lâcha.

- Saleté de jouet chinois !

- C'est la merde mais on n'a que ça...

- Tu crois qu'on va survivre ?

- Seul l'avenir nous le dira...

Tous se tournèrent vers les futuristes qui attendaient de voir comment les choses allaient tourner pour modifier leurs bâtiments.

 

Et d'un coup, le silence tomba sur le parc. Le calme avant la tempête.

Du moins, avant un coup de téléphone.

- Allo ?... la princesse, oui, c'est moi, je... comment ? C'est pas vrai ! Vous êtes sûrs ? Mais c'est...

Elle parti dans un grand éclat de rire.

- Le nouveau roi a été élu !

- ça veut dire...

- La guerre est finie !

La rumeur se répandit rapidement. L'avenir était serein. Les futuristes fêtèrent ça avec quelques lasers projetés dans le ciel. Les pionniers retournèrent travailler à la mine, non sans gagner le droit de parader le jour du 1er mai.

Quand la sécurité boucla le dernier pirate, l'avenue était libre aux balayeurs qui nettoyèrent les dernières traces de bataille.

Ainsi se termina la plus grande guerre du tout petit monde.

Tout le monde fut sauvé.

Il n'y eu pas une seule victime.

- S'il vous plaît ! Si quelqu'un m'entend, venez m'aider. J'ai gigoté toute la nuit mais je dois libérer ma vessie. Venez me délivrer !

Libérer, délivrer.

Tels furent les mots de la fin.