14 mai 2008
Oh, it's such a fucking day (I'm glad I spent it without you)
2h00 du mat
Qu'il est tiède le bruit de la flaque de gerbe molle qui tombe sur le carrelage chauffé de ma maison.
L'habitude du papa poule, au moindre bruit je surgis, et pour l'occasion même, je cours. Je réaliserais plus tard, pour l'instant il y a urgence. Attraper l'enfant, l'emmener aux toilettes, lui tenir la tête, le rassurer, l'empêcher d'hurler pour ne pas qu'il réveille la petite. Trop tard. Il crie, il vomit, il recrie, et ainsi de suite. J'émerge doucement, faisant abstraction du bruit, de l'odeur, de tout...
Ma femme arrive, prend le relais. Je repasse dans le couloir. Je respire par la bouche. Je pense serpillière, produits ménagers, balai brosse, eau très chaude, beaume du tigre et me félicité de ne pas avoir de moquette à désincruster.
2h20
La crise est passée. L'enfant s'est rendormi. La maison sent le fond d'intestin senteur des bois. Je passe un dernier coup. se laver les mains, tomber dans mon lit. Récupérer ce qui reste de la nuit.
3h10
La petite se réveille. "Laisse, j'y vais" me dit ma femme. Je l'entends se lever, je la regarde disparaître. Je ne me rendormirais pas avant son retour.
5h25
Il faut vraiment qu'on trouve une station de radio. Pour l'instant, ce n'est que de la neige, du parasite et à chaque fois, je sursaute quand le réveil sonne. Je m'empresse d'éteindre le brouhaha radiophonique en me disant que finalement, le principe fonctionne. Pas sûr que je ne prendrais pas le temps d'écouter si c'était de la musique. Je fonce dans la douche. J'ai vingt minutes pour me faire une tête, dix pour prendre mon petit dèj et une demi-heure pour attraper le train qui m'emmènera jusqu'à Paris.
6h45
Je comprends pas...
Il aurait dû démarrer déjà...
Qu'est ce qu'on fout encore là ?
Je veux pas faire mon parigot mais là, y en a marre, plus que marre même. ça fait un an que je fais l'effort de me lever une heure plus tôt pour arriver exactement au même horaire qu'avant, j'attends juste de la Seuneuceufeu qu'elle fasse partir ses trains à l'heure. ça fait dix minutes qu'on patiente comme des cons. Personne ne nous dit rien. ça fait chier.
Merde !
6h55
- Excusez-moi, il y a un petit problème. Ce train ne partira pas. Il faudrait descendre, s'il vous plaît.
- Euh... ouais, mais... c'est quoi le petit problème ?
- C'est le train d'Azay. Il a percuté un cerf... Et là, il sont occupés à ramasser. Y en a plein sur la voie. Alors, on peut pas passer...
Comment je vais expliquer ça à mon patron...
- Et pour partir, comment on fait ?
- Ben, on a appelé le service des cars.
- Et ils arrivent quand ?
- Ben on sait pas, on les a pas eu. On a juste laissé un message.
La jouer détendu ("Salut chef, tu vas rire..")
- Et sinon, y a quoi comme autre solution...
- Ben je sais pas. Y faut attendre...
Ou alors énervé, la meilleure défense, c'est l'attaque ("Marre marre marre marre, ils m'auront tout fait. Même un cerf,t'imagine ! ")
- Non parce que j'aurais dû prendre le TGV pour Paris...
- Ben oui, mais c'est pas notre faute...
- Non mais ok, mais à part les cars...
- ça, les cerfs, on peut pas prévoir...
- Y a pas une autre solution...
- C'est comme les sangliers...
- Un service de navettes par exemple...
- Quand ça déboule, ça déboule...
- Ou alors, appeler des taxis...
- Des taxis ?! Et qui va payer ?!
Il y a quelques années, cette même station nous avait offert le taxi à tous parce que le train qu'on aurait dû prendre avait oublié d'exister...
- Ben je sais pas. Moi je paye un billet pour aller à Tours, déjà que je loupe mon train pour Paris...
- Mais c'est pas de notre faute...
- Non mais j'ai bien compris...
- Parce que les cerfs, on peut pas prévoir... (ad vitam nauseum)
Ou alors écolier ("cher patron, l'objet de mon retard est lié à un problème cocasse quoique d'ordre naturel")
9h15
- Bonjour
- Bonjour, je viens de Chinon, je voudrais savoir comment je peux prendre un TGV pour Paris.
- Vous venez de Chinon ??
- Bah oui...
- Bah ça se peut pas...
- Bah si...
- GISELE, Y SONT PARTIS CEUX DE CHINON ???
- NON, ILS Y SONT TOUJOURS !!
- ben voyez...
- Oui alors, on va lever un petit malentendu. J'ai passé une vraie nuit de merde. Je me suis levé à l'aube pour vous faire plaisir. Je n'ai pas attendu qu'un car vienne un jour prochain m'emmener jusqu'à la gare de Tours. Je suis venu par mes propres moyens en utilisant un peu, beaucoup la débrouille de quand j'étais jeune. Je me suis incrusté dans une voiture, j'ai ensuite pris un autobus, j'ai marché jusqu'ici et Ta Dam. Me voilà. Maintenant, si vous pouviez éclairez ma journée d'un mini rayon de soleil, en me disant, s'il vous plaît quel est le prochain train qui part pour Paris. Et même, je pousserais la politesse jusqu'à vous demander de me rembourser mon ticket de TER, que je n'ai pas pu utiliser puisqu'un cerf a eu la bêtise de traverser la voie sans tenir compte des barrières...
- Vous savez, c'est pas notre faute ...
- N'en dites pas plus... Je le sais déjà...
- Bon... Ben vous avez de la chance, y en a un dans dix minutes. Il reste de la première...
- ...
- Vous en faites pas. Je vous le fait de toute façon...
- Merci... Beaucoup...
19h35
ça n'a pas manqué, mes collègues se sont foutus de moi. Dans mon malheur, j'ai toujours cette chance de faire rire. Un bon lubrifiant pour faire passer les conneries.
Ce soir, je dors à Paris. Je n'ai qu'une envie, rentrer chez moi...
Comme toutes les nombreuses personnes présentes sur le quai...
Une rame arrive. Bondée.
Pas grave. J'attends la prochaine. Normalement, elle arrive une minute après avec plein de place dedans.
19h45
Une rame arrive. Bondée. Pas grave, cette fois-ci, c'est la prochaine, de toute façon ce n'est pas possible qu'on attende encore longtemps.
19h55
Une rame arrive. Bondée.
Bon. Place au plan B. Prendre la rame dans l'autre sens. Remonter jusqu'à la Défense. Attraper le RER jusqu'à Nation et le tour est joué.
20h10
Enfin, je suis dans le RER. J'ai dû gruger pour passer le portique mais je vais pouvoir enfin rentrer. Les portes se ferment. Nous allons démarrer...
Dans une seconde...
dans la minute...
patience...
Les portes s'ouvrent. Les retardataires se précipitent. Il y a encore deux secondes, il y avait de la place dans le wagon.
20h15
"Votre attention s'il vous plait. Quelqu'un a tiré l'alarme, nous allons être obligé de vérifier tous les systèmes".
Soupir générale. Tout le monde a l'air crevé. A croire que nous avons tous percuté un cerf en début de journée.
On sort du wagon.
On attend.
On appelle quelqu'un pour dire qu'on sera en retard, que c'est de la faute du train, qu'on ne sait pas ce qu'il y a, qu'il y en a plus que marre parce que c'est pas la première fois et que c'est toujours pareil et que non on n'achètera pas un scooter parce que c'est dangereux et que c'est comme ça, on n'y peut rien, qu'est ce que tu veux...
J'appelle chez moi. Mon fils va mieux. Tout le monde profite encore du jardin. Petit dîner dehors, brise légère, cuisine raffinée.
20h25
De l'autre côté du quai, une autre rame arrive. Soupir de satisfaction générale. Nous nous entassons dans le wagon. Enfin, on va pouvoir partir.
20h35
Mais qu'est ce qu'on attend, bordel ?! Tout le monde semble se poser la même question. Un bruit nous interpelle. La sonnerie du RER qu'on a quitté. Les portes se ferment. Le train d'en face quitte la station pendant que nous restons stupidement sur le quai.
Peut être est ce dû à la fatigue, j'ai l'impression d'être dans un de ces cauchemars où l'on réalise d'un coup qu'on est le seul à poil dans le wagon. J'avais pensé à tout pourtant. Ma valise, mon ordi. Mes chaussures. Mais bêtement, dans la précipitation, je n'ai pas pris le reste. Et tout le monde me regarde en se disant que c'est un monde quand même...
Non, ce n'est pas un rêve. Je suis habillé et ce train va partir. Il n'y a pas de raison pour ne pas que j'arrive un jour à mon appartement.
Sur le quai d'en face, un autre RER arrive.
Dans le wagon, le doute s'installe.
Quitter ce train au risque de le voir s'en aller ?
Prendre l'autre et peut être rester une nouvelle fois sur le quai ?
La moitié du wagon se tâte avant de courir vers l'autre rame. On est joueur dans l'âme, alors autant essayer.
Sonnerie familière.
Les portes se ferment.
Le train s'en va.
Enfin.
Nous regardons ceux qui sont restés à quai nous détester à tout jamais. Pour notre part, c'est Arrivederci !
21h10
Maison. Manger. Maison. Télé. Maison. Jeux vidéos Maison. Dormir. Maison. Maison. Maison. Maison..
Allez, courage, demain est une autre (dure) journée...
13 mai 2008
Méfiez-vous des plantes
Nous
avons beau rire bêtement sur les mêmes choses stupides, ma femme et moi
avons tout de même un point de divergence sur la nature. Quand pour moi, une
vache est d'abord un fromage qui me fait de l'oeil en rigolant, pour elle c'est
avant tout une bestiole qui broute joyeusement derrière un enclos. Elevée à la
campagne, elle sait ce que c'est qu'une plante, un potager, un jardin. Moi j'ai
tenté deux fois d'en élever. La première, un pissenlit en pot (paix à son âme)
est mort alors que je le nourrissais amoureusement d'eau et de soleil en le
mettant sur le rebord de ma fenêtre (où des travaux de ravalement avaient
lieu, ceci expliquant peut être cela). Le second a préféré mourir plutôt que de
me regarder jouer à la console.
Quand je l'ai rencontré, ma femme avait donc la main verte. Son studio était
végétal, remplie de plantes diverses et variées dont un énorme ficus qui
prenait une place folle dans l'appartement. Le bâtiment était moderne avec une
vue sans vis à vis sur un parc et un balcon rempli de ces petites choses à bac
qui demandent de l'attention en échange de rien. Moi j'étais plus animal,
vivant avec un chat qui demandait de l'attention et un bac propre en échange
d'un coup de griffe affectueux.
- Tu pourrais arroser mes plantes pendant mon absence ?
- Bien sûr, pas de problèmes....
Une telle mission ne manquerait pas de sceller notre relation Allez hop,
au travail, un peu d'eau et le tour est joué. Malgré le silence, j'entendais
les plantes frissonner.
Première victime, le ficus. Puisqu'il est grand et qu'il est gros, il lui faut
beaucoup d'eau. J'ai beau jeter des litres et des litres, ce ficus a tellement
soif que rien ne reste à la surface du terreau...
Et là, ami qui n'a jamais touché une plante de ta vie, je te conseille d'être
attentif si tu ne veux pas comme moi, créer un problème. Dans les bacs, il y a
des trous (cachés en dessous). L'eau s'y installe surtout s'il y a une coupe.
Mais s'il y a trop d'eau, la coupe déborde, et les crétins comme moi sont
obligés de passer une bonne demi heure à éponger le studio pour réparer leur
connerie.
Les deuxièmes victimes sont sur le balcon. L'une des plantes hésite à sauter
par la fenêtre. Au quatrième étage, elle sait qu'elle risque d'y laisser ses
feuilles. La bouilloire en main, je m'approche d'elle. Je ferme la fenêtre et
m'apprête à.... TU AS FAIS QUOI ?!?!?!?
- Et merde, me dis je en mon for intérieur.
Tellement stressé par ces plantes que j'en ai oublié la plus bête des
précautions. Me voilà bloqué sur une terrasse au quatrième étage d'un
appartement où personne ne me voit, en haut d'une rue peu passagère, à
une heure où les familles comme les étudiants sont chez eux à regarder
les infos. Je peux toujours hurler, je ne ferais que me casser la voix. La nuit
est tombée, ma femme ne rentre que dans une semaine...
Il n' y a plus qu'une solution...
Enjamber la barrière du balcon.
La fenêtre de la cuisine qui se trouve derrière la barrière est encore
ouverte.
Oui...
mais...
c'est haut...
Et si je tombe, c'est pour toujours...
Et je suis pas Belmondo...
Non, je crois que le plus simple, c'est encore de rester ici et de me nourrir
de plantes...
Comme ça, elles paieront pour ma distraction...
Après une bonne demi heure de réflexion dans le froid, je décidais de tenter le
tout pour le tout. Au péril de ma vie, n'écoutant que mon courage, je passe par
dessus la barrière, me jette dans le vide en fermant les yeux, mes mains
trouvant d'instinct la bonne prise pour s'accrocher à la fenêtre (tout ça est
très romancé). Je me tire vers l'avant et traverse la fenêtre. Je suis enfin de
retour, libre et vivant (et personne n'a rien vu de mon exploit, c'est quand
même rageant).
Je m'empresse de sortir de ce lieu maudit, je claque la porte, je cherche
les... les clés !! Elles sont à l'intérieur !!! Aaaaaaaahh !!!
Distrait un jour, distrait toujours....
30 avril 2008
Devenir une star du rock, le pour, le contre et surtout le pourquoi
Vous rêvez des
concerts où des jeunes femmes aux formes pulpeuses et offertes hurlent
votre nom en déchirant vos vêtements faisant de votre vie une
véritable orgie qui jamais ne s'arrête quand vous vient ce moment de
blues d'inquiétude et de doute qui vous permet de mettre deux trois
notes à la suite d'une autre, construisant ainsi le prochain refrain de
ce qui sera bientôt un hymne repris par toutes la jeunesse avec ce
qu'il faut de rébellion, d'érotisme et de fureur donnant à chaque fois
l'envie de tout casser et de hurler à la face du monde sa révolte pour
que cesse l'injustice et commence le règne du plaisir sans partage
sur la dictature des politiciens qui oppriment ceux qui sont rentrés
dans le rang et bellent comme de pauvres moutons qu'on égorgera bientôt
à l'abattoir du coin en leur offrant une télévision pour suivre les
dernières aventures de leurs héros anesthésiants qui résonne d'une vie
sans surprise sur leur pitoyable quotidien.
Bref, vous aimeriez un peu, être
une star du rock...

Et
on vous comprend. Mais avant de vous lancer toute moustache dehors
dans cette carrière, réfléchissez bien. Pensez au pour, au contre et au
pourquoi qui risquent de guider votre vie de star de la gratte et des
riffs et des sauts de scènes et des hurlements et des chambres d'hotel
qu'on s'obstine à détruire ne serait ce que parce qu'on ne peut pas
faire autrement, c'est les usages dans le métier, alors qu'on
aimerait parfois dormir un peu tranquille dans un bon Formule 1.
Il suffit juste de fermer les yeux et d'imaginer (et puis de les rouvrir parce que c'est pas pratique pour lire)
L'ultra Pour
Seul
sur scène avec ma grande bouche et mon bandana qui retient un océan de
sueur, je démarre un putain de solo qui décolle les oreilles et rend la
foule quasi-hystérique. Je m'approche du rebord de la scène, j'évite
deux strings et un caleçon, je croise le regard d'une jeune fan plutôt
mignonne. Je lui souris. Elle n'en revient pas. Sa copine à côté hurle
à s'en faire péter les cordes. Elles tombent amoureuses instantanément.
Je souris encore mais cette fois ci avec un rien de distance avant de
repartir dans le fond.
L'ambiance est chaude, gonflée à bloc... Encore quarante minutes de concert. Et la nuit ne fait que commencer.
Le Pour :
- Parce que je veux dire quand t'es là que tu sens
que y a comme une communion tu vois, c'est eux, c'est nous, c'est... on
est... on communie si t'oi ce que j'eux dire. On fait l'amour par la
musique, moi ma guitare, c'est un mojo géant, chaque note c'est un
orgasme dans la foule. Et tu le vois, tu vois, les filles enfin les
femmes, elles sont... Enfin... Y a comme un vent de liberté tu vois
et en même temps, c'est prenant, y a des sensations extrêmes... Et
c'est pour ça que tu peux pas y échapper, c'est dans les trips, tu vois
et ... (écrivez la suite) ...
Le Contre :
-C'est
tous les soirs. Alors au début, certes c'est amusant . On balance un
gros son, on joue de la gratte avec la langue (ça impressionne
toujours), on saute en l'air, on sue comme un veau, on renifle les sous
vêtements jetés avec un air inspiré. On est libre et tout.. Et le
lendemain, alors qu'on aurait bien fait une partie de Katamari, il faut
y retourner. Même gros son, même jeu de guitare languien,
même reniflement, même sueur mais moins parce qu'on s'est habitué. Et
après quinze jours de ce régime, on monte sur scène, on fait un saut
normal de liberté, on joue avec la langue qui est devenue tellement
musclée qu'on zozotte toute la journée, on évite les strings en se
disant que vraiment, y a aucun respect, on est libre mais ça commence à
faire chier de pas pouvoir mater la télé tranquille alors qu'on se
serait bien posé devant le premier Nouvelle Star venu.
Le Re-Pour
-
Beau ou moche, toutes les femmes vous aiment. Même celles qui font mine
de. Après l'amour, un dernier joint, on sort la guitare et on compose
nu. La compagne du soir est fort impressionnée. En direct de l'antre de
la bête de scène, elle assiste à un instant de Création qui sera peut
être un Tube International. Elle pourra dire "J'y étais". Elle vous
conseille quelque chose, un petit rien qui fait toute la différence.
Pour vous cela tient du miracle. Vous en pleurez presque. Elle a trouvé
ce que vous cherchiez depuis des siècles. Le tube est là, vous le
sentez. Elle vous croit. Elle n'en peut plus, vous refaites l'amour
sauvagement comme des bêtes sauvages (ceci expliquant cela).
Conseil
: puisque vous n'allez pas coucher tous les soirs avec la même fille,
prévoyez un accord assez simple à rejouer continuellement. Le coup du
regard et du miracle sont assez faciles à simuler, pas la peine de
sortir du cours Florent.
Le Re-contre
-
Couchez avec des filles c'est bien mais il vous manque celle à qui vous
pourriez vous confier, avec qui vous pourriez partager une soirée
glace-télé-discussions sur divers sujets peu rock'n roll tout en
trouvant cela follement romantique. De plus, celles que vous avez
rencontré jusqu'ici développent à chaque fois le même défaut: elles
vous analysent. Vous êtes une légende, un mystère qu'il faut à tout
prix percer. Comme un rat en cage, vos moindres gestes sont décryptés .
Vous soufflez fort, c'est que vous vous ennuyez. Vous remettez un tee
shirt, c'est que vous voulez partir. Vous faites de la roue, c'est que
vous voulez vous échapper sans l'avouer (vous avez une roue chez vous
?). Sa conversation est-elle si mauvaise qu'après avoir tiré un coup
vous vous jetez sur votre instrument pour composer un morceau ?
Sans
compter qu'au bout d'un moment, vous allez rencontrer la copine de la
copine et qu'il va falloir trouver autre chose pour rester le meilleur
("S'il te fait le coup de l'inspiration après l'amour, coince-lui les
couilles dans les cordes").
Le Pourquoi Pas
En
même temps, faire une tournée, c'est chouette, on découvre différents
pays, différentes cultures (même si au début, c'est plus différents
départements, différentes cultures de céréales), il y a plein de gens
qui sont toujours très heureux de vous recevoir (au début l'adjoint du
maire du village est tout rouge tant il est content de faire un truc
pas administratif).
Le Pourquoi pas mais en fait
Rock
Star c'est bien mais seul c'est mieux. De toute façon, les autres, ils
font rien qu'à tirer la couverture à eux alors que tout le monde sait
pour qui le public vient. Qui c'est, eux ? Des moins que rien, des nuls
qui se la pètent, des personnes qui le seraient restés si vous ne leur
aviez pas tendu la main. Et puis, sans déconner, des solos comme les
miens méritent une soirée pure sans rien d'autres...
Le Parce que pendant que j'y pense
Je
me rappelle la bonne raison qui a fait que je ne suis pas devenu une
rockStar alors que je me voyais vachement en Cock Robin chantant
"'Cause when you're heart is weack" : La guitare.
Comme
tout collégien, j'ai eu ma période où je voulais apprendre à en jouer
pour libérer les oreilles du monde. Des larsens, des sauts dans tous
les sens, des hurlements de guitare de folie qui détruisent tout sur
leur passage, bref, la totale.... Et pour commencer, un prof avec une
tête en forme de micro qui m'a
demandé d'apprendre des accords, de jouer "Gare au Gorille" tous les
jours pendant au moins deux heures et, si vraiment je m'y met à fond,
dans quatre ans, je pourrais passer à la guitare électrique...
Hum...
J'ai
tenu trois semaines. Ensuite, j'ai préféré apprendre l'harmonica en
autodidacte . Puis, quand mes oreilles et ma bouche baveuse en ont eu
marre, j'ai décidé d'apprendre la guimbarde en autodidacte. Et quand je
me suis rendu compte qu'un solo de guimbarde devant une foule
wembleysienne, même en sautant et en suant, ne me permettrait pas
d'avoir le même charisme, de coucher avec peu de monde et de ne pas
faire croire au coup de l'inspiration miraculeux, j'ai arrêté la
musique.
Pour toujours.
Une dernière résistance en écoutant le chant
des baleines et puis plus rien.
Le silence.
Ouf.
25 avril 2008
Comment faire un remake avec des gros sabots
En attendant le remake des Chtis par Will Smith (ou par Bruckenheimer, comme ça, il y aura des tonnes de cascades à vélo sur la highway créant un carambolage monstrueux à base de tanks, de Humvee et de Citroën (quota français oblige)) Voici le remake de l'excellent REC, film espagnol qui fait un peu peur parfois, surtout à la fin, et qui m'a même fait sursauter de mon siège alors que je suis pas le dernier à être courageux devant les films d'horreur. Pour ceux qui ne connaissent pas, voici la bande annonce en espagnol :
[REC] trailer
envoyé par Lyricis
/>
Comme vous pouvez le constater, les espingouiches sont pas très couillus, c'est trop femelle tout ça, pas assez action, trop psychologique, limite prise de tête. Alors, nous les Américains, comme on a plein de pognons, on a rajouté des tonnes de soldats et même, on dévoile la fin au début pour dire que là dedans, ça a chié sévère.
Voici la comparaison :
Quarantine trailer
envoyé par masalladeorion
Y a pas à dire, les Américains savent envoyer la purée ! Vivement qu'ils nous fassent un remake du Septième Sceau qu'ils nous montrent comment ils bottent le cul à cette F... Mort de mes C...
24 avril 2008
Histoire de Chouchou
Elle n'est pas de moi, mais c'est tout ce que j'aime
Gisèle surveillait chaque jour l’arrivée du facteur. Son coeur s’emballait à la vue de chaque enveloppe aux couleurs contrastantes. Elles lui disaient: «Ouvrez vite Gisèle, le bonheur ne peut attendre!».
La Redoute ne lui avait apporté que du bien-être, et parfois même un brin de folie. Cette société faisait même souffler un tourbillon d’envies dans la vie autrement morne de Gisèle.
Il y en avait pour chaque occasion. «Jamais les employés n’ont-ils une seule fois oublié de me souhaiter un joyeux anniversaire, ou même une bonne Saint Valentin, contrairement à mon ex-mari», nous explique-t-elle, «Même après tant d’années, ils ne manquent jamais de m’envoyer leurs meilleurs voeux à chaque nouvel an. Ils ont toujours pensé à moi!».
Ce que Gisèle apprécie tout particulièrement, ce sont les petits gestes qu’ils font à son égard. «Dans chaque lettre, c’est soit un cadeau, soit une réduction in-croy-able sur mes achats, parfois les deux! Et comment font-ils pour savoir exactement ce qu’il me ferait plaisir? Mystère. En tout cas, les trois bougies parfumées du mois dernier étaient absolument parfaites.»
Bien sûr, tous ces avantages ne sont destinés qu’aux meilleures clientes. Gisèle nous montre fièrement le certificat de ”Cliente de l’année”, orné d’un écusson doré, qu’elle a reçut cette année et fait encadrer. Il trône dignement sur le petit buffet à côté de la photo de Filou.
Elle a aussi conservé tout le reste de cette correspondance, par ordre chronologique, dans une série de boîtes à chaussures. Elle nous montre que chaque lettre a été écrite par Chantale, la directrice commerciale. «Chantale s’inquiète toujours un peu pour moi», nous explique-t-elle, «Si je n’ai rien commandé depuis un mois, elle m’envoie une lettre pour s’excuser de ne m’avoir rien vendu et me fait part d’une offre spéciale rien que pour moi. Quelle attention!». Parfois, lorsque Gisèle est un peu morose, elle relit quelques lettres et plonge dans son catalogue avec allégresse.
«Je les appelle aussi parfois et je trouve les opératrices très efficaces. Elles ont dû avoir vent de mon statut important.»
Gisèle était très fière de la relation de confiance qui s’était établie entre elle et la société durant les 20 dernières années. Mais cette confiance fut brisée le jour où, rendant visite à une amie, elle aperçut une lettre semblable à la sienne sur la table du salon. Feignant la sérénité, elle demanda si son amie était aussi une cliente privilégiée. «Elle me répondit qu’avec La Redoute de toutes façons on est toujours cliente de l’année, et qu’ils sont devenus une vraie plaie à tout le temps lui envoyer cette paperasserie». La remarque tomba sur Gisèle comme un sac de briques.
«J’ai voulu mourir», dit elle.
Ce jour-là, elle mit toutes ses archives dehors, sur le trottoir, pour le camion de recyclage. Mais elle se dit qu’il ne fallait pas se débarrasser de toute une partie de sa vie juste sur un coup de tête. Malheureusement, il avait plu. «J’ai dû tout faire sécher et repasser le papier tout gondolé, mais heureusement les couleurs n’ont pas déteint.»
Maintenant Gisèle essaie tout doucement de reconstruire sa vie. Elle pense s’acheter un ordinateur pour utiliser internet, où elle espère trouver des gens plus honnêtes.
Et puis il y a toujours Yves Rocher. «Ils sont très gentils. En plus il y a dans chaque lettre un petit projet d’activités manuelles: il faut couper, coller des timbres, gratter pour découvrir des promotions secrètes… C’est très créatif.»
23 avril 2008
Les années Stupeflipper
Mon ancienne école
m'a appris que bientôt, j'aurais peut-être la possibilité de
revendiquer un bac +5 ou une équivalence DESS. Bref, un truc musclé qui
prouverait à la face du monde que j'ai fait des hautes études et qui me
permettrait de dire à mon fils "Tu vois mon gars, ton père en a sué
pour arriver là." ça fera joli pour les dames, ça rendra tout le monde
fiers de moi et remontera un peu mon estime personnelle.
Pour
autant, ça m'amuse de penser que j'ai fait des hautes études. Car
même si j'ai bossé, j'ai quand même passé beaucoup de temps à observer
avant de m'y mettre. Bon, c'est vrai, on peut aussi dire que j'ai
franchement glandouillé.
Avant
d'être accepté par mon école (j'ai tenté trois fois le concours), j'ai
passé une bonne année, peut être plus, les mains collées à un flipper.
J'avais reçu un héritage qui me permettait de prendre un peu de recul
sur la vie (oh comme c'est joliment dit), de vivoter dans mon coin et,
par manque de caverne, je n'ai pas eu d'autres choix que d'aller me
réfugier dans le premier café du coin.
L'endroit permettait
de retrouver chaque jour les mêmes gens au même endroit à la même
place. Un avantage non négligeable pour quelqu'un comme moi qui, à
cette époque assez agitée, avait franchement besoin de repères. J'avais
un vrai plaisir à rejouer chaque jour la même partie et à observer mes
camarades de comptoir.
Le
patron derrière sa caisse qui me laissait jouer sans broncher (je
gagnais tout le temps) et qui me lançait parfois un coup d'oeil
embarrassé, me prenant un peu en pitié, l'air de se demander ce que
j'allais devenir à forcer de rester là à rien foutre. Qu'il se rassure,
je me posais la même question.
Le garçon
de café ensuite, élevé à l'humour de serveur parisien, pince sans rire
et ironique, prenant un malin plaisir à se moquer de ses clients, en
rajoutant une couche de mordant quand ces derniers ne comprenaient pas
son humour.
A
l'autre bout du comptoir, le syndicaliste et son disciple.
Vraisemblablement, ces deux là travaillaient à la poste d'en face mais
leur bureau se trouvait à mi-temps, de ce côté-ci de la route. Les
discussions commençaient souvent par"Jean Claude, tu te laisses trop
faire" avant de se terminer, quelques heures plus tard, par un "Tu
m'énerves, tu comprends jamais rien". Et le Jean Claude d'hausser les
épaules en attendant que le vent passe. Parfois, le mercredi, ils s'y
mettaient à deux pour l'éduquer. Avec des comme lui, le Grand Soir ne
serait pas pour demain. M'enfin, avec un peu de patience, il fera un
bon soldat. Eux s'imaginaient déjà en généraux dirigeant les
opérations. En attendant, ça picolait doucement. Je retrouvais un peu
l'ambiance du "Ventre de Paris" de Zola, cela d'autant que tout se
passait derrière les Halles. Malgré tout, on était encore loin de la
Commune.
Vers
13h00, le commercial venait glisser sa pièce dans MA machine. Un
sandwich vite avalé, un demi bu vitesse grand V et des grandes claques
sur le flipper pour faire passer le tout. Si ça ne fait pas gagner, ça
défoule. Il parlait peu, gagnait encore moins, soupirait souvent et
repartait, au final, en me laissant plusieurs crédits.
Dans
un coin, deux anciennes mannequins grignotaient leur croqu'
-salade. L'une le tartinait d'une montagne de moutarde, petit geste de
rébellion quotidien. ça papotait en regardant la rue, parlant des
nouvelles, des anecdotes de bureaux et des prochaines
collections. Parler du boulot au moment de la pause visiblement, ça
décompresse.
Vers
17h00, c'était le couple. Le grand maigre et la petite mouche. Il avait
l'air gentil quoiqu'un peu mou. Elle au contraire était un vrai paquet
de nerfs qui se lâchait une fois la machine en main. Elle serrait les
dents, suait un peu tandis que son supporter préféré se faisait
charrier par le garçon de café.
Une
heure après, mes cours se terminaient. Je laissais la place aux
étudiants du soir, ceux qui après une journée de taff, se retrouvent
pour prendre l'apéro et claquer quelques parties. Une petite heure
avant de rentrer chez eux, retrouver femmes et enfants. ça discutait
football, blagues gentiment cochonnes et médisances. Bref, ça
m'intéressait moins.
Je
ne faisais rien et pourtant j'avais l'impression d'apprendre.
Simplement parce que j'observais. Personne ne me disait quoi faire ou
comment. Une vraie parenthèse de liberté surtout pour un étudiant. Au
final, ces quelques moments m'ont même servis à écrire la lettre de
motivation de mon école. Je l'ai faite sur le mode de la discussion de
café en m'inspirant de mon syndicaliste et de son disciple.
Visiblement, ça a amusé tout le monde.
Avec un sourire, j'ai été accepté.
22 avril 2008
Félinade
J'ouvre
les yeux, je dresse une oreille, j'identifie l'élément perturbateur. Une
mouche. Elle tourne près de l'hallogène, elle dessine une figure dans les airs
en prenant bien soin de repasser exactement au même endroit comme pour laisser
une trace.
Comme
pour m'énerver.
A
chaque tour, elle semble dire "attrape moi. Attrape moi ou je
continue". Elle se fout ouvertement de moi. Elle sait que je n'ai pas
l'entrainement pour. Elle m'a vu grandir, elle a observé mes pitoyables parties
de chasse. J'ai beau être fier quand j'accroche une chaussette, je suis bien
incapable d'attraper les oiseaux. Ils le savent et se foutent aussi de moi. Il
s'installent sur un rebord de fenêtre, et chante "Ducon, ducon" toute
l'après midi.
Même
si ça m'agace, je fais mine de rien. Je ferme les yeux, je dors un peu, je me
lèche consciencieusement, je retrouve une boulette et fait semblant d'y prendre
plaisir. L'avantage, c'est qu'un oiseau, ça a peu de mémoire. Il y en a
toujours un pour oublier le danger. Il s'approche de mon balcon pour se
souvenir. Même s'il ne le sait pas, il est dans mon viseur. Je continue à jouer
pour amuser la galerie. Et quand il s'approche, je lui saute dessus.
Le
problème c'est que Dieu a donné des ailes à ces imbéciles. Et à cause de ça, je
ne peux pas facilement l'attraper. A peine, j'ai donné l'impulsion qu'il a déjà
disparu. Et en guise d'amuse gueule, je me mange le mur. Les oiseaux piaffent
de rire, je retiens ma douleur, je ne veux pas qu'ils pensent qu'ils ont une
fois de plus réussi leur coup. Je pars dans la salle de bain me refaire une
beauté.
Ce
soir encore ce sera boîte, pas de grand festin. Un truc d'habitude, un peu
humiliant mais tout de même confortable et qui me rassure.
Demain
sera un autre jour. Je retenterais ma technique en rajoutant quelques
subtilités. On apprend de ses erreurs. Mais avant tout, mieux vaut les digérer.
Je
ferme les yeux, je me retrouve dans les plaines. J'attrape une antilope au
passage. Elle peut se débattre, je ne lui laisse aucune chance. Rien que
pour le spectacle, je l'observe trembler. Mais on se lasse de tout et après un instant,
je l'achève d'un coup de crocs. C'est ma septième victime aujourd'hui. Je me
suis amusé avec la précédente. Je l'ai regardé courir avec ses
intestins à l'air. Elle ne savait plus où aller, elle courait en rond, en
faisant toujours le même trajet. Et à chaque fois, le même bourdonnement
agaçant. Comme si d'un coup, elle imitait une mouche.
J'ouvre
les yeux, je dresse une oreille.
Elle
a beau me connaître, elle ne sait pas tout. Elle me croit sur le sol, elle me
cherche sur le lit. Cherche, petite mouche, cherche. Tu ne me trouveras pas. Du
quatrième étage de la bibliothèque, je te toise. Vu d'en bas, ça n'a l'air de
rien mais je me suis entraîné longtemps pour en arriver là. Quand j'atteindrais
le cinquième palier, tes amis les pigeons vont avoir une belle surprise. En
attendant, je vais m'entraîner sur toi. Tu vas payer pour m'avoir réveillé.
Comme tu ne me trouves pas, tu changes ta trajectoire. Tu t'approches.
Dangereusement. Tu es maintenant juste en dessous de moi. Tellement facile,
j'aurais presque envie de rire. Patiemment, je te regarde faire tes nouveaux
tours. Toujours le même trajet, toujours à la même vitesse. Je trouve la bonne
synchronisation. J'attends le bon moment.
Toutes
griffes dehors, je saute. Bizarrement, le sol est devenu mou. Pas le temps de
comprendre, je disparais.
On hurle derrière moi. Je reconnais mon maître. Je me retourne Il est balafré.
Sa joue dégouline de sang. Je m'approche pour comprendre. Qui l'a attaqué ?
Dans
son regard, je trouve un élément de réponse. Il est prêt à me sauter dessus.
Heureusement, je suis plus souple et plus rapide. J'ai de l'entraînement. Je
m'écrase sous le lit. Une bonne cachette pour la journée.
A
côté de moi, ça bourdonne moqueusement. Je me rends maintenant compte que je
n'ai rien attrapé. Elle s'enfuit vers le bord, prête à tout raconter à ses
copines. Moi je vais rester ici, le temps que ça se passe. Je vais me lêcher
les pattes en pensant que ce sang est celui d'une vraie proie.
........................................................................................................................................
- Dis donc, t'es arrangé à la joue, qu'est ce qu'y t'es arrivé ?
-
C'est mon con de ch... enfin non, je veux dire...
-
Tu t'es fait agressé ?
-
Euh... Ouais...
-
Mais où ça ?
-
Chez moi. Hier soir..
- Et comment tu t'en es sorti
- Ben tu sais, je rentrais tranquille et je suis tombé sur une bande craignos,
ils étaient dix, ils ont commencé à me chercher, soit disant il voulaient ma
thune, et y en a un qu'à commencé à me chauffer et je lui ai dit "Vas-y,
c'est bon", et je me suis énervé et puis....
Moralité : les conneries des chats sont pratiques pour se la raconter.
21 avril 2008
Il ne faut jamais dire fontaine...
- Regarde Maman, la roue crache de
l'eau !
- Et la dame... Tu l'as vu la
grosse dame ? Attention, Jean Philippe, ne te penche pas trop,
tu vas tomber...
Il ne va pas se noyer ton con de fils, il y
a à peine vingt centimètres d'eau dans cette mare à la con. Et encore,
uniquement les jours de pluie. Se réveiller là dessus, pour un
peu, ça me foutrait la gerbe. Si j'avais la force, je le pousserais
moi-même dans l'eau son nabot. Juste pour rire... Si j'avais la force...
J'ouvre un oeil. Même vu d'ici, on sent bien
que le printemps revient. Le touristes sont là agglutinés autour de cette chose
qui leur éjacule des hectolitres d'eau à la gueule. Ils filment, ils
photographient, ils posent devant comme des blaireaux qu'ils sont. Et
ils empiettent sur mon terrain.
J'ai du mal à me relever. Encore
une nuit à dormir dans la rue. Une nuit de plus en attendant ce soir.
A quelques mètres devant moi, une grosse dondon en bermuda fluo s'installe sur
le rebord de l'installation. Elle croise mon regard, je lui envoie un
sourire. Elle décline l'offre en regardant ailleurs. Habillée
en tue l'amour, elle n'a pourtant rien à craindre. Un
petit sourire pour la photo. Mon Dieu, c'est encore pire que ce que je
croyais. Quelle nationalité accepte des gens aussi laid ?
Elle baragouine avec son ami. Supèwe ma
chèwe, cé trou chou, no. Mare velleusse...
Américaine donc, élevée en batterie
certainement.
-Scusez-moi, monsieur, on voudrait
jouer.
Je lève la tête, pratiquement jusqu'au
soleil. Un gamin à ballon accompagné par deux autres morveux. Je tousse un peu
et prend ma voix d'homme responsable.
- Sois gentil, gamin. Dégage ...
- C'est notre terrain. On voudrait jouer...
Il comprend le franglish, lui ou quoi ?! Je
cuve, merde. J'irais nulle part. Le dimanche est à tout le monde et le mien,
c'est ici. Va voir ailleurs, moucheron.
Le gamin se tourne vers ses parents qui
brunchent en terrasse à quelques pas de là. Ils n'en perdent pas une miette.
- S'il vous plait. Je vais demander à mon
père sinon...
Je lui lance un regard noir. Ce petit
con le soutient. Je me redresse franchement. Debout, je suis plus grand que
lui. Bien plus grand. Il recule un peu sans quitter mes yeux. Il est tendu. Je
souris. Je suis le croquemitaine et je ne vais faire qu'une bouchée de toi,
petit.
Deux flics en civil surveillent au coin
de la rue. Je les connais bien. Eux aussi. Est-ce un crime de vouloir
foutre une bonne frousse à un môme ? Regardez le... Ah, non, ça il n'a pas
peur, il est carrément terrifié. Et il continue quand même à soutenir mon
regard. Je ne résiste pas, il est trop fendard avec sa tronche de cake, il
m'arrache mon premier vrai sourire de la journée. Il a quoi ? Dix
ans, à peine. Il me rappelle un autre enfant.
- Et qui va faire le goal ?
Ils s'interrogent, personne pour répondre.
C'est bien la peine de venir à trois si y en a pas un qui pense.
-Et si je gardais les cages ? Hein ?
Arrête de me regarder comme ça, Ducon. C'est
une proposition honnête d'un type qui se réveille et qui cherche le compromis.
Rien que de me relever, j'ai déjà mal partout. Alors en attendant que tout
se remette en place. Je garde les buts. J'ai toujours gardé les buts. On
regarde les autres s'époumoner sans rien faire. La vie comme je l'aime.
- D'accord.
ça le ravit pas des masses mais grâce à moi,
il aura appris le dialogue. C'est bien mon gars, t'iras loin dans la vie. C'est
une cloche qui te le dis.
Le match s'engage, ses parents reprennent le
fil de leur conversation. Les policiers arbitrent le match de loin,
histoire de se divertir un peu.
Jeunesse pleine de vie qui dribble, passe,
et... merde. C'est allé trop vite. Je n'ai pas eu le temps de
voir venir. La balle est rentrée.
- T'es nul comme goal...
-Un peu de respect pour les anciens, s'il te
plaît...
Il me renvoie un bête sourire. Et moi,
bizarrement, ça me touche. ça me rappelle une vieille histoire, à quelques
stations de métro. Une histoire de femmes, forcément. Tu ne peux pas
comprendre; gamin.
- Attention !!!
En pleine tête, je l'ai pas vu venir... Tu
parles d'un réveil...
- ça va ?
- ouais, ça va, ça va... Rejoue, c'est
rien...
- Scusez-moi, hein..
- Ouais, ouais...
J'ai une photo de mon fils au fond de ma
veste. Une vieille mais quand même. Je vais pas la sortir maintenant,
j'aurais l'air d'un con. M'enfin, j'ai envie.... C'est comme ça, il me manque,
c'est tout...
Si les choses étaient plus simples. Je
passerais le voir. Si ça se trouve, ça ferait peut-être même plaisir
à sa mère. Mais les choses ne le sont pas... y a pas à se
prendre la tête. Coup de pied, je relance la balle.
Je suis en forme. Un bête ballon.
Voilà ce qu'il me faut. Si j'allais le voir avec ça, peut-être qu'il
comprendrait. J'ai eu peur, ça arrive. ça n'excuse pas la lâcheté mais
c'est humain. J'ai pas demandé à être père, moi, au
début... Maintenant, c'est peut-être différent.
Rien que s'il prend le ballon, même s'il dit
pas merci, je serais content. C'est rien, hein, c'est pas grand chose mais
ça me ferait plaisir. ça voudrait dire qu'il ne m'en veut pas. Qu'il
sait qui je suis. Qu'il n'a pas honte de moi. Et peut être qu'avec on pourrait
jouer ensemble.
- ça va, monsieur ?
- ça va... C'est cette saloperie
d'engin qui m'envoie de l'eau à la figure.
ça le
fait sourire. Si j'ai la force dimanche prochain, je passerais voir mon
garçon... Si j'ai la force... En attendant, c'est la honte, je viens
encore de me prendre un but.
09 avril 2008
Lecteur, y es tu ?
Journée type d'un bloggeur crevettien :
13h
J'ai une bonne grosse anecdote des familles qui fera une belle histoire de blogs. Il y a de la difficulté technique, du double langage, du sentiment, de l'action, de l'humour et bien entendu de la réflexion sur l'amour,le sexe et le prix des tickets de métro.
De quoi me faire un bon entraînement, un bon petit labo perso, chouette à écrire, sympathique à relire, espérant faire sourire ceusse qui pointeront le bout de leurs yeux.
14h30
Voilà, c'est fait.
J'en ai un peu chié pour la forme mais ça valait la peine. Je relis, je corrige les fautes, du moins celles que je remarque. J'essaie de voir si ça se tient, si le texte est fluide, s'il n'y a pas de passages incompréhensibles (auquel cas, je réécris). Mon anecdote perso s'est transformée en petit sketch sympathique dont je ne suis pas peu fier....
Une bonne chose de faite.
Je peux me remettre à bosser.
15h
... J'ai un doute.
Je me suis bien amusé à écrire ce texte mais qu'est ce qui me dit que c'est bien ?
Si ça se trouve c'est à chier
Ce ne sera pas la première fois. J'en ai vu des gens fiers d'eux qui se sont fait refroidir par la première critique venue.
Bon.
Moi ça m'a plu. C'est déjà ça.
De toute façon, c'est un blog, pas un roman.
Encore moins un examen de passage.
Je cherche rien.
Mon plaisir avant tout.
Et du plaisir j'en ai pris.
Alors tout va bien.
16h30
Faut que je sache, c'est frustrant, faut que je sache.
Je me souviens, quand j'écrivais mes premiers textes, il me fallait déjà un lecteur, quelqu'un qui se tape tout ce que j'écrivais. Moi je restais à ses côtés, faisant semblant de rien. Je tremblais, je suais, je guettais la moindre émotion en donnant l'air de m'en foutre. Dés que la personne soupirait, j'étais au fond du trou, dés qu'elle rigolait, j'avais besoin de savoir où. Mes passages favoris avaient ils fait mouche ? J'étais chiant mais j'avais au moins un retour, une réponse, quelque chose qui me disait que je prenais la bonne direction.
Aujourd'hui, rien n'a changé.
Alors
Qui je peux déranger pour lire ce texte ?
Tout le monde travaille autour de moi. Je vais lancer un "Tiens, j'ai écrit un truc" d'un air badin, histoire de voir si quelqu'un réagit.
Bon.
Personne ne répond.
Un petit tour sur mon blog.
Pas de commentaire.
Normal
Il est trop tôt.
17h30
La stagiaire est au téléphone, elle ne bosse pas, c'est flagrant. Dés qu'elle raccroche, je lui pose la question.
Tu pourrais lire pour moi ?
Oui oui, j'ai un blog.
Non, rien de personnel, ni de dégradant, c'est plus de l'humour, du léger, de l'expérience....
Oui ce sont de vraies anecdotes, mais arrangées ...
Bien entendu, tu n'es pas obligée de lire...
M'enfin, vu qu'on va bosser quelques mois ensemble...
19h
Elle a trouvé ça bien.
Elle n'a pas ri mais elle a trouvé ça bien.
C'est un bon début.
Mais pourquoi n'a t'elle pas ri ?!
Je ne sais pas...
Ce n'est pas forcément de ma faute.
Elle n'a peut être pas d'humour.
Et puis, c'est pas avec un avis que je peux être sûr.
Et à sa place, j'aurais pas dit autre chose.
Qu'est ce qu'elle en a à foutre de ce que j'écris. Elle a pris peur c'est tout.
On va le rassurer ce cadre moyen en manque de retour.
Ch'est bien cha, il écrit bien le grand monchieur...
Quel con, je fais.
Petit tour sur mes commentaires.
Personne.
C'est encore trop tôt.
On verra bien demain
8h30
Hier soir, une amie m'a dit que mon site était vachement bien.
ça m'a fait plaisir mais bizarrement, je ne l'ai pas cru. S'il était si bien, il y aurait des retours. Ne serait ce qu'un peu.
Au lieu de ça, rien, le blanc total.
Une telle indifférence prouve bien qu'il est médiocre.
9h30
Avec mon café, je passe sur mon site.
Rien.
Pas grave. J'écris pour moi, pas pour les autres.
Frustrant forcément. Mais pas grave.
Le plus important, c'est de travailler. Et de se faire plaisir.
Je me fais plaisir.
Tout seul.
C'est déjà ça.
De toute façon, j'ai rien d'autre...
10h30
Je fais le tour sur d'autres blogs.
"Hier soar, j'suis sortie mor bourai, j'aitai"
10 commentaires"
"J'ai encore eu envie de me suicider devant ma mère. Sait elle que papa m'a touché pendant des années ? "
13 commentaires"
Et moi, avec mon beau petit texte ciselé, combien de commentaire ?
Zéro.
Bien fait. Je me suis cru supérieur, je n'ai que ce que je mérite.
Allez, je passe à autre chose, je retourne au travail.
11h30
De toute façon, c'était pas terrible.
Je me suis bien amusé, certes, mais c'était pas terrible.
Je suis sûr que je peux faire mieux.
Il suffit de chercher.
Comme cette anecdote bien croustillante qui...
Non, trop intime.
Ou celle là, où je me suis bien énervé.
Non, non, tout le monde s'en fout.
Trouver un truc simple. Le plus simple possible.
Et développer.
Comme cette fois où...
Oui !!!
J'ai trouvé !!!
ça ça va les faire réagir !!
Je vais les faire marrer, c'est sûr.
Au pire, les divertir.
Et j'en suis sûr, j'aurais au moins un retour.
Pas grand chose.
Ne serait ce qu'un
"Pour ce petit temps passé à m'amuser.
Merci"
Vivement midi que je puisse me lancer.
Et ne compter sur personne.
Me faire plaisir d'abord
Et continuer.
07 avril 2008
La petite faim des grands voyageurs
![]()
Longtemps, dans le train, j'ai beaucoup voyagé.
Chaque semaine, je cumule des points, espérant qu'un jour je puisse enfin m'offrir quelque chose digne de me faire rêver. Un massage à Honolulu, un passage à Bornéo, du repassage à Miami ou, dans le pire des cas, un aller retour gratuit entre chez moi et le travail, sachant que seuls les billets de TGV sont pris en compte et que, par conséquent, pour les correspondances je peux me gratter.
Je reçois le catalogue, je feuillette, tout me fait envie. J'ai des points à dépenser, j'ai été patient jusqu'ici, il me faut ma récompense. Alors je ferme les yeux, je compte jusqu'à cinq et je pointe mon cadeau... jusqu'à ce qu'un autre formulaire, coincé dans le catalogue tombe à mes pieds.
Je le ramasse. Dessus un enfant noir à l'air tout heureux de me voir. Grâce à moi, et à mes points Smiles, il va pouvoir manger à sa faim. Car riche bourgeois bouffi de points SNCF dont je ne sais que foutre, je n'ai pas une seule seconde pensé aux autres. Et ils sont nombreux ces autres, à l'intérieur du catalogue, qui me regardent bouches ouvertes en espérant que je les nourrisse. Ils font mine de sourire et de jouer. Peut-être qu'en serrant les dents, ils couvrent les bruits d'estomac.
La brochure m'informe qu'avec 100 Smiles, je peux leur offrir une ration alimentaire (un repas ?).
Avec 200 Smiles, 4 rations.
Et avec 500 Smiles, ce n'est pas moins de 10 rations que je peux offrir à ces enfants...
avec mes points durement gagnés...
qui auraient dû m'aider à concrétiser un rêve de voyage exotique dans des pays où tout est calme, luxe et volupté si l'on ne tient pas compte de ces enfants sales qui quémandent dans les rues pour un reste de nourriture, un peu d'argent et quelques points Smiles qui auraient sans nulle doute été plus utiles s'ils avaient été dépensés à les nourrir plutôt qu'à l'achat d'une chambre vaguement passable dans un hôtel bon marché dans un lieu certes tropical mais peu amène où il ne me restera rien comme souvenir sinon qu'un coupable remord de n'avoir aidé personne, d'avoir mal mangé en regardant la mousson remplir la piscine vide qui servira cet été à de riches Allemands ou Américains qui n'ont nul besoin de points de fidélité pour s'offrir toute le luxe médiocre de ce lieu de vacances pour Occidentaux en mal d'ennui...
Et merde...
C'est réussi...
Je culpabilise...
Bon allez, personne n'en saura rien, je me paye le voyage. De toute façon, des enfants à nourrir, il y en a partout. Même en France. Et puis pourquoi juste des enfants ? Les adultes doivent ils mourir de malnutrition ? Est il trop tard pour eux ? N'est ce pas criminel de donner des points pour ces enfants qui vont voir leurs parents mourir de faim sous leurs yeux ? Est ce vraiment une chance que de leur offrir un tel spectacle ? Ne serait-il pas plus simple de fermer les yeux ?
D'autant que ce voyage, je l'ai mérité.
Mais en même temps, si l'on suit tous ce même raisonnement, on va tous culpabiliser.
Le séjour sera glauque.
Personne n'osera en parler.
Certains feront mine de ne pas être au courant.
Pourrais je encore danser jusqu'au bout de la nuit sachant que ces cons qui font semblant de ne pas savoir seront juste le miroir glauque de ma propre culpabilité ?
Bon...
Merde...
Ok ok ok, j'y vais. C'est bon, j'ai compris
"Bienvenue, cher Client"
Oui c'est ça, bienvenue, oui
"Donnez vos Smiles aux enfants affamés (mais heureux grâce à vous) cliquez ici"
Allez, c'est bon, tant pis pour mes allers retours en trains, je clique
"Entrez vos codes d'accès"
J'entre
"Erreur 808, veuillez recommencer"
Pas grave... Je recommence
"Erreur 808, veuillez recommencer"
Non non non, pas possible, je recommence
"Erreur 808, désolé, veuillez recommencer"
Allez sérieux. C'est dégueulasse. Ces enfants me sourient, je peux pas...
"Erreur 808, désolé, veuillez recommencer"
Franchement, c'est de la mauvaise volonté, je réessaie, ce n'est pas possible
"Erreur 808, désolé, veuillez recommencer"
Bon...
Ben, les enfants...
Ce n'est pas de ma faute...
C'est la technique....
Le net, la nouvelle économie, tout ça, tout ça...
Moi, j'ai essayé...
J'ai fait ce que j'ai pu...
Mais quand ça veut pas...
Tant pis pour la ration...
Une autre fois peut-être...
En attendant, un fruit....
Moi j'ai fait des efforts....
Je n'ai pas à me culpabiliser...
J'ai essayé...
Et grâce à vous...
je vais pouvoir voyager heureux !
(ps : c'était finalement un bête problème technique réglé plusieurs jours plus tard. Si vous aussi vous voulez donner, c'est jusqu'au 15 Avril, ici)


