17 novembre 2009
Le Petit Coin des Recettes Gentiment Dégueulasses
- Excusez-moi monsieur, vous auriez cinq minutes ?
Est-ce le fait que je me tienne là à ne rien faire, attendant patiemment que ma copine revienne du rayon flux tandis que je reste interdit devant les plats individuels surgelés qui lui a mis la puce à l'oreille ?
- Vous voudriez participer à un sondage ?
- Ben euh...
- Y en a que pour deux minutes. Je voudrais juste avoir votre avis.
- Bon...
C'est vrai, je suis plutôt facile à convaincre. Mais il avait l'air tellement gentil, tellement perdu dans ce supermarché à ramener du client jusqu'à son mini-stand que je n'ai pas su résister.
- Alors voilà, il s'agit juste de goûter ça...
"ça" est le résultat d'années de recherche, de travail d'équipe, de réflexions gastronomiques compris dans une petite boite. "ça" est un produit qui va révolutionner la vie de mes contemporains et peut-être celle de l'histoire de France, si jamais je décrète qu'il est une merveille dont on ne pourra jamais plus se passer. "ça" est-ce qui risque d'arriver prochainement dans votre assiette, si jamais vous voulez agrémenter vos soirées d'un rien de nouveauté.
En attendant, "ça" est surtout une portion individuelle de spaghettis bolognaises, réchauffable au micro-onde avec une mini-boîte pour les pâtes précuites, une autre pour la sauce tomate-steak haché et un rien de sachet de parmesan râpé pour saupoudrer ce délicieux repas d'une fine couche de fromage.
Je jette un coup d'œil au sondeur, il a l'air aussi emmerdé que moi.
- Faut vraiment que je goûte ou je peux déjà dire ce que j'en pense ?
- Non, non, faut vraiment goûter...
J'imagine le moment T où le génie créatif de celui qui à inventer "ça" s'est mis en branle.
Il est trois heures du matin. Le génie créatif arpente les coins sombres d'Azeroth avec sa ligue, australienne à la recherche d'une bande de trolls à dézinguer et de quelques trésors qu'ils auraient en leur possession.
En attendant, il fait grand faim. Car elles sont loin les chips sauce barbecue du repas du soir, et le Babybel de 22h00 est digéré depuis bien trop longtemps. Le créateur ouvre alors son frigo, tombe sur cette boîte de sauce qui lui rappelle cruellement qu'il n'a pas de vie sociale. Car s'il avait des amis, il pourrait la vider entièrement. Alors que là, l'ouvrir, ce serait gâcher un peu. Si seulement, il existait une portion pour un seul homme.
Et son esprit fût d'un coup frappé. Bon sang, mais c'est bien sûr !
Plus question de jouer. Il faut noter. Tout.
La portion individuelle. Oui. Mais il faut voir plus loin. Plus haut. Il y a plus galère que la sauce. Il y a les pâtes. Elles narguent toujours l'apprenti cuisinier. Soit disant un peu d'eau chaude et le tour est joué. Que celui qui n'a jamais mangé des pâtes trop cuites (ou pas assez), jette la première pierre. Et un sachet de parmesan. Le petit rien du plaisir coupable.
Et voilà.
L'œuvre d'une vie enfin créée.
Comme une nouvelle Chapelle Sixtine avec un peu de fromage rappé.
Demain, il déposera le brevet. Il ne sera plus un surnom sur un forum de Warcraft. ll sera l'Inventeur. Celui à qui tout réussi. Celui qui ne regarde plus son compte en banque sinon pour s'amuser de voir qu'il se vend plus de sept mille barquettes de sa création à chaque seconde. Celui qui flambe insolemment au casino (le jeu, pas le magasin) en compagnie des plus belles femmes de la planète. Celui qui expose fièrement le tee shirt de cette nuit là, un beau Space Invaders troué par de nombreux accidents de boulettes, dans sa boutique parisienne tandis qu'une copie existe aussi dans ses succursales de Londres, Monaco, Tokyo et New-York.
Le créateur de la BMS - Bolognaise Minute Seule - est un homme comblé. Si jamais, je tombe sous le charme de son étrange création...
En attendant, il n'est pas le seul à trouver des idées la nuit. Il y a peu, j'ai goûté des makis au Nutella (un peu de pâte à tartiner - un rien de riz pour l'enrober, le tout enveloppé dans une fine couche de crêpe). ça sentait bon l'idée fleurie dans l'esprit du célibataire noctambule qui cherche à accommoder les restes en y apportant une petite touche d'originalité.
J'ai moi-même participé modestement à la création d'une nouvelle recette de tartine qui aurait dû enchanter les papilles de milliers d'enfants et/ou d'adulescents : le Vazereau-Nutella. Soit une tranche de Vazereau, le chèvre qui est (...) un jardin des 7 saveurs (*dixit leur site) et un rien de Nutella pour rappeler l'accord du chocolat qui va avec tout. Je n'en suis qu'au stade du prototype et je ne sais pas si je dois d'abord aller démarcher chez Vazereau ou chez Nutella pour leur expliquer que j'ai une nouvelle idée pour diversifier leur gamme de produits. Mais j'en suis sûr, la réussite sera au bout de cet entretien.
Avec une amie, nous avons aussi créé accidentellement la recette des souris aux caramels . Il s'agissait de vraies souris qui trainaient près de nos sacs de maïs et qui ont eu la bête idée de se retrouvée coincée sur une flaque de caramel sortie d'un bidon certainement percé par les dents d'un de ces rongeurs. Avec l'air, le caramel a durci et elles sont mortes ainsi, collées à même le sol, près de la machine à popcorn industrielle que nous utilisions pour satisfaire la gourmandise des clients de notre cinéma. Une recette qu'il a fallu ensuite retirer. Et le caramel, ça colle. Même avec une souris. Nous aurions pu créer là quelque chose de nouveau malheureusement la recette est partie... en plusieurs parties.
- Alors ?...
- Ben, c'est un peu...
- Ouais ?
- ça goûte pas vraiment les pâtes bolo.
Il inscrit la réponse sur son questionnaire.
- C'est à dire ?
- ça donne l'impression d'un vieux retour d'estomac comme un truc pré mâché qui remonterait à la gorge pour se mélanger au reste de vin de la fin de soirée.
- C'est pas très bon, alors ?
- Disons que c'est même franchement dégueulasse.
- Vous voulez pas regoûter un peu ? Au cas où...
- Vous voulez vraiment que je vous vomisse dessus ?
- ...
- ...
- Bon... ben... merci...
J'aurais bien sorti une dernière formule de politesse mais un dernier morceau de viande coincé m'empêchait d'articuler.
Le créateur du BMS ne sera pas demain un nouveau riche. Le monde d'Azeroth a encore de beaux jours devant lui.
04 novembre 2009
Un correspondant va vous répondre
Le temps de mon trajet de métro, je passe un coup de téléphone.
Bonjour, bienvenue au service téléphonique de …. Pour continuer cette appel, dîtes « dièse »...
Euh... diè...
Je suis désolée, nous n'avons pas compris votre message. Pour continuer cette appel, dîtes « dièse »...
Dièse !
… C'est à vous maintenant...
Dièseu... merde à la fin
Si vous appelez pour un problème technique, dîtes « problème ». Si vous appelez pour un abonnement, dîtes « abonnement », si vous appelez pour tout autre chose, dîtes « autre chose »...
Autre chose...
Mes compagnons de métro me regardent bizarrement. Je sens bien qu'ils ne cernent pas bien le sens de ma conversation.
… dîtes « tombé par terre ». Si vous pensez que ce n'est pas votre faute, dîtes « c'est pas ma faute ». Si vous appelez pour un vol, dîtes « vol »
Vol …
Si c'est un vol à main armée, dîtes « oh les mains ! », si c'est un vol avec effraction, criez « aux voleurs ! », si c'est un vol sans effraction, hurlez « ma cassette, on m'a volé ma cassette ! »
Ma cassette, on m'a volé ma cassette...
Je suis désolée, je n'ai pas entendu votre réponse....
Ma cassette, on m'a volé ma...
Je suis désolée, je n'ai pas entendu.....
Ma cassette...
Je suis désolée...
MA CASSETTE ! ON M'A VOLE MA CASSETTE !
Ça y est. Tout le wagon me dévisage. Je tente pourtant d'en faire abstraction.
Si vous souhaitez parler à un employé de call center, chantez un air de Devdas en ondulant de la tête.
Non...
Si vous pensez que vous avez l'air d'un con, dîtes « j'ai un peu l'air d'un con »...
J'ai un peu l'air d'un con...
Si vous pensez que ça peut être pire, sifflez la marseillaise en sautant sur un pied. Sinon raccrochez...
Mince, j'ai un doute. Dois-je siffler ? Va t'elle voir que je ne saute pas ? A moins que. Tout cela est compliqué.
Nous vous remercions d'avoir appelé. Pour raccrocher, dîtes « raccrocher ». Sinon, raccrochez. C'est à vous maintenant...
L'opérateur ne m'attend pas, il raccroche avant moi. Je suis bon pour les rappeler. Dans un endroit clos où je pourrais hurler, siffler, danser sans que personne ne puisse me regarder de travers.
23 octobre 2009
Les mots tiquent
- Je ne sais pas si vous savez mais le café a une cheminée qui donne sous mes fenêtres. Chaque midi, il y a une odeur. C'est insupportable, vous comprenez...
Les réunions de copropriétés sont toujours un grand moment d’ennui.
- Et il faudra s’occuper de l’étanchéité des murs de la boulangerie…vous en êtes conscients ?
Mon esprit essaie pourtant de rester alerte…
- Parce que si on ne fait rien, on va avoir des problèmes graves…
Mais chassez le naturel…
- Très grave même…
Et je m’amuse à recenser les expressions de ma voisine.
Tout a commencé, il y a quelques années. Elle a frappé à ma porte, je venais d’emménager.
- Bonjour, je voulais vous rencontrer parce que j’ai quelques petites choses à vous demander…
Moi qui n’aime rien d’autre que la paix, ça commençait mal.
- Je ne sais pas si vous savez mais l’ancien locataire a fait un dégât des eaux monstrueux.
Mon appartement étant un croisement entre le Cabinet du Docteur Caligari et de la pub Cagivo (il veut dire Vogica), je me doute que les meubles ne se sont pas retrouvés penchés par hasard.
- Et ça il faudrait s’en occuper parce que sinon, on va avoir des problèmes graves. Très graves mêmes. Vous ne pensez pas ?
Quelque chose m’irrite chez elle. Elle n’est pas méchante pourtant. Elle est active pour l’immeuble. Elle a même de bonnes idées. Et pourtant, quelque chose m’agace… quelque chose que je ne comprend pas.
- Si tout le monde est d’accord pour qu’un deux roues squatte la cour, moi je dis ok. Mais j’espère que vous êtes bien conscients qu’on pourrait tous en profiter alors que là, ce sera un parking polluant.
J'ai trouvé !
- Vous n‘êtes peut être pas au courant mais la cour n’est pas assurée pour les moteurs à essence.
Je sais ce qui m’agace chez elle..
- Et au moindre problème, on va se retrouver avec des conséquences graves, très graves même. Alors faites ce que vous voulez mais soyez conscients qu’on a pas résolu le problème.
« Je ne sais pas si vous savez » . Elle, si, toujours. Elle amène une gentille supériorité qu’elle veut bien partager… A condition « d’être conscient » des conséquences « graves, très graves même ».
Depuis six ans que je la pratique, j’ai enfin repéré ses tics de langage.
- Non parce que la cour aurait pu être un bel espace commun. D’ailleurs, vous ne savez peut-être pas mais j’ai planté quelques fleurs près du local poubelle, et personne ne m’a jamais remercié.
- Ben, c’est-à-dire…
- Un simple merci aurait été suffisant, vous ne pensez pas ?
- Ah oui, merci..
- Ce n’est plus la peine. Comme tous les autres, vous ne regardez pas les fleurs, vous regardez la poubelle…
- Oui, parce que…
- Et ça c’est grave, très grave même. J’espère que vous en êtes conscient.
Ad vitam nauseum
19 octobre 2009
Avez-vous la lumière ?
Je termine mon café d'un trait.
- Les toilettes, s'il vous plaît ?
- Au fond à droite.
- Merci.
Je m'y précipite en prenant l'air détaché de celui qui fait mine d'avoir le temps.
Les voilà donc...
Pas de problème, nous sommes bien dans un café parisien.
Et pour que tous mes sens en profitent, je voudrais de la lumière.
Alors... Interrupteur, mon ami, où te caches tu ?
Un coup d'œil à l'extérieur.
Rien.
Un coup d'œil à l'intérieur.
Pas plus.
Mince.
Je ressors un instant pour être bien sûr.
Ah, un interrupteur.
J'allume.
J'entends un "Oh !" en provenance des cuisines.
Je rappuie.
La lumière revient.
Chez eux.
Car pour moi, nada.
Nouveau coup d'oeil à l'intérieur.
Il est peut-être derrière la porte, l'endroit est petit, je n'ai pas vraiment regardé et...
Rien du tout.
Bon, passons aux théories.
Peut être que la lumière s'allume quand on tourne le loquet.
Suffirait de fermer pour voir.
En même temps, ils préviennent généralement.
Alors que là, pas un mot.
Même pas un "tire la chevillette et la lumière cherra"
Bon allez, je suis pressé, je tente.
Lumière, allume...
Rien...
De l'autre côté de la porte, quelqu'un tousse.
Il attend lui aussi.
Qu'est ce que je vais faire ?
Je ne vais quand même pas ressortir pour chercher la lumière.
Il va comprendre que je me suis enfermé comme un idiot.
Il tente d'ouvrir la porte.
De toute façon, quand je sortirais, il comprendra que je suis resté dans les ténèbres.
Et si c'est un habitué, il va rire en crachant sa Gitane.
Tant pis, je vais me débrouiller comme ça.
Si j'avais pas arrêté de fumer, j'aurais au moins un briquet.
C'est joli et puis ça met de l'ambiance.
Alors que là...
Et mon porte clef phosphorescent ?
Bof, ça m'aide pas beaucoup.
Maintenant, mon plan c'est de tenir le plus longtemps possible.
Attendre que l'autre se lasse. Qu'il aille voir ailleurs.
Je ne sortirais que quand l'espace sera libre.
En même temps, tant que je suis enfermé, comment savoir si quelqu'un attend ?
Je retiens ma respiration.
Pas un bruit.
Oui mais.
C'est peut être une astuce.
Pour m'obliger à sortir.
Me faire croire qu'il n'y a plus personne.
Si seulement, il y avait une caméra. On se poserait plus la question.
Et on y verrait un peu.
Tant pis, je tente la sortie.
Prendre un air dégagé.
Le parisien qui n'a pas le temps.
Y avait pas de lumière ? Ah oui, tiens, j'avais pas vu.
Maintenant que vous me le dites.
Moi, de toute façon....
Je touche la porte et je le trouve. Sur le côté.
Il est tout petit.
Le plus petit des interrupteurs.
Et la lumière fût.
Je profite une dernière fois du spectacle.
Dommage que ce soit pour la sortie...
14 octobre 2009
Nicole Simpsons
A chaque fois que je suis au cinéma, c'est la même chose.
Elle est blonde, superbe, magnifique. Tout le monde danse autour d'elle. Elle est la seule blanche de la bande, la seule blonde aussi, sorte de fantasme de touriste en terre indienne. Elle porte un voile blanc qui couvre joliment ses cheveux et lui donne un air presque virginal.
Les autochtones sont heureux. Ils vont marier la Nicole (appelons la Nicole). Ils dansent. Doucement, sans se presser. C'est une danse molle tout en sourire. Et en bijoux.
Une enfant lui sourit. Un enfant qui aimerait être comme elle. Blanche, blonde, touriste, presque vierge.
Nicole lui renvoie un sourire énigmatique, lui prend la main et descend un escalier. Elle est tellement excitée que son voile se soulève. La fille est toute heureuse. Elle touche les joues de Nicole. Elle trouve ça très impressionnant. Cette peau, c'est de la vraie. Un peu maquillée bien sûr. Mais tellement naturelle.
Ensuite, petit bémol pour la mineure qui découvre que son voyage s'arrête là. Elle a pas l'âge, elle n'est pas blanche alors ouste, gamine, remonte voir tes cousines. Le reste, Nicole s'en occupe. Elle avait juste besoin de toi pour pas se casser la goule.
Nicole monte dans une barque, part retrouver son homme, qui la regarde du haut de sa tour. Lui a l'air sérieux de l'homme qui digère sa dernière colique. Elle le dévore des yeux. Il est impatient. Ce qu'il veut, c'est se la donner avec Nicole. Et ça tombe bien, elle retire son voile, pour bien lui faire comprendre que ce soir sera une nuit sans lune.
Elle le rejoint en dézippant sa robe. C'est tellement chaud qu'on se dit que bientôt, ça va être crypté.
Ils vont s'embrasser. Mais non. C'est Bollywood. On se renifle.
C'est tout.
Et puis, toute souriante, Nicole s'en va. Elle le plante littéralement avec sa robe ouverte. Parce que Nicole, ce qu'elle veut, c'est du soda.
Non parce qu'ils sont gentils, ces indiens mais franchement, leur bouffe salée, leurs danses au ralenti, putain ça donne soif.
Alors elle s'en avale une grosse goulée. Et comme c'est Nicole, qu'elle est blanche, blonde et polie, elle retient son rot. Pourtant, elle arrive à articuler un "Et vous vous attendiez à quoi" avant de partir d'un "mignon fou rire" qui donne envie de lui coller une "mignonne petite claque".
Et la fille du début sourit parce que c'est trop craquant une bouille d'enfant autochtone en bonne santé.
Si vous ne comprenez rien à ce que je décris, voici la pub :
Et bien moi, cette pub me choque.
Parce qu'à chaque fois, je me dis qu'on peut être la plus belle, la plus blonde et revendiquer la plus belle image de beauf comme on n'en avait pas véhiculée depuis Paris Hilton. A chaque fois, je me dis que cette pub, on aurait pu faire la même avec Homer.
Après le barbecue entre hommes, Homer part avec Bart qui lui caresse la joue. Il monte dans une barque et rejoint Marge qui tente comme elle peut de retenir son voile. Il s'apprête à l'embrasser quand son oeil repère quelque chose. "Cool, des Donuts !". Et c'est le pantalon au genou que monsieur part s'empiffrer dans la pièce à côté. Et là, on aurait compris qu'on avait rien à attendre de plus. C'est Homer alors on s'y attend.
Bref...
Si Nicole était partie faire ses besoins, j'aurai compris. Ses cordes qui vous attaquent les nerfs. Ces gens qui dansent au ralenti. Toute cette excitation. Et puis cette eau, partout. Et puis même là, habituellement, elle est classe. Suffit de voir Eyes Wide Shut où elle enlève sa robe (et fait ses besoins) comme personne.
Bref. Depuis cette pub, Nicole a perdu de sa splendeur. J'imagine ses prochaines aventures au Vietnam cherchant un KFC, ou en Zambie, arrêtant une fête pour se goinfrer de M&M's. Voir même dans la Cordillère des Andes, abandonnant un troupeau de lamas pour s'empiffrer une bonne tranche de Big Mac dégoulinant à souhait.
Bref, Nicole, où que tu ailles, et si tu me lis, arrête pendant qu'il est encore temps.
C'est peut être un détail pour toi, mais pour moi, ça changera ma prochaine séance.
09 octobre 2009
Sauvage technologie
Métro, heure de pointe
- Moi avec, je peux trouver tous les cafés du coin. Suffit d''appuyer sur Around et il me dit tout ce qu'il y a...
- Moi le mien, il est pas aussi perfectionné. Mais je peux conserver une bonne cinquantaine de photos dessus.
Le mien ne trouve rien tout seul et ne prend aucune photo puisqu'à l'origine, c'est surtout un téléphone.
- Et ce qui y a de cool, tu vois, c'est que si t'es perdue, tu peux te retrouver. T'appuies sur Map et regarde, on est là.
- Moi, le mien, c'est surtout pour Twitter. Là, par exemple, je marque, "Je dial avec J.dans le métro". Et tu vois, c'est publié.
Moi, je lis un livre avec des vraies pages dedans. Et ce qui est cool, c'est qu'on peut se faire un film sans déranger les autres.
- Moi, j'ai toute ma vie dedans. Si je le perds, je suis trop mal.
- Moi pareil, j'ai tout mon agenda.
Moi j'ai quelques numéros. Des potes. Et le mien. Parce que je m'en souviens jamais. Tiens, ça vibre Quelqu'un m'appelle. Si je ne décroche pas, ça va sonner.
- T'entends ?
- C'est un chat.... C'est trop mignon.
- Il est où ?
Allez les filles, cherchez que je ris un peu.
- Tu le vois ?
Elles se tournent vers moi. Pourtant je n'ai pas de cage. Rien qu'un vieux téléphone que je sors de ma poche. Un téléphone qui miaule, certes. Un truc qui attire l'attention. Et me fait d'un coup, un rien de la place dans le métro.
Et qui permet d'apprécier la figure déçue des passagers qui rêvaient d'un chat tout mignon.
Même s'il ne sait rien faire d'autre, c'est irremplaçable.
06 octobre 2009
L'homme est une femme comme les autres
Dernier contrôle avant de sortir.
- Air pas rasé ?
- Check
- Regard mauvais ?
- Check
- Barbe de deux jours ?
- Check
- Cheveux coiffé selon le souffle du vent ?
- Check
- Démarche à la "dégage toi, tu me gênes" ?
- Check
C'est bon, tout est prêt. Je me sens fort, je me sens viril, je me sens comme Chuck Norris mais avec un peu plus de cheveux. Manque la dernière touche, le MP3 dans les oreilles.
Sélection du morceau...
Barbara ? Bootsktoock ? Shantel ? Beirut ? Fersen ?
Non non non. Ce qu'il me faut c'est un truc bien viril. Un truc de mec qui en impose.
Un petit NTM ? Le dernier de Sniper ?
Pas possible. Trop caillera des bacs à sables. J'ai pas le look, j'ai pas le style. ça va se voir.
Tiens, voilà, un bon petit Korn des familles. ça rassure les ados et les quadras, l'impression d'être un jeune sauvage libre qui fait du skate en chuchotant Fuck à la société.
Alors que je ne fais que marcher dans la rue d'un pas viril et franc.
Parce que je le suis, viril.
Et pas qu'un peu.
J'arrive au métro en gardant mon air d'ours.
Vu le temps, il ne faudrait pas me chercher.
Bon...
voilà, je suis rassuré.
Je suis un homme, j'assure.
ça ne changera jamais
En attendant, je peux sortir la dernière bande dessinée de Pénélope Bagieu.
Le tome 2 de Joséphine
Et rire virilement des choses qui ne me concernent pas.
Puisque je suis un homme.
04 octobre 2009
La chance du poisson rouge
- Tiens au fait. C'est pour toi...
- Oh merci. Fallait pas...
- Non non mais...
- En plus, c'est exactement ce que j'aime.
- C'est parce que...
- Et celui-là, je l'ai cherché partout, il est introuvable.
- Je sais, c'est ..
- J'adore, vraiment j'adore. T'as vraiment un don pour les cadeaux.
- Oui alors en fait...
- Vraiment ça me touche. Tiens, c'est con, j'en pleure...
- Non mais...
- Oui, je sais, faut pas. C'est con. Mais je suis sensible moi. Quand on m'offre un truc...
- Mais je t'offre rien.
- Comment ça.
- Ben c'est à toi. Tu me l'as prêté, je te le rends.
- ... Tu veux dire ?
- Mais t'as raison, c'est vachement bien. Merci.
Comme le poisson rouge, j'ai très peu de mémoire. Tout ce qu'on me rend, j'ai l'impression qu'on me l'offre. Et à chaque fois, ça tombe juste.
- Merci à toi de me l'avoir rendu.
Quelle chance, non ?
01 octobre 2009
A mon commandement, action !
7h00 du matin, sous un chapiteau près de Nanterre.
Nous ne sommes que quelques-uns autour de la table régie à nous servir un café bien chaud. Pas tous vaillants, pas tous réveillés. Mais tous fiers comme un seul homme. D'ailleurs, nous ne sommes que des hommes.
- Non mais après le café, ça ira mieux.
- Moi aussi, le matin, j'ai toujours du mal.
- De toute façon, on est là pour la journée.
Le réalisateur arrive. Il est grand, il est frais, il est dispo. Et rien que pour nous agacer, il parle fort.
- Vous êtes prêts ?
- Oh là, pas encore mais on va l'être...
Un petit coup de poing dans l'épaule pour me dire qu'on est hyperpotes même si on se parle jamais. Même si je doute qu'il se souvienne de mon prénom. Mais ce coup de poing, c'est tout le secret de la tendresse masculine. On serait encore plus potes, on se mettrait des coups de boule.
- Allez, faites pas ces têtes. Premier jour de tournage, faut qu'on assure.
On approuve tous silencieusement. Moi je sers les dents. C'est qu'il m'a fait mal ce con.
- Dîtes-vous que c'est comme l'armée. C'est dur au début mais vous allez voir, on va bien s'amuser.
Suis-je le seul à plonger mon nez dans mon café ?
Non.
Nous sommes toute une bonne tribu à nous cacher derrière notre gobelet.
Il y en a bien un qui rigole mollement mais ça sonne faux, comme s'il essayait d'être complice avec un temps de retard.
Le réalisateur s'en rend compte, doute d'un coup.
- Vous avez fait l'armée, non ?
Si les gobelets étaient des couvertures, nous serions tous cachés derrière.
- Me dîtes pas... Qui a fait l'armée ?
Les têtes s'enfoncent. Est-ce le froid ou juste la gêne ?
- Je suis le seul alors ?
Une gêne bien passagère quand on se rend compte qu'on est une majorité.
- Non mais nous, ça nous intéressait pas....
- Sans rire, j'avais pas un an à perdre...
- Je réponds aux ordres que je comprends. Sinon franchement...
- Mais moi je voulais pas y aller...
- Ben pourquoi tu l'as fait alors ?
- Ben...
- En fait, t'es moins doué que les autres !
- C'est vrai que faut être une quiche franchement...
- J't'imagine bien la tête dans la boue.
Le réalisateur perd de sa superbe tandis que nous, nous reprenons des couleurs.
- Y a pas à dire, un café, ça fait du bien.
- Bon... on y va ?
- Oui chef !
- Vous êtes vraiment des petits cons...
- Oui chef !
Et ainsi jusqu'à la fin de la journée...
29 septembre 2009
Présentez, armes !
Il est prêt de moi, il est tout gentil, il me tient même l'épaule pendant que je pleure doucement. J'ai craqué, trop de pression, il fallait que ça sorte.
- Ce qu'il faudrait, c'est que vous preniez du temps pour vous.
- Mais je peux pas, je...
Je n'en dis pas plus, je repleure un coup pour faire bien tandis qu'il s'apitoie sur mon sort. Enfin, il retourne à son bureau, signe le document qu'il me tend.
- Prenez soin de vous...
Je grimace un sourire
- Allez dans le bureau de droite, le colonel va vous recevoir...
Je referme la porte. Pas besoin de lire le document. Je sais déjà ce qu'il y a marqué dessus. Malgré mes larmes sincères, je suis heureux, libre.
Enfin.
Mais il faudra attendre pour le montrer.
Reprenons une figure triste, l'air un rien fatigué. Bref, passons au bureau suivant.
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La veille
Nous nous connaissons à peine pourtant nous sommes tous là, qui en slip, qui en caleçon, parfois propre, parfois pas, en file indienne avec cet air de bovins qu'on mène à l'abattoir.
- Wah, ils font pipi, moi j'vais faire caca...
Mes nouveaux amis ne sont pas dénués d'humour.
- Moi j'vais mett'ma teub dedans...
Ni d'un brin de poésie. Bref, on est fait pour s'entendre.
Durant ces dix prochains mois.
Dix mois.
Dix longs horribles énormes infinis mois.
Alors que cette minute est déjà une épreuve.
Je ne vais jamais y arriver.
Heureusement, j'ai un plan. Faire le fou mais pas trop. Pas le déglingo qui se cogne la tête contre les murs. Non. Juste le type gentiment associable, pris par ses angoisses insurmontables, qui a peur des autres même s'il rigole de loin avec la bande. Celui qu'on ne cerne pas vraiment. Et dont on ne sait pas quoi attendre. Le meilleur, le pire ? Bref, mieux vaut le renvoyer chez lui.
En attendant le bon moment, je me suis tenu droit, j'ai répondu aux tests sérieusement. Ce serait trop facile de ne pas différencier un clou d'un marteau, trop évident. Trop simulateur. Je préfère donner la bonne réponse.
Devant moi, j'en vois un qui copie. C'est pas bien. Surtout que la réponse est "marteau". Je ne pensais pas qu'il fallait réfléchir. Peut-être ne sait-il simplement pas lire.
La journée se passe mollement. Tests, blagues de mecs, discussions de foot, vantardises sexuelles. Tout ce que j'aime. Je n'ai aucun mal à ne pas participer. J'observe ceux qui simulent la folie. Ils sont tous loin des autres, certains avec des (faux ?) tics nerveux. En majorité, je trouve qu'ils en font trop. Pas assez bons pour être crédibles.
Mieux vaudrait en faire moins.
C'est en tout cas, ma ligne de conduite.
Qui vivra verra.
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Ce soir, un petit jeune à balancer sa bouffe en nous traitant d'enculés. Les officiers ont tenté de le calmer sans succès. Il s'est mis à hurler, à jeter des trucs. Ils l'ont sorti de la cantine. On l'entendait beugler jusqu'au bout du couloir.
- Encore un qui va se retrouver en Allemagne, a rajouté le serveur.
- Simulateurs de merde. Ils nous prennent vraiment pour des cons, a rajouté l'officier.
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- A six heures demain, vous vous levez tous. Je ne veux pas en voir un traîner, ok ?
- Oui chef...
- Comment ?
- Oui chef !
- si y en a un qui dort, il va m'entendre.
Depuis des années, je suis indépendant. Personne me dit ce que je dois faire, ni comment je le fais. Je le fais, c'est tout. Je me lève le matin, je suis mes cours à la fac, je n'ai pas besoin qu'on me rappelle ce que je dois faire.
Surtout, je n'ai plus l'habitude.
Dix mois à entendre des ordres que je n'ai pas besoin de recevoir. Qu'on m'explique quand je dois dormir, quand je dois me laver les dents.
Sans compter mes camarades que je ne vais pas supporter.
Dix mois avec eux.
Iimpossible
- Bon vous vous couchez, j'éteins la lumière. Bonne nuit les filles...
- Bonne nuit chef
- C'est bien... vous apprenez vite.
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- Et l'autre oeil....
Depuis mon déjeuner franchement dégoûtant, ce n'est qu'une suite de tests. Oreilles, pieds, taille, yeux, tout y passe. Je ne suis même plus un être intelligent. Je ne suis plus qu'un morceau de bétail parmi d'autre. Mon Bac, je peux m'asseoir dessus. Idem pour mes études. Tout ça c'est du passé. Je le retrouverais à la sortie. En attendant, je fixe les lettres, je fais parfois semblant d'en prendre une pour une autre. ça serait dommage d'avoir vingt sur vingt à chaque oeil.
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Nous sommes dans une salle de cinéma. Les trois quarts de recrue ont dû sortir à l'appel de leur nom. Nous ne sommes plus qu'une petite bande à se demander pourquoi on nous garde au chaud. Le visage de l'officier change tout d'un coup. Il laisse tomber son air dur pour un sourire plus accueillant.
- Comme vous l'avez compris, ceux qui sont encore dans cette salle ont eu plus de xxx aux tests. Nous tenions à vous féliciter personnellement. Si vous le souhaitez vous pouvez devenir officier. Il vous suffit de passer une batterie de tests qui démarreront dans un quart d'heure. En attendant, le colonel va vous expliquer avec son sourire le plus avenant, pourquoi c'est chouette l'armée (je ne suis pas sûr qu'il s'agisse des mots exacts, ce n'est qu'une retranscription).
Le colonel (ou le sergent, j'en sais rien) fait son beau discours de G.O. de l'armée de terre. Et c'est vrai qu'il est drôlement convaincant. Devant moi, deux recrues se disent même qu'il est vachement sympa, qu'ils pensaient pas. Bref, à l'écouter, on va bien se marrer. Surtout si on passe les tests qui nous permettront de diriger la plèbe qui grelotte dehors.
Moi, je ne suis pas d'humeur à rire.
Alors je décline poliment.
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- Je vois que votre mère est atteinte d'une maladie grave. Un cancer c'est ça ?
Voilà un psy qui sait lire les formulaires....
- Mais vous savez, ce n'est pas grave, elle peut s'en sortir.
... Mais qui ne les lit pas jusqu'au bout. S'il avait continué, il aurait lu qu'elle était morte deux mois auparavant. Il parcourt la feuille, se rend compte de sa bévue.
Bien trop tard.
Moi je n'ai rien vu venir. C'est sorti tout seul.
Mal à l'aise, il se lève, fait le tour, tente de me réconforter.
Sa journée commence à peine.
Après moi, viendront d'autres.
Toute une batterie de gars à analyser.
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- Je suis désolé. Vous êtes P3+.
Je retiens très fort mon sourire.
- Le psychologue a estimé que vous n'étiez pas prêt à intégrer l'armée. Je... Si un jour, vous allez mieux. Venez nous voir, d'accord ?
Je hoche la tête. Je suis un gentil garçon qui veut sortir d'ici.
- Allez, bonne journée.
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- De la chatte, les mecs, de la chatte !
Ce n'est pas tout de passer deux demi journées avec des veaux, il faut aussi qu'ils fassent le retour avec moi.
- Hé vas-y, elle monte. Y a de la chatte, les gars.
La fille traverse le compartiment sans nous regarder. Comme je la comprends. Je pensais en avoir fini avec mes petits camarades.
Il me reste encore une heure de trajet.
La plus longue qui soit.
Après je serais libre.
Enfin.



