p03h79m0

C'était une très bonne soirée.

Maintenant qu'elle se termine, nous sommes tous sur le trottoir à attendre le Uber qu'un d'entre nous vient de commander.

On prolonge, on patiente, il devrait y en avoir pour... une seconde. Le véhicule arrive en panique et manque de nous renverser . Une voiture de police tout gyrophares dehors, vient se garer derrière lui.

Il y a cinq secondes, la rue était calme. D'un coup, c'est devenu 66 Minutes avec arrestation en direct.

Quitte à attendre un chauffeur, autant être au spectacle. Et là, clairement, on est aux premières loges.  

Deux policières s'approchent du véhicule. A l'intérieur, quatre personnes et un chien. Le chauffeur sort, oublie de mettre le frein à main. Comme la rue est en pente, sa voiture descent dangereusement, prête à emboutir l'avant du véhicule de police. Les deux policières ont le réflexe de retenir le véhicule, le temps que le chauffeur répare son oubli. A l'intérieur, personne n'a bougé, pas même le chien.

Le chauffeur revient, nerveux, bégayant des excuses.

- Heureusement qu'on était là pour le retenir, sinon...

Sinon, rien du tout, le chauffeur est déjà parti en courant, plantant ses amis, sa bagnole, son chien, ses clés et tout le reste sur le bas côté.

- Oh putain... Arrête-toi !

Elles ont eu une seconde de surprise mais maintenant les voilà parties, prêtes pour le jogging alourdi par leur ceinture, leur matraque, leur arme, leur menottes.

- Arrête-toi, putain !

Et elles disparaissent au coin de la rue.

La rue est redevenue calme.

Les passagers ne bougent tellement pas qu'on pourrait les croire en bois.

Même nous, on ose à peine parler.

On chuchote "il arrive dans combien de temps, ton chauffeur ?", histoire de meubler.

Et d'un coup, il sort à son tour, rangeant son téléphone, regardant autour de lui.

Par souci d'anonymat, appelons-le Pinot

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Pinot ne comprend pas. C'était un banal contrôle routier, il avait le temps de faire un Candy Crush et pourtant, ses collègues ont disparu.

Il fait mine de chercher, il est à deux doigts de regarder sous le véhicule, il regarde un peu partout et finalement, il ne trouve que nous.

Alors, embarrassé, il nous demande : "Elles sont où ?".

Il a tellement l'air perdu qu'on est obligé de lui faire le résumé des épisodes précédents.

"... et là, donc, elles courent après lui..."

- Pffff... Mais on vient à peine de commencer.

On sent que ça lui pèse lourd. Pinot aurait aimé un contrôle correct, bonjour, papier, soufflez dans le ballon, merci, au revoir, bonne soirée. Alors que là, c'est Julie Lescaut dès le commencement. Il avait pas prévu.

"Et puis, y a eux là"

Eux, ce sont les passagers qui jouent à chat statue. Pour le moment, personne n'a perdu.

"Je peux quand même pas les laisser..."

Dans son regard, on voit bien qu'il a le début d'une solution. Il nous les confie. Il reprend la course avec cinq bonnes minutes de retard. Il rattrape ses collègues. Il les dépasse. Il plaque le fugitif. Le temps de reprendre son souffle et il recommencera sa partie pépouze.

"Ouais, non, je... j'allais dire une connerie"

Pas la peine de développer, elle est sortie en pensée.

Il pousse un peu plus loin la réflexion, jusqu'à ce que ses collègues reviennent... seules. 

Seules mais vénères.

"Vot' copain là, il a oublié ses couilles sur le tableau de bord ! Ma parole, si je le retrouve, je lui fais payer, c't'enculé !"

Ce qui manque à cette rue, c'est un vendeur de popcorn.

"Il a filé ce connard, mais il ira pas loin"

Il ferait le tour du trottoir avec son panier.

"D'toute façon, il est à pieds, non ?"

Pinot a donné le maximum de sa réflexion. On sent que dans le trio, c'est lui, le cerveau de la bande. Un cerveau diesel, un cerveau qui met du temps à démarrer. Mais un cerveau qui vise toujours juste. Il donne l'orientation et ses collègues foncent. C'est bien simple, on ne pourrait pas s'en passer.

Et voilà que l'Uber arrive.

Juste quand ça commençait à être intéressant.

Notre amie monte, tout le monde repart dans ses quartiers, laissant le contrôle se poursuivre sans que personne n'ait encore bougé.

C'était une bonne soirée, conclue t'on en retournant dans nos appartement, tandis que d'autres policiers contrôlent des jeunes mendiants sur la place de l'Hotel de Ville, mais c'est quand même un poil sécuritaire comme endroit.

"Demain, on ramène des popcorns ?"

"Ok, sauf si on se fait contrôler".

Ne reste plus qu'à espérer tomber sur Pinot.

Avec lui, la ville peut dormir tranquille.