crevette domestique

Petits yeux, grandes antennes

24 septembre 2009

Dis-moi ce que t'écoutes, je te dirais où tu es

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Je ne sais plus quel philosophe a dit "La vie, c'est amusant" mais force est de constater qu'il avait raison, le bougre.

J'en veux pour preuve la radio et ses différentes stations. En soi, la radio ne prête pas à rire mais je me suis rendu compte que je n'écoutais pas les mêmes stations aux mêmes endroits. Comme cela m'amusait un peu et que la radio c'est aussi de la vie, la phrase de ce grand philosophe* tombe pile poil à propos.

Où écoute donc je de la radio ?

Figure 1

"Voltaaaage, Voltaaaaage, quatorze minutes de tubes, sans puuuub, sans puuuub, Voltaaaage, le meilleur du son dancefloor qui déchiiiirre... Voltaaaage"

La voix française de Bruce Willis me rappelle toujours mon enfance, quand c'était cool, quand c'était viril de l'entendre  annoncer les trente cinq prochains tubes sans pub.  Sans pub. Aujourd'hui,  rien ne semble avoir bougé. Je suis toujours dans une petite pièce, je suis toujours sans pantalon,  j'entends toujours discuter de l'autre côté du rideau tandis qu'un vendeur me tend une autre taille de jean avec une coupe qui devrait le faire. J'entre comme je peux dans le pantalon, je sors de la cabine.

- Ah ouais, c'est clair, ça vous va comme un gant...

- C'est un peu serré quand même ?

- Ouais mais ça va se détendre....

Pendant cet échange des plus intéressants, une voix festive  hurle qu'Everybody's freeeeeeeeee, feeeeel goood (avec une grosse voix de rasta pour contrebalancer).

Autres bruits ambiants : Mais essaye au moins au lieu de dire non / Kevin arrête !! Antoine, repose-ça /  Comment c'est trop moche / Ah ? Moi j'aime bien.

Figure 2

"Tout de suite son dernier LD trip-hop samplé par Dj Baladanstaï en direct des Caraïbes avec un remix techno new-yorkais de son ancien album sortie sur le label anglais Onceandforall trouvable  sur Internet à  la boutique Nova" 

Je suis en voiture, à Paris. Si je ne suis pas sur Nova, je suis sur Ouï. Quand j'en ai marre d'entendre pour la millième fois une pub pour U, les nouveaux commerçants, je change de station afin de retrouver un son qui me plaît... parfois. Et finalement, quand les deux m'insupportent, un rien de FIP et tout rentre dans l'ordre. Du moins sur le périphérique extérieur jusqu'à la porte de Champerret. Quant aux maréchaux, il y a un accident à la porte...

Figure 3

"Aloueeette Aaaaalloueeettte. Alouette, il est 17h15, on enchaîne avec Envole-moi de Jean Jacques Goldman et on se retrouve juste après"

Je suis en voiture. En province. Généralement sur une route de campagne en fin d'après-midi. Je n'ai pas vraiment le choix des stations. C'était ça, les Grosses têtes ou du classique sur France Inter. Alors bon, tant pis, un rien de Godlman, ça fera le voyage, le temps de rentrer chez soi.

Figure 4

"FunRadioilest10h00toutdesuiteonsecoutelederniersondancefloor

deDJBraïceavecdescompilsagagneretdesmaxsdecadeauxcomme

desplacesdeconcertsetdesscootersMP3puisilyauraunvoyagepour

deuxpersonnessivousappelezlorsquevousentendezlesondancefloor

maistoutçaceseraàpartirdedixhuitheuresenattendantrestez

àlécouteonvasenvoyerdubongrossondanslemaxifun"

Je suis toujours en voiture. En province. Sur une route de campagne. C'est la fin de matinée. J'ai besoin d'écouter un truc qui me file la pêche, même si au bout de cinq minutes, la musique m'agace. Je suis toujours aussi stupéfait par le débit des animateurs. Faut-il s'entrainer avant de se lancer dans le métier ? Comment font-ils pour ne jamais s'embrouiller ? Mystère. En tout cas, je ne m'en lasse pas. 

Figure 5

"Alors bien sûr, loin de nous l'idée de gâcher vos fêtes de Noël mais il nous a semblé important d'interroger ceux et celles qui ont la lèpre en Inde. Pour eux, Noël est un jour comme les autres car là-bas, cette fête n'existe pas.  Notre reporter s'intéressera aussi au gavage des oies où comment la torture animalière sert la cause des fêtes et nous finirons enfin par le petit Noël des enfants battus. France Inter, il est minuit moins dix" 

Je suis chez moi, en Province. France Inter est la seule radio sans musique qui ne soit pas populo. Ni chiante. Alors j'écoute d'une oreille. Mais à chaque fois, ils m'énervent. C'est le samedi ? parlons un peu de travail. C'est la fête ? Parlons de la faim dans le monde.
Ce fond de bonne conscience catho qui nous rattrape volontairement au moment où on aimerait le moins m'irrite. Car on sait bien que la misère n'a pas disparu. Mais est-ce  nécessaire de nous le rappeler un jour où on voudrait être heureux ? 


Bien sûr, il en reste d'autres. BeurFM ou RMC que je me colle dans l'oreille pour me réveiller (je mets toujours des radios que je ne supporte pas pour me sortir du lit), la libre antenne que j'écoute la nuit durant les longs trajet pour me rendre compte de la distance parcourue depuis l'adolescence et quelques autres encore. Mais bon, on tient déjà un petit paquet.

Et puis il est 14h20, tout de suite les news avant le prochain titre de Marc Lavoine "Bascule avec moi".
CrevetteFM, je vous souhaite une bonne journée. 

* C'est peut-être moi finalement, un jour où je m'ennuyais à un cours de philosophie (c'est donc moi au XXe siècle... mouais, c'est suffisamment vieux pour que ça fasse philosophe)

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22 septembre 2009

Chassez le naturel...

J'y arriverais jamais. C'est pas possible. J'en suis plus capable.

J'ai jamais réussi. J'ai juste fait illusion. Tout le monde y a cru. Tout le monde pensait que j'y arriverais mais non, ce n'est pas possible. Je n'ai pas les moyens, je sais pas faire, je suis nul.

C'est tout.

Et puis c'est plus simple comme ça. Renoncer tout de suite avant que les autres ne se rendent compte. Personne n'aime se faire duper alors autant prendre les devants, leur montrer que ce n'est pas de leur faute, que je me suis juste trompé, je ne suis qu'un incapable, certes, mais un incapable qui reconnait ses fautes. C'est déjà pas mal même si c'est pas grand chose. 

Je me donne de vagues ambitions  mais c'est pour l'image.

En vrai, y a rien du tout.

C'est du toc.

Rien d'autre.

La preuve, j'arrive même pas à écrire.

Je sais plus faire. J'ai jamais su.

Les autres textes, c'était un accident.

C'est même pas vraiment moi.

Ou alors si mais sans le faire exprès.

Je suis né incapable, pourquoi ça changerait ?

Déjà petit, tout le monde avait des dons.

Qui était bon en math. Qui smashait comme personne. Qui avait dévoré l'œuvre entière de tel ou tel écrivain.

Moi c'était plus simple, j'étais moyen en tout.

Rien qui puisse susciter l'enthousiasme. 

Un petit sourire d'encouragement à la limite, un petit air gêné pour dire que ce sera plus difficile pour moi que pour les autres.

Alors bien sûr, j'ai progressé.

Un peu.

Mais pas assez.

Alors autant abandonner.

On n'a qu'à dire que c'est la fin.

J'ai plus qu'à changer de voix.

Me lancer dans autre chose.

Pourquoi pas la boucherie ? 

Ce serait plus simple.

Puis ça amène le sourire.

Un petit "Vous le faîtes revenir sur feu doux"  qui fait plaisir.

Un "Vous mettez le thermostat sur 180" qui réchauffe le coeur.

Le tour est joué, la viande emballée et le passé bien enterré.

Qu'est-ce que je m'emmerde aussi à écrire  ? 

Chercher la petite bête alors qu'il y a des trucs plus faciles.

....

En même temps, boucher, c'est surtout de la barbaque.

De la découpe.

Et des cadavres.

Du sang plein le tablier.

La radio qui diffuse les Grosses Têtes.

La grand-mère qui bégaie mais qui veut toujours la même chose.

Celui qui vérifie qu'on l'arnaque pas.

Et celle qui pense qu'on l'empoisonne avec le haché.

Et puis les impôts qui nous tombent dessus.

Voir les jeunes qui trainent, si c'est pas malheureux.

Et ne penser à rien à la fin du boulot.

S'asseoir devant sa télé.

Regardez Joséphine et penser tête de veau.

Emballer les paupiètes.

Et pour la petite dame, qu'est ce que ce sera ?

....

Non non non non non

Porter des trucs ? Et puis quoi encore ?

Et puis l'odeur de la viande crue... je pourrais pas.

Sans compter qu'adroit comme je suis, je vais me couper un os.

Un bout d'ongle dans l'onglet.

Beurk.

Et puis la journée passe toujours avec les mêmes conversations.

On tente un peu d'humour qui tombe souvent à plat.

On est boucher, pas comique.

...

Et puis, je suis pas obligé d'écrire un gros truc.

Les pavés, personne ne les lit.

Alors autant faire court.

Et puis un mot poussant l'autre, on  y arrive un peu.

Pas beaucoup.

Juste ce qu'il faut.

C'est plus une montagne.

A peine une colline.

Bref.

J'y suis arrivé.

Jusqu'à la prochaine fois...

 

Posté par Ranx2 à 14:24 - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

10 septembre 2009

... Mais moi je t'aime un peu plus fort...

1er jour

- Mais il m'aime encore mais moi je t'aime un peu plus fort....

C'est sympa cette chanson, c'est frais, c'est... Je sais pas. C'est sympa.

- Mais il m'aime encore...

Bref, une belle chanson d'amour, un brin de naïveté.  J'aime...

2eme jour

- Mais moi je t'aime un peu plus fort...

J'aime mais c'est un brin naïf tout de même.

- Mais il m'aime encore...

Mais bon, c'est sympa.

- Mais moi je t'aime un peu plus fort...

Dommage que ce soit répétitif quand même.

3eme jour

- Mais il m'aime encore...

Mais ça fait combien de fois qu'elle le dit ??

- Mais moi je t'aime un peu plus fort...

Et puis elle m'agace avec sa voix.

- Mais il m'aime encore...

Parce qu'un peu de candeur, ça va...

4eme jour

- Mais moi je t'aime un peu plus fort...

... Mais là, sa candeur commence doucement à me faire chier.

- Mais il m'aime encore...

Et puis merde, ça va bien, cette fausse voix d'enfant.

5eme jour

- Mais moi je t'aime un peu plus fort...

Gna gna gna gna gna plus fort..

- Mais il m'aime encore...

C'est pas possible d'être aussi cucul

- Malgré ça, il m'aime encore...

Vivement l'hiver, qu'on écoute des trucs plus lourds.

- Mais moi je t'aime un peu plus fort...

Et puis j'en ai marre de cette répétition

- Mais il m'aime encore...



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08 septembre 2009

Une bien belle drogue de rentrée

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- Messieurs, j'espère que les vacances ont été bonnes. Maintenant, vous vous les mettez derrière l'oreille. Il va falloir mettre un grand coup de collier...

Je n'en peux plus, je ne pense qu'à ça, il m'en faut...

- Les chiffres sont tombés et ils sont sans appel. Comme vous le savez, notre secteur connaît quelques fluctuations...

Rien que d'y penser, j'en tremble. Je ne vais pas tenir, je me connais, je ne peux pas tenir... .

- Quelques perturbations liés à la crise. Mais plutôt qu'un long discours, je laisse la place à Jean-Daniel qui va nous montrer un bien joli Powerpoint...

Je vais avoir l'air con mais tant pis, je veux ma dose. Sans elle, je suis inutile de toute façon. Alors autant lever la main...

- Ranx, des questions ?

- Non... c'est que... enfin... si.... je peux aller me laver les mains ?

- Maintenant ?

Silence. Tous me regardent. Je m'en fous. Ils peuvent me dévisager, ça change rien. Tant qu'il en reste.

-  J'en ai pas pour longtemps... promis.

- Bon ben... si ça peut pas attendre. Mais... 

Je n'ai pas le temps d'écouter la suite. Je me retiens de courir. Ce couloir est long à traverser. On dirait  que ça fait des heures que je marche. Au bout, les toilettes enfin. Je pousse la porte.

- Tiens, salut..

Merde, qu'est ce qu'il fait là celui-là ???


-
T'es pas à la réunion ?

- J'ai un petit peu de retard mais bon... Je le connais son discours.

- Non mais ils te cherchent. Alors speede mon vieux.

- Ben et toi ?

- Moi c'est pas pareil...

L'enfoiré. Je suis coincé. Faut que je trouve une sortie.

- J'ai un truc qui passe pas...

- Ah bon et....

Je rentre dans les toilettes, je ferme derrière moi. Faire semblant de vomir.

- Ranx, ça va ?

Attendre quelques secondes, le laisser imaginer le pire puis

- ça va, ça va... C'est rien. Dis-leur que j'arrive... Je...

- Bon ben, tu traînes pas, hein ?

Non, ça je vais pas traîner. J'attends quelques instants pour être sûr qu'il soit bien parti. Je rouvre la porte. Enfin seul. Avec mon précieux, mon trésor. Je vais pouvoir m'en tartiner les mains, je vais m'en mettre plein les narines. Enfin...

Au début, j'étais comme tout le monde. Je rentrais de vacances, je découvre les messages de prévention et ce nouveau pot, une solution hydroalcoolique format familial à frictionner pendant trente secondes à la place du savon. J'en mets une noisette, je frictionne et renifle mes mains  pour en découvrir l'odeur.

Et là, c'est la révélation.

Comme un rappel des jours d'ennui au collège où l'on reniflait du diluant, cette même odeur, ce même principe.

Je renifle une nouvelle fois. Mon cerveau se rappelle. Pour un peu, j'entendrais presque le bruit de la sonnerie. Les élèves qui grimpent l'escalier.

L'effet se dissipe. J'en remets un peu. Il m'en faut encore.

On a cours à quelle heure ?

J'ai eu un deux en math.

Je vais me faire démolir. 

J'ai un mot pour l'EPS.      

Vous ferez signer ça par vos parents. 

Encore. Encore.

Il paraît que Grégory l'a fait en colo.

Sa mère elle est pas mal. Dommage qu'elle soit vieille.

Attends, moi je crapote pas.

Oh non, pas lui, je l'ai déjà eu l'année dernière.

Tu parles, elle embrasse super mal.

J'en remets une nouvelle couche. Je m'en tartine tout le corps.

Et vous me ferez trois tours de plus !

J'ai dit silence.

Alors, Ranx, cet abscisse ?

And this is my sister, Kathy, she's english too... 

Ranx ?

Non parce qu'elle m'a dit que si tu voulais elle voulait bien...


Oh non putain, j'ai rien révisé
...

Ranx, ça va ?

Mais samedi, mes parents sont pas là alors si vous voulez


- Ranx, bordel !

- Euh... oui ?

- Qu'est ce que tu fous ? ça fait une heure que t'es parti !

- Je... je me lave les mains...

- Et ben, ça va, elles sont propres. Allez on y va sinon le DG va nous tuer.

- Attends, je.. faut que je ... un tout petit peu...

Une dernière dose. Avant de retourner en cours...

Posté par Ranx2 à 12:56 - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

07 septembre 2009

Chaleur sur la ville

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Ce texte ayant été écrit dans le train, il y a quelques petits problèmes de typo...

  • Monsieur, on vous sert ?

Je m'avance vers elle, pose la cage sur le guichet.

  • Une boîte de vermifuge, s'il vous plaît....

Elle ne quitte pas l'animal des yeux.

  • Pauvre chat, il est tout apeuré. C'est un mâle ou une femelle ?

Ce que je craignais arrive.

  • Une femelle

  • Elle est toute jeune, non ?

  • Oui. Elle a à peine six mois...

  • Elle est toute mignonne...

Elle tend prudemment un doigt vers la cage.

  • Pitipitipiti...

Elle est tombée du côté Choupi de la Force. Mon chat est trop angoissé pour oser s'approcher.

  • Qu'est-ce qu'elle a la pauvre ?

  • Rien de grave, on vient juste de lui enlever les fils...

Elle me lance un regard poliment mauvais. Si elle n'était pas derrière son guichet, elle me dirait quel bourreau, je suis.

  • Au début, je voulais pas l'opérer. Mais je vis en studio. Et elle avait ses chaleurs toutes les semaines.  Alors à force...

En attendant, le mieux qu'elle puisse faire est un soupir, un « pauv' bête » de compassion.

  • Quand même, ces bêtes là, c'est pas fait pour la ville.

  • C'est vrai. Mais je n'ai pas de maison de campagne. Et puis, on me l'a offert alors... De toute façon, c'est une vraie chatte de ville. Elle sort jamais quand j'ouvre la porte. Et puis chez moi, elle chasse la souris..


  • Elle tente de comprendre, grimace un sourire. Qu'est ce qu'il essaie de dire ce grand imbécile ?
  • Ma souris d'ordinateur... Parce que... j'ai... enfin...

  • Une boîte de vermifuge, donc...

  • Oui....

    Elle file vers l'arrière boutique. Quelques secondes loin de ce monstre lui feront le plus grand bien.

  • Et voilà. Il vous faut autre chose ?

  • C'est à dire... oui...

  • Elle lève les yeux de son ordinateur.

  • Une boîte de gel... Enfin, je veux dire.... un lubrifiant.. à base d'eau... Enfin, si vous avez...

  • Mon chat approche sa tête de la grille. Elle préfère fermer les yeux plutôt que de le regarder. Pauvre petite chose.  Si seulement, elle avait pu vivre à la campagne. Elle revient avec la boîte, prend sur elle de m'interroger à nouveau.

  • Ce sera tout ?

    Elle est tellement gentille. Je lui renvoie mon plus beau sourire.

  • Merci, oui. Avec ça, nous avons tout.

    Je sors de la pharmacie. A travers la vitre, je croise son regard qui ne me quitte pas. Si jamais elle me voit dans les journaux, elle pourra dire qu'elle savait. Qu'elle m'a vu. Que dans son métier, tout est possible. En attendant, elle détourne le regard, reprend un semblant de sourire et

  • Madame, on s'occupe de vous ?   

De toute façon, la ville n'est qu'un foyer de pervers. Elle l'a toujours su.

Posté par Ranx2 à 10:20 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

03 septembre 2009

Popcorn au beurre noir

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- Oh la la, la gueule !

- Ben dis donc, ils t'ont drôlement arrangé...

Ça, c'est bon, j'avais déjà remarqué. Tous les jours depuis mon agression, je me fais les mêmes réflexions. Une jolie bosse sur l'arête du nez, avec un rien de sang coagulé pour aller avec mes yeux au beurre noir. C'est vrai, ils m'ont bien arrangé.

Ça s'est passé très vite (d'aucun auront remarqué que je donne de la cédille à tout va, que je me la donne comme personne en cédille majuscule. Et oui, c'est grâce à vous, lecteurs, lectrices, que j'ai fini par comprendre que la touche 0199 n'existait pas mais qu'il fallait taper sur toutes les touches pour avoir un beau Ç. Rien que pour ça, lecteurs, lectrices ou inversement, merci). Une petite bande qui tente de rentrer par la sortie comme d'habitude. Un instant de flottement, quelques menaces, jusque là rien de nouveau. La différence a été la tension, plus  forte que d'habitude. Voir un film à l'œil ou casser la gueule au premier venu, peu importe, ça fait toujours quelque chose qu'on peut se raconter ensuite, une fois revenu au quartier.

Je n'ai pas eu le temps de voir le coup venir. Jusque là, il me parlait, me demandant de me détendre tandis que son pote menaçait de me casser la gueule. Derrière eux, la bande attendait, l'air de ne pas savoir quoi faire. Le déclencheur, ça a été le coup de tête. Comme un signe de départ, ils m'ont sauté dessus, chacun essayant de placer un coup de poing, un coup de pied, peu importe du moment qu'ils me touchaient.

Ma chance a été de me coller contre une porte. Les coups ne portaient pas suffisamment pour faire mal. Je m'en suis sorti avec quelques bleus. Rien de bien grave. La bande est partie aussi vite qu'elle était venue. Personne ne les a retrouvé. Chacun s'est dispersé. Ils avaient quoi se la raconter pour la soirée.

J'ai passé deux jours à m'énerver tout seul, à me refaire le film inutilement.

Si j'avais su, j'aurais tapé avant. Qu'est-ce que ça aurait changé ? Et si j'en avais tapé un pour l'exemple ? Celui qui m'a pris en traître. J'aurais dû le frapper plutôt que de l'écouter. La prochaine fois que je les croise... Et le prochain qui m'emmerde... Et... et puis rien. A chaque fois, une autre voix me dit que je vaux mieux que ça. Que ces petits cons n'ont pas d'avenir. Se la jouer à 25 ans, franchement., c'est la honte..  Je m'en sors bien par rapport à eux. Et puis, je m'en serais pas sorti s'il avait fallu leur rentrer dedans. Alors autant se dire simplement que j'ai plus de chance qu'eux tous réunis.

En attendant, mes jours d'arrêt sont terminés. Je dois retourner bosser, jouer le monstre de foire pour un smic. 

Ça m'enchante...

En plus, Gob va se foutre de moi. "Je peux pas partir deux semaines en vacances  sans qu'il t'arrive un truc". Je vais faire semblant de sourire, histoire d'être poli. Comme si ça m'amusait. Madame part au ski et pendant ce temps, moi je prend les coups.

La voilà qui arrive d'ailleurs. Avec son bras dans le plâtre.

- Qu'est ce qui t'es arrivé ?

- Ben et toi ?

- Je suis tombé sur une plaque.

- Moi sur une bande.

- On tient la confiserie ensemble ?

- Pourquoi pas...  En plus, on fait un peu la paire...

- On va se fendre la gueule, tu vas voir...

Et c'est comme ça qu'on se remonte gentiment le moral. En découvrant la réaction des clients qui se demandent ce qu'ont fait là, avec le bras en écharpe et nos yeux au beurre noir.

Nous prenons l'air de rien, remplissant des sauts de  popcorn pour les clients. Comme si c'était du dernier chic d'être un peu amoché. Comme si c'était normal de tenir le bar des éclopés.

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02 septembre 2009

Tout un programme

Le cinéma, ça ressemble parfois à une affiche électorale pour le PS.

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Parce que c'est les derniers jours du monde, parce que non ma fille tu n'iras pas danser, vivez libres, enfin libres...

Et bientôt Rambo 5, la fin des derniers temps apocalyptique, la force tranquille. 

Posté par Ranx2 à 11:03 - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

01 septembre 2009

Le visiteur du soir

Allez, les derniers clients sont rentrés, les films sont commencés, on peut terminer l'inventaire. Je sors les  gobelets de soda, les compte selon les tailles, marque le nombre de vendus. En face de moi, ma collègue compte sa caisse. Devant elle, les tickets annulés, les traces de cartes bleues, les exonérations. Nous n'avons pas fermé à clé car il devrait passer.

Pourtant, rien n'est sûr. Parfois c'est tous les soirs. Parfois non. On ne sait jamais vraiment, c'est selon son parcours. S'il arrive et que la porte est fermée, on ne pourra pas l'écouter. Ce serait vraiment dommage. Sur le coup, on s'en voudrait.

Tiens justement, le voilà. Avec  son sourire malicieux caché derrière sa barbe, son œil pétillant, ses kleenex  enroulés autour de ses doigts propres et sa veste sale qui couvre à peine son corps maigrelet. Ma collègue relève à peine la tête, elle termine son compte. Moi, j'abandonne mes gobelets.

- Bonsoir...

- Bonsoir...

- Vous allez bien ?

Il hausse les épaules.

- Vous savez ce qu'en pensent les gendarmes... On dit parfois qu'ils aiment les képis mais ce n'est pas vraiment sérieux. Entre eux, il y a déjà les papillons...

Ma collègue arrête ses comptes. Il est temps d'écouter.

- Alors, bien sûr, les bleus ne sont pas contents. Ils volent dans tous les sens, pensez-donc. Et puis un jour ça se passera mal. Les rouges sont jaloux. Ils ne respectent rien, ils écrasent tout. Ils ont une démarche, on dirait des éléphants...

Ma collègue sourit. Il lui fait un clin d'oeil complice. Elle ose à peine poser sa question de peur de le déranger. Lui ne se rend compte de rien, il continue.

- Tout ça finira mal. Tout comme les chaussures. Il suffit de voir les lacets...

- Je voulais vous demander... Vous comprenez ce que vous racontez ?

Il s'arrête un instant, prend le temps de réfléchir. Elle est gênée par sa question. Mais la curiosité fût plus forte. Il sourit puis

- Les fromagers sont quand même les mieux lotis. On dit les bricoleurs mais c'est complètement faux. Ils ne vendent pas de la tome et on ne peut rien n'y faire...

- Tout ça veut bien dire quelque chose, non ?

- Attendez de voir. Les bricoleurs se sont rebellés... ça a été une sacré bagarre. Et les insultes...  Mais tout est parti dans le caniveau. Il n'en reste rien mise à part la lune. Elle dit qu'elle n'a rien vu. Faut il vraiment la croire ?

- D'où ça vous vient ces belles histoires ?

- La gendarmerie n'est pas dupe. Personne d'ailleurs. Pensez, il y a tellement d'air qui circule.

- J'aimerais tellement comprendre ce que vous avez dans la tête.

- Enfin, la saison des fleurs est passée, le soleil ne revient pas dessus. Tout s'est bien terminé.

- Le jour où je serais partie, franchement, vous me manquerez...

- Ne reste plus qu'à mettre sa veste et d'entendre chanter. Bon, les oiseaux font leurs accords, ils sont toujours dans leur coin. Ils aiment tellement piailler.

- Vous reviendrez demain ?

- C'est de leur âge,  on ne peut pas les blâmer.

- Vous reviendrez hein ?

- Que voulez-vous qu'on dise ? Si les vers sont dans le gosier...

- A demain alors ?

Il réfléchit un instant. Il va nous dire quelque chose.

- Au revoir....

Elle lui offre un sourire quand bien même elle est un peu déçue.

- Au revoir...

Il quitte le cinéma. Elle ferme à clé derrière lui. Je reprends mon compte de gobelets. La soirée peut maintenant se terminer.   

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31 août 2009

La Sortie des Artistes

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- ALORS C'EST VOUS !!!!

- Cessez donc d'hurler. C'est moi, certes mais cela ne change rien...

- NON MAIS VOUS L'ENTENDEZ ??? CELA NE CHANGE RIEN ???? MISERICORDE !!! SI VOTRE PERE ETAIT LA POUR L'ENTENDRE !!!!

- Si Alexei était toujours vivant, il me soutiendrait ! J'en ai la conviction... 

- Votre vieux père vous aurait déjà craché à la gueule. Vous déshonorez sa lignée et ce vieux cèdre en est témoin...

- LAISSE CE VIEUX CEDRE EN DEHORS DE TOUT 9A (alors bien sûr, on m'a expliqué pour la cédille, et merci d'ailleurs à tout ceux qui me l'ont expliqué mais je n'ai malheureusement rien retenu) !!!!

Une demi-heure qu'ils se hurlent dessus pour une raison qui m'échappe. Parfois ils se roulent par terre, parfois ils s'arrachent des touffes de cheveux.

- JE N AI QUE FAIRE DE VOTRE AVIS PIOTR YAVONAVOVITCH !!! MALHEUR SUR VOTRE FAMILLE, MALHEUR !!!!!

Il y a une raison mais j'ai oublié laquelle. C'est déjà pas facile de retenir qu'Alexandre s'appelle en fait Sacha et que Piotr n'est autre que Petrouchka.

- Vous allez quitter ma famille sur le champ !

- Oh non, je ne quitte rien. Je suis là, je reste ! Vous m'aurez sur le dos tant que durera votre honte !

J'ai mal aux fesses. Les sièges sont petits, inconfortables. Quand je bouge un peu, ça grince. Les acteurs sont tellement prêts que j'ose à peine respirer.

-
Tu vas partir sorcière ou je demande à Sergueï de te renvoyer par la peau du cou !

- PERSONNE NE ME TOUCHERA ET CERTAINEMENT PAS TOI !!!

Bon allez, marre de cet ultime coup de gueule. Faut que je sorte, faut que je respire, ça peut plus durer. Je fais grincer les sièges à tout va. Ma copine me suit. Nous n'avons pas vingt ans, la vie est devant nous, pas dans cette salle où treize personnes s'ennuient et quatre autres hurlent.

Le plus simple c'est donc de s'enfuir sans prévenir, en espérant croiser personne qui pourrait nous demander notre avis.

Heureusement la voix est libre. Ne reste plus qu'à pousser la porte...

....

Ou alors la tirer...

...

Merde, qu'est ce qui se passe ? Ils ne nous ont quand même pas enfermé ?

Je secoue la porte dans les deux sens. Tant pis pour le bruit. Je sens d'ailleurs qu'on crie moins fort sur scène pour essayer de comprendre ce qui se passe ici.

Une comédienne vient nous voir, tout sourire.

- C'est fermé, c'est normal ?!

- Vous ne voulez pas voir la fin ?

- ...

- Là, ce n'est que la première moitié...

- Non mais on savait pas. On pensait pas que ça durait autant. Et puis ses parents nous attendent. Sans eux, on serait restés. Mais ils veulent pas. Alors si vous avez la clé...

- Moi non. Mais Maurice lui l'a dans sa poche. On ferme pour protéger la caisse.

- Et il est où Maurice ?

- Ah... vous n'avez pas de chance, il vient de monter sur scène...

- SOEUR, QUE SE PASSE T'IL ICI !!!

- C'EST ELLE ! LA SORCIERE ! SORCIERE !!!

- VOTRE PERE SE RETOURNE DANS SON TOMBEAU !!!

- ARRETEZ CETTE QUERELLE !!!!

- NOUS ???? ARRETER ?!!! JE N'AI PAS D'ORDRE A RECEVOIR DE VOUS, L'INCESTUEUX !!

D'après la comédienne, il restait sur scène jusqu'à la fin. Plutôt que d'attendre devant la porte d'entrée, nous avons décidé de retourner dans la salle. Quitte à refaire grincer tous les sièges.  Quitte à emmerder tout le monde.

Et à attendre que les comédiens tirent leurs derniers poils jusqu'aux salutations.

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Chantons sous la crise

Bientôt, plein de nouvelles choses à lire. En attendant, dansons sous une pluie d'argent...

Posté par Ranx2 à 11:13 - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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