crevette domestique

19 juin 2016

Cendrillon et la pantoufle dégueulasse

 

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Au final, il ne restait plus que Cendrillon. 

- Le roi a promis de marier son fils à celle dont le pied serait bien juste pour rentrer dans la pantoufle. Mais là, excusez-moi mais on est un peu dans la merde.

- Je comprends... Mais quand il n'y a plus de prétendante...

La tante jeta un oeil mauvais à Cendrillon, espérant ainsi la voir disparaitre.

Trop tard.

- Et mademoiselle ?

- Oh, ce n'est pas la peine, ce n'est qu'une souillon. Et puis, qu'irait-elle faire au bal ?

La tante éclata de rire pour bien montrer l'absurdité de la chose. Le soldat, lui, se redressa.

- Tous les sujets doivent essayer la chaussure. Tous. Sans exception.

Le rire s'étrangla dans la gorge de la tante qui manqua s'étouffer.

- Approche ! Allez, ne me fais pas perdre mon temps.

Après un instant, Cendrillon obéit.

- Si vous saviez ce que j'ai pu voir ces dernières heures. Les gens ont une hygiène dégueulasse. C'est à vous couper l'appétit. L'une d'elles avait les pieds tellement secs qu'elle a rempli la pantoufle de peaux mortes. Et je vous parle pas des crevasses...

- Ah oui ?

La tante retrouva le sourire, invitant Cendrillon à s'asseoir près d'elle.

- Une autre avait le pied rempli de champignons. Même à la ceuillette, j'en trouve pas autant. Une boiteuse avait tous les ongles incarnés. Et regardez-là, sur le talon, ce sont les restes d'une ampoule explosée.

- Intéressant...

- J'ai beau frotter mais rien à faire, ça part plus. ça s'étale même.

- Ne faisons pas attendre ma servante, s'il vous plait, elle a encore beaucoup de travail.

- Vous avez raison. J'espère qu'elle n'a pas de gros pieds parce que la dernière fois, j'ai du forcer comme un dingue. La pauvre fille, j'ai cru qu'elle allait y laisser toute sa chair. Et regardez l'intérieur, c'est plus sale qu'une toilette d'autoroute.

La tante détourna le regard. Cendrillon hésita un instant. Le soldat lui pris le pied d'autorité et le glissa dans la pantoufle où, miracle, elle était parfaitement à sa taille.

- Ce n'est pas possible...

Le soldat n'en revenait pas. Pas plus que la tante qui rageait intérieurement. Cendrillon, elle, avait l'impression d'avoir les orteils plongés dans de la gelée de porc. ça glissait, ça chatouillait, ça faisandait joyeusement, comme si toutes les bactéries étaient au rendez-vous. Des petits morceaux d'os l'empêchaient d'être vraiment confortable.

Mais au moins, elle était devenu princesse. Sa vie allait changer pour toujours.

...................................................................................................................................................................................

- C'est obligé de retirer les chaussures ici ?

- Il faut bien que je...

- Non d'accord, mais franchement, les plaques d'eczéma, je vous le dis tout de go, ça me fout la gerbe.

Cendrillon dû se rendre à l'évidence, le prince était con. Déjà le soir du bal, elle avait bien senti que la discussion n'était pas son point fort. Elle avait tenté quelques sujets sur lesquels il n'avait pas rebondit, préférant parler de son physique, de ses beaux yeux, de tout ce qu'il aimerait lui faire. A minuit, n'en pouvant plus, elle avait préféré s'éclipser. Si seulement, elle n'avait pas perdu sa chaussure...

- Tu m'aurais dit "c'est moi, c'est mon pied", t'aurais pas tous ces problèmes.

- Oh ça va, dit Cendrillon en grattant ses dernières croûtes. Un peu de romantisme, ça fait de mal à personne.

- Un peu de romantisme, non. M'enfin, il y a plus excitant que de voir sa femme s'en mettre pleins les ongles.

Cendrillon soupira avant d'étaler sa crême. Le prince se tourna pour bouder.

Finalement, ils se marièrent et eurent de belles mycoses.

 

 

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27 mai 2016

Veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée

"Mesdames messieurs, s'il vous plait, votre attention, je vous informe que je ne sais toujours pas quand nous pourrons quitter la gare de Paris-Montparnasse. Je ne manquerai pas de vous informer si un jour, j'ai des nouvelles."

Le wagon prend ça avec philosophie. Depuis maintenant deux heures que nous attendons que le train bouge, nous pouvons au moins nous sentir chanceux de profiter de l'air du quai pour nous dégourdir les jambes.

Sans compter que nous avons pu grignoter un excellent repas composé d'un florilège de compote avec son délicieux biscuit sec et sa mini-bouteille d'eau.

Ne manque plus qu'un orchestre miniature et on pourrait se croire sur un Titanic ferroviaire.

Je ne comprends pas.

ça fait des années que ma guigne est derrière moi.

Des années que je voyage sans m'inquiéter, ayant offert ma poisse à plus voyageur que moi. 

Au début, j'étais un peu triste.

Un peu nostalgique aussi de ces trajets où on percutait un cerf, où l'on restait sans raison à regarder un paysage moche qui ne s'animait pas.

Et puis, j'ai eu des nouvelles de ma poisse.

"ça fait trois heures que j'attends que mon avion décolle, putain !"

Elle me faisait des signes via Facebook.

"Quatorzième heure dans ce wagon. Trois personnes sont en train de dépérir. Les pompiers arrivent. En attendant, c'est Lost sur les rails"

J'avais de ses nouvelles à distance, ça me suffisait.

"On a forcé la porte du wagon. On vient d'abattre un sanglier. Normalement, on devrait pouvoir tenir les prochaines 48 heures de panne".

Et puis d'un coup, ça m'est retombé dessus.

"Mesdames, messieurs, le train va bientôt partir... Enfin, il devrait bientôt partir... On espère qu'il partira bientôt... enfin.. On n'en sait rien en fait..."

Depuis, on n'a pas bougé....

Et celle qui avait hérité de ma guigne profite de la vie parisienne comme jamais.

Elle déguste des fruits de mer qu'elle instagramme crânement.

Et moi, ça me coupe l'appétit.

"Vous finissez pas votre demi-biscuit ? Si ça vous dérange pas, j'ai encore un petit creux".

Je jette un coup d'oeil à mon voisin. On dirait qu'il vit ici depuis trois ans.

Devant son air suppliant, je lui cède le reste de mon biscuit.

Il me remercie poliment avant de ronger mon offrande.

Quant à moi, je cherche quelqu'un qui pourrait adopter ma guigne...

 

 

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24 mai 2016

Gros Chagrin

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- Ben alors, qu'est-ce qui t'arrive ?

Les yeux rougis de larmes, elle tombe sur mon épaule, se mouchant dessus à grand renfort de sanglots.

- Elle... elle est morte...

- Hola hola hola, qui est morte ?

- La maman à Jasoooon

J'en ai le coeur brisé. En même temps, je ne peux pas la laisser comme ça.

- Tu sais ma chérie, on ne dit pas "la maman à Jason" mais "la maman DE Jason".

Elle se recule un peu, en reniflant.

- Non mais c'est important de bien parler. Parce que sinon, après, on a des mauvaises notes d'accord ? 

Elle n'a aucune réaction. Il est temps de changer de sujet.

- Et elle est morte de quoi, cette bonne dame ? 

Elle hausse les épaules.

- Ch'sais pas...

- Elle était vieille ?

- Ch'sais pas...

- Elle a eu une maladie ?

- Ch'sais pas.

- Elle s'est fait renversée ?

Haussement d'épaules. Elle n'a même plus la force de me répondre.

- Ben dis donc, tu sais pas grand chose, en fait...

J'ai essayé de mettre un peu de bonne humeur dans cette ambiance lourde. Mais peine perdue, elle me fusille du regard.

- Mais il a un papa, ton copain  ?

- C'est pas mon copain...

- Oui, mais il a un papa ?

- Moui...

- Et il fait quoi  son papa ?

Elle réfléchit un instant puis :

- De la musique...

- Et ben, tu vois, il a de la chance. Un papa musicien, c'est... C'est chouette. ça met de l'ambiance, ça connait plein de trucs. C'est calé en instruments. C'est super....

Elle retrouve un peu de sourire. Je suis fier d'avoir éteint l'incendie des larmes.

- Alors bien sûr, sa mère est morte. Mais avec un peu de musique, ça passera. Enfin, si le papa ne tombe pas dans la dépression... Il boit son papa ?

Son visage se crispe, elle retombe sur mon épaule.

C'est toujours pareil.

On ne peut jamais aborder les sujets de front avec les enfants...

En même temps, je m'interroge.

Je connais bien sa classe.

Les Léo, les Téo, je les situe.

Un Jonas, oui, y en a un.

Mais un Jason ?

- C'est un nouveau ?

Elle secoue la tête.

- Il est dans une autre classe ?

Toujours pas.

- Mais c'est qui alors ?

- C'est... un petit bébé...

- Ah, c'est le petit frère d'un ami ?

J'ai tout faux.

- Attends, je comprends plus...

- Il est verseau...

- Oui, super, ça m'aide. Je suis tellement calé en astro...

- Il est né au mois de février...

- Non mais ça me parle toujours pas...

Quoique...

- Son ventre était bien rond ?

Elle hoche enfin la tête.

- T'es quand même pas en train de pleurer sur une vieille chanson ????

Elle refond en larmes.

- Combien de fois, je t'ai dit de ne pas touché à ma playlist !

- Mais c'est pas ma faute, c'était là... Il voulait qu'il ait son sourire...

- Son regard quand elle se lève le matin, oui...

- Avec l'amour...

Et le même espoir que j'ai quand je lui tiens la main.

Je la serre un peu plus, sa main, tentant de calmer les derniers soubresauts.

En bon père de famille, il faut que je répare ça.

- Tu sais ce que dit Victor Hugo ?

Non, elle ne sait pas

- "Quoique je fasse, où que je sois..."

- Rien ne s'efface, je pense à toi ?

Putain, elle a écouté TOUTE la liste !

- C'est JJ Goldman, papa. Victor Hugo, c'est la comédie musicale...

-C'est pas une comédie musicale, c'est un livre ! Et j'aimerais que tu cesses de toucher à mes affaires ! Sinon, je les appelle !

- Qui ?

- Les fantômes de minuit !

Elle retrouve un semblant de sourire. D'après mon plan, quand je serai au bout du Top 50, elle devrait retrouver le sourire.

- Allez, viens boire un petit coup à la maison...

- Y a du pain, y a du vin, du saucisson ?

Je confirme.

Et c'est parti pour une bataille de chansons.

 

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19 mai 2016

La Guerre de la Toile

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J'avais prévenu, je ne cèderai pas.

Pour rien au monde, je me trainerai jusqu'au cinéma pour voir l'énième retour de la Guerre des Etoiles. Ce ne sont pas les bande-annonces qui m'y pousseront. Pas même, les premières critiques. Ni les interviews des acteurs. Ni les reportage. Ni Harrison Ford, ni J.J. Abrahams. Ni Chewbacca...

Ce midi, je suis le premier dans la salle.

Comme ça, je l'aurais vu et on n'en parlera plus.

Quand les gens me diront "Tu crois que c'est bien", je répondrais "je l'ai vu, passons à autre chose comme la faim dans le monde, si tu veux bien".

Le sujet sera clos. On passera à autre chose.

En attendant, je m'installe bien au milieu, j'étends mes jambes et me prépare à juger ce nouvel opus avec l'oeil acerbe du critique à qui on ne l'a fait pas.

"Tu sais que Disney prépare aussi un autre film qui se situe AVANT la première trilogie ?"

Ceux qui viennent d'entrer doivent avoir mon âge mais donnent l'impression de ne pas avoir tout à fait fini leur scolarité. L'un joue l'érudit tandis que l'autre boit les paroles du sage.

"Ce sera un stand alone. On sera moins dans le sequel que dans le spin-off"

Trois ados viennent ensuite s'asseoir dans un coin, machouillant du popcorn en faisant le tour des derniers potins.

Deux autres filles, à peine plus âgées, se calent pile devant moi. En attendant, elles prennent des selfies, vérifient le résultat, se rendent compte que ma tête d'enterrement apparait en arrière plan, recadrent autrement, m'ont toujours dans le champ, recommencent...

- Enlève ton manteau, tu vas avoir trop chaud.

- Maman, le monsieur, il est trop grand.

Ce n'est pas moi qui suis trop grand, c'est lui qui est trop petit.

- Bah, viens ici, alors.

- Non, je veux me mettre au milieu. Il a qu'à se baisser...

J'hésite à me retourner pour lui lancer mon regard de tueur.

A son âge, on est inconscient du danger et il n'est pas impossible qu'il soit plus fort que moi.

Et puis finir en prison, entre midi et deux, c'est un peu la honte.

Je fais donc le vieux sourd qui s'en cogne.

C'est pour ça que ses genoux viennent cogner dans mon fauteuil.

Pour me souvenir que je suis sourd et vieux.

Et que je gêne. 

Mais à ce petit jeu là, je ne cède pas. 

Du moins pas longtemps.

Je fais semblant de chercher quelque chose, je me relève et je change de place, lançant un regard lourd de reproche au mini-tyran qui me renvoie un sourire satisfait.

C'est bien petit, un jour tu dirigeras la Corée du Nord. 

Deux cadres sup' se joignent à nous et se mettent deux rangs devant.

La lumière s'éteint, le film commence.

"Tin tin tin tin  Tin tin tin tin Tin tin tin tin tin Tin tin tin tin tin

(paroles de John Williams)"

"Dans une Galaxie loin d'ici, les Ewoks se remettent d'une nouvelle nuit de débauche."

"Ils ont fêté la victoire et maintenant, leurs poils frisent"

"Mais une nouvelle menace va bientôt menacer la galaxie".

"Une menace menaçante"

"Heureusement, Luke et ses amis veillent au grain"

- Qu'est-ce qu'y a écrit, Maman ?

- Euh... La guerre est finie. Mais elle va repartir.

 - You mess with the wrong Wookie, Motherfucker !

- Et là ?

- Il lui dit qu'il va se venger, chut !

- You know how they call a quarter pound cheese on Tatoïne ?

- Ils discutent épicerie galactique, tais-toi..."

- Go ahead, Jedi punk, make my day

- C'est lui Dark Vador ?

- Non Dark Vador, il est mort, chut maintenant.

- Mais depuis quand ?

- Depuis qu'il est mort. Tais-toi, tu gênes tout le monde. 

Mais ce petit lapin s'en fout comme de l'an Carotte.

Il ne parle pas un mot d'anglais, il ne sait pas lire les sous-titres et il est venu au cinéma regarder un film qu'il ne comprendra jamais parce qu'il n'a pas vu toute la saga. Les tenants et les aboutissants lui échappent. Mais ce n'est pas grave.

Tant qu'il peut gâcher MA séance.

L'un des cadres sup a rallumé son téléphone et checke son profil Facebook.

- T'as remarqué le casque du droïde, c'est un hommage au comics des années 70...

Maintenant que le petit s'est mis en veilleuse, c'est l'érudit qui prend le relais...

- Et c'est Guillermo Del Toro qui fait un caméo. Là, en flou !

J'ai l'impression d'être au spectacle de Guignol. Devant moi, deux des ados se déplacent vers les deux filles.

Aussi discrets que des yamakasis.

L'un tente même la roulade et la rate pathétiquement.

Resté seul, le troisième ado se console en ouvrant un paquet de bonbons.

Lentement.

Le plus lentement possible.

Pourquoi être désagréable une seconde quand on peut polluer pendant cinq minutes ?

Une fois qu'il a bien ouvert son paquet, il glisse sa main dedans.

Lentement.

Encore plus lentement.

Il fait du Taï Chi gourmand.

- Dark Vador was my master. And I'm the new hope...

- Nan mais franchement, il est pas trop chemo le méchant ? Sérieux ?

Trop occupés à se bécoter, les autres ados n'ont plus l'esprit critique.

- Pourquoi le monsieur, il a des boutons ?

- C'est pas des boutons, c'est des poireaux, chut !

Je n'en peux plus.

- Moi, j'aime bien ce style...

- Toi, t'aimes les thons !

Faut que je me retienne.

- Au début, ils avaient pensé à De Niro. Pour faire un coup, tu comprends.

- Il reste des Dragibus ?

- C'est le fils de Dark Vador alors ?

- C'est plus compliqué, chut...

Il faut que je pense Jedi.

- Y a Fatou qui me demande où on est, je lui réponds ?

- T'as compris l'hommage à la pré-trilogie ? Quand il a parlé de la République, t'as entendu ?

ça ne peut pas continuer à durer. 

- Pourquoi Han Solo, il est vieux ?

- Parce qu'il a vieilli, chut...

- Mais Chewie, il a pas de poils blancs ?

- Il a la pelade, silence maintenant, tu gênes le monsieur.

- T'as qu'à lui dire qu'on s'est isolés pour bosser.

- Clin d'oeil à Harryhausen, t'as vu ?

- J'ai soif. Vous avez rien amené ?

J'avais prévenu, je ne cèderai pas.

Malheureusement, je n'ai pas pu tenir. 

Il a fallu que je gueule sur tout le monde.

Que je rappelle à tous qu'on n'était pas venu ici pour beurrer les moules.

Que s'ils voulaient parler devant le film, ils pouvaient attendre de le louer en DVD.

Et que ça faisait vraiment chier d'avoir autant de cons dans une salle de merde pour regarder un film à la con.

La sécurité est rapidement intervenue.

Tous les autres ont pu tranquillement papoter, se bécoter, demander des infos, grignoter des chips, répondre à des pokes pendant que moi, j'étais viré comme un malpropre.

ça m'a foutu les glandes.

Mais c'est pas grave.

Je l'avais vu.

Je pouvais en parler.

Au pire, j'inventerais pour la fin.

J'ai qu'à dire que Luke a enfin retrouvé sa maman. 

La boucle est bouclée. 

Tout ça, ce n'est qu'une histoire de famille. 

Dans le prochain épisode, il rencontrera son oncle. 

C'est comme un Pialat mais avec des effets spéciaux.

Tout cela finira par un grand repas de famille.

Et à la fin, tout le monde s'engueulera.

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13 mai 2016

Petit moment de grand malaise

Fred HEMANS Panini Sporting Hasselt 1980

- Vous avez regardé le match, hier...

Je regarde autour de moi, pour être bien sûr qu'il s'adresse à personne d'autre.

- Franchement, c'était abusé ou pas ?

J'ai beau être le seul occupant, j'émets l'espoir qu'il parle via son oreillette.

- Moi, je vais vous dire franchement, j'ai trouvé ça... Je sais pas comment vous dire...

Parce que je suis un homme, je suis censé aimé le foot ?

Il faut que je le connaisse sur le bout des doigts ?

Je ne pourrais pas avoir une grande passion pour l'Eurovision à la place ?

Et si moi aussi, je lui balançais "Vous avez vu la Lituanie, franchement, leur chanson, c'est abusé non ?", quelle tête il ferait mon chauffeur ?

Il y a tant de choses à aimer dans le monde : les gens, Paris, la musique, les bons films. Même le mode de fonctionnement des photocopieuses me parait plus passionnant que l'analyse d'un match de foot.

Sans compter que je n'ai pas pratiqué ce loisir depuis le CM2.

- Alors ?

Le réseau déconne, je ne saurais jamais qui a joué. Tant pis. J'utilise mon joker.

- Non, m'enfin y a deux écoles...

Je laisse glisser ma phrase d'un air entendu. L'air de celui qui voudrait qu'on lui foute la paix.

- Scusez-moi, la première mi-temps, c'était quand même bien de la merde.

Il me fixe à nouveau, attendant mon avis.

Je ne sais pas, ça doit être ma tête. Les gens me prennent pour un expert. Ou alors, RMC est en grève. Il est en manque. Il a besoin de refaire le match. Après tout, quel homme n'y connait rien en foot ?

- Non mais, ils ont laissé passé des occasions, c'est sûr. En même temps, faut se mettre à leur place, les débuts de match, c'est toujours pareil. On court après le ballon. On le rattrape. Puis, on le reprend. Et puis.... Et puis, on marque voilà. Enfin, quand on peut. Enfin sauf là... C'est épuisant, quoi...

Aux regards qu'il me lance, je sens bien qu'il commence à douter.

- Mais vous êtes plutôt de quel côté ?

-Ben, côté passager... (il est con ou c'est moi ?)

- Non, je veux dire, vous êtiez pour Chelsea ?

- Chelsea ? Non, j'ai essayé de la regarder mais, je sais pas, elle m'insupporte. Elle est trop....

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Il me lance un drôle de regard. J'ai l'impression qu'il ne comprend pas. Je vais tenter une autre approche.

- M'enfin, j'ai aimé un moment. Quand j'étais plus jeune. Au lycée. Comme tout le monde. Mais les goûts changent. Et puis j'ai déjà été Charlie alors...

- Moi, c'est mon équipe. C'est pour vous dire comment je suis dégouté...

- Ben oui, mais voilà, mais quand on choisit mal, c'est ce qui arrive, mon petit monsieur.

J'ai bien senti que le "petit monsieur" était moyennement passé. En même temps, il a voulu se la jouer entre hommes, c'est à mon tour de le rabaisser un peu.

- Ma mère me disait toujours "Quand on joue, on perd toujours à un moment" et je pense qu'il y a une belle morale à tirer de tout ça...

Je ne sais pas s'il rumine la sagesse de mes paroles mais je me sens quand même obligé de ponctuer le silence d'un "Voilà, voilà", ne serait-ce que pour maquiller la gêne qui s'installe doucement dans l'habitacle.

-En fait, vous avez pas eu le match...

-Mais si, je l'ai vu. J'ai loupé le début, j'avais du travail, j'étais occupé, j'ai pas vu l'heure et puis c'est tout. J'ai vu la deuxième mi-temps, ils étaient frais comme des gardons, je pouvais pas me douter pour la première mi-temps... 

- Et alors, qui a gagné ?

- Ben, euh... Tout... Tout le monde ?

Il a l'air d'y croire moyen.

- C'était un match amical. C'est pour ça, c'est... Ben sinon c'est vexant , on reçoit les gens, on leur met la pâtée ça met une mauvaise ambiance. Alors que là,  c'est la fête... Tout le monde a gagné... Tout le monde rentre contents.... "L'esprit du sport est sain et sauf" comme dirait Jacques de Coubertin.

- Pierre, plutôt...

- Non, Jacques, son frère...

Dans son regard, je sens comme une curiosité.

Voilà à quoi ressemble un homme qui n'aime pas le foot.

Peut-être même que je n'aime pas le sport dans son ensemble.

S'il ne conduisait pas, il aurait pris une photo pour montrer à ses copains.

Au lieu de ça, il essaie de mémoriser mon visage pour bien le décrire.

- Vous pouvez m'arrêter là ?

Dans sa manière de me rendre la monnaie, j'ai bien senti que j'avais changé de classe.

Quand je suis arrivé, j'étais Don Draper. Maintenant, je suis à peine Jean Lefebvre.

Je suis devenu amusant, comme un enfant qui aurait mal grandi.

Un enfant de quarante et des ans.

- Ils ont tous eu une bonne note alors ? me lance t'il amusé avant de reprendre la route.

J'arrive au bureau, j'ai une revanche à prendre. Il est temps de montrer mon domaine de compétence.

- C'est marrant cette plante, elle fleurit même en hiver...

- C'est normal, c'est du plastique...

Jusqu'à la fin de la journée, mon domaine sera celui du silence.

Comme ça, je suis sûr de ne plus dire de conneries.

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25 mars 2016

Un petit plat de résistance

 

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Quelque chose a survécu au fond de cette bouche.

Un petit rien de résistance qui refuse de mourir bêtement découpé, tranché, mâché, digéré.

Englouti c'est pas une vie, se dit-il.

Même s'il n'est plus qu'un morceau de lui-même, il lui reste cette part d'orgueil qui lui permet de s'accrocher. 

Il s'est même trouvé un abri.

Un espace entre deux dents.

Un petit nid rien qu'à lui.

Un abri où refaire sa vie. 

Il y est certainement depuis quelques jours.

Le temps de prendre ses aises.

De bien s'imprégner du lieu.

De rêver d'un monde meilleur.

En attendant, il faut alerter. 

Prévenir qu'il est encore en vie.

Alors, il envoie des signaux. 

Des signaux olfactifs.

Des signaux qui vont droit dans ma direction.

Et ces effluves matinales venues d'une matière décomposée coincée entre deux incisives mal nettoyées me retourne gentiment l'estomac.

Je tente de croiser le regard de mon souffleur mais ses yeux sont fermés.

Il est plus occupé à mener un combat intérieur qu'il ne semble pas gagner qu'à se rendre compte qu'il distribue généreusement son haleine aux passagers de la rame.

Il respire la souffrance gastrique.

La douleur lanscinante l'empêche de fermer sa bouche. 

Il l'aère.

Dans ma direction.

Si l'homme daignait tourner la tête, je retrouverais un instant les effluves érotiques du métropolitain.

L'envoutant parfum des aisselles fraichement lavées.

Ce mélange eau de toilette-peau morte qui donne le La des bonnes journées de travail. 

Mais mon compagnon de trajet ne bouge pas d'un iota.

Pire, il ouvre un peu plus la bouche. 

Et là je comprends que le survivant n'est pas seul.

C'est toute une colonie qui vit ici.

De ma vue imprenable, je serais le mieux placé pour y faire le ménage.

Ni vu, ni connu, je passerais le fil dentaire.

Un petit pschiit pour l'haleine.

Et le voilà devenu un nouvel homme.

Malheureusement, je n'ai rien sous la main.

Et Il faudrait des kilomètres de fil pour déloger tout le monde.

J'en suis là, à explorer les différentes espèces coincées dans sa bouche quand il ouvre un oeil.

Par réflexe, il recule.

Un geste malencontreux qui donne le départ à un morceau qui fonce dans le mauvais trou. 

Le voilà qui devient rouge, qui s'étrangle et qui tousse comme un crapaud prêt à exploser. 

Ce qui n'était qu'une simple bataille se transforme en révolution.

Tous ensemble, les survivants tentent de mettre le bourreau à mort.

Mais il résiste et dans un grand raclement, expulse d'un coup une partie de la mutinerie. 

Laquelle atterrit comme il se doit, sur mon épaule. 

J'ai reçu la médaille du courage et elle est composée de viande prémâchée.

"Je suis désolé, je vais..."

D'une main, il époussette mon costume, étalant les restes comme si j'étais une vulgaire tartine. 

"Il faudrait tamponner, en fait, parce que là..."

Je confirme d'un mouvement de tête.

Je ne veux pas qu'il continue à me parler.

D'autres morceaux sont encore coincés.

La bataille est gagnée mais la guerre n'est pas finie.

Et je ne suis pas encore prêt à acceuillir d'autres survivants.

Je descends du métro.

En mémoire de tous ces semi-morts, je ferais l'effort ce midi d'être végétarien.

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28 janvier 2016

Les Oscars du Film de Bricolage

108263399- Amis de la Crevette, bonjour...

- 'Jour à tous...

- Si nous sommes de retour aujourd'hui, ce n'est pas pour vous vendre un vulgaire objet de plus mais bien pour vous parler d'une nouvelle importante...

- C'est clair...

- Une nouvelle qui va peut-être, certainement, sans aucun doute, révolutionner le monde du cinéma français...

- Je dirais même le cinéma international...

- J'oserais même dire, mondial  !

- Ose, Jim. C'est la même chose...

- On ne va pas tourner autour du pot. Cette année,  une nouvelle catégorie de cinéma va enfin connaître la consécration.

- Waouh, dis-m'en plus, Jim, je bous d'impatience.

- Le cinéma classique peut trembler sur ses fondements, les films de bricolage vont enfin avoir leur propre remise de prix.

- Les films de bricolage ?

- Qu'on aime ou pas, c'est toujours un vrai moment de cinéma.

- Un cinéma que je ne connaissais pas...

- Qui n'a jamais pleuré en voyant cet acteur nous expliquer comment peindre un plan de travail ? Faut-il être insensible pour ne pas voir la beauté de cette scène où une actrice pose un enduit.

- Ben, disons que moi, personnellement...

- Ce cinéma proche de nous, et tellement utile, a enfin la reconnaissance qu'elle mérite. C'est pourquoi je suis fier de vous donner le nom des heureux gagnants de cette première édition. Mais tout d'abord, le César d'honneur revient à un homme de talent. 

- Je ne dis pas que ça me laisse insensible mais...

- En 1960, il s'est fait remarqué pour avoit été l'homme qui changeait son pneu. Longtemps, il a poncé-enduit des meubles en tout genre. Dans les années 2 000, il a incarné avec brio le bricoleur qui met de la mousse expansive.  Il mérite largement sa récompense, André Garcin, l'homme qui ponce à pic !

- ... disons que je préfère voir ça sur grand écran.

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- Une récompense fort méritée pour un homme qui est passé à deux doigts de la gloire.

- Honnêtement, j'avais jamais entendu parler de lui...

- Le film de bricolage a longtemps été vendu sous le manteau. On a voulu le faire taire, on a voulu le cacher mais aujourd'hui plus personne ne pourra dire "je ne savais pas".

- C'est vrai que dit comme ça...

- Le César du meilleur acteur revient à un homme... que dis-je... à un artiste qui a su dévoiler tout une gamme d'émotions en même temps qu'un panel de technique pour emboiter les éléments les plus récalcitrants. Il nous a donné des moments forts. On lui reconnaît un certain charme. Certaines personnes traineraient même dans les rayons pour apercevoir son fameux coup de visseuse/ dévisseuse, vous l'avez compris, je ne parle de personne d'autre que de Jean Benoit Saint Jacques.

- ... ça donne vachement envie, en tout cas.

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- Bien sûr, on a souvent dit que le milieu du film de bricolage était un milieu excessivement sexiste. Oui, mesdames, vous avez souvent revendiqué le droit d'apparaitre un peu plus dans des films de travaux.

- C'est vrai que sans les femmes...

- Et bien sachez que ce n'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd. Les femmes doivent aussi représenter la société dans sa diversité de... ben...

- De femmes ?

- Non... je... ah, je l'ai sur le bout de la langue... Bref, grâce à vous, on sait que le monde du bricolage possède aussi cette petite touche de charme et de poésie féminine qui fait que la pose d'une applique devient quelque chose d'éminemment sensuel tout en gardant la finesse et l'élégance que ces rustres d'hommes n'auront jamais. 

- J'en chialerais presque tellement c'est beau, Jim.

- Cette année, pour représenter la diversité du monde grâce au personnel féminin, il nous fallait une actrice qui connaisse la technique du bricolage sur le bout des ongles, quelqu'un qui envoute les coeurs à chaque fois qu'elle pose une dalle, quelqu'un qui soit un modèle pour toutes les femmes, je veux bien entendu parler de la belle Milla.

- Et son nom de famille est ?...

-(Commence pas à m'emmerder avec ce genre de détail !).

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-Le cinéma, c'est aussi un passage de relais. Il ne serait rien si nous ne pointions pas le talent de la future génération. Cette année, il n'y a pas eu débat. Il n'y a eu qu'un seul choix, celui du petit Quonquon dans le film "Le vieil homme et le chauffe-eau".

 

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- Enfin, le cinéma de bricolage n'est pas là que pour divertir...

- Il sert surtout à apprendre... -

- C'est aussi l'art de dénoncer, l'art de mettre en évidence les sujets qui fâchent. Derrière chaque mode d'emploi, il y a un acte de résistance citoyen...

- C'est vrai qu'en un coup de marteau, on prend la température du monde.

- Cette année, le meilleur film de bricolage est un film qui n'a pas peur de dire la vérité. Il est un miroir qui dérangera certainement les puristes mais qui ne laisse en tout cas personne indifférent. Cette année, la claque du cinéma du film de bricolage va forcément à ce chef d'oeuvre qu'est "Les Polyamours en chantier"

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- Un bien beau film, Jim.

- Et avec de l'érotisme, qui plus est !

- Il est maintenant l'heure de refermer cette page. Nous sommes heureux de vous avoir fait connaître ces quelques perles d'un cinéma trop souvent ignoré...

- D'un cinéma de qualité, même...

- On se retrouve prochainement pour parler de tout autre chose... Amis de la Crevette Domestique, à la prochaine !

- 'Lut !

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Posté par Ranx2 à 14:24 - Commentaires [1] - Permalien [#]

24 janvier 2016

La lesson de vocabulaire

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- "Les chauves-souris émettent des ultrazons."

- On dit "ultrasons", ma chérie

- Ben non. 

- Ben si.

- Ben ça se peut pas...

- Mais c'est quand même comme ça qu'on dit...

A son regard, je comprends qu'elle a un peu pitié de moi. J'ai quitté le CE1 depuis trop longtemps. Je ne me souviens plus des bases. En bonne samaritaine, elle est prête à me les rappeler.

- Si c'était "son", il faudrait deux "s".

Elle hausse les épaules, manière de dire "t'es un peu concon mais je t'aime bien quand même". De mon côté, je reste calme, diplomate. Le français est une langue remplie d'exceptions prêtes à nous sauter à la figure.

Alors avant que ça n'explose, je respire un grand coup et commence à démêler les fils.

- Alors... C'est vrai... Tu as raison... Ce que tu dis n'est pas faux..

Rassurer le fil bleu.

- Mais en fait, c'est faux.

Pour mieux couper le fil bleu.

- Parce que tu vois, dans le français...

- Mais papa, vraiment....

Elle roule des yeux. A croire qu'elle a fait l'école Paris Hilton de dramaturgie.

- ... tout le monde sait qu'un seul "s", ça fait "z".

- Oui, tout le monde sait mais...

- Donc, c'est bien ce que je te dis, on dit "ultrazon" !

Je tâte la clé autour de mon coup. Vu son ton, j'hésite à l'utiliser.

- Tu dis pas "un bisson". Et tu ne fais pas des "bissous". Et tu n'es pas un "imbézile"...

Elle me cherche. Je le sens bien. Elle me cherche. Je détâche ma clé, l'a tiens en main au cas où...

- On ne dit pas "bisson" mais on dit "ultrason". C'est comme ça, c'est con, mais c'est la règle.

- Quand on est un adulte, on ne dit pas de gros mot, s'il te plaît...

Je sers fort la clé dans ma main, essayant de ne pas perdre mon calme.

- C'est... débile... mais c'est la règle.

Regard noir.

- Idiot ?

Regard méprisant.

- Bête ?

Regard condescendant.

- Mais c'est comme ça...

Elle tourne sur sa chaise, je ne mérite plus son regard.

- C'est comme ça pour toi, mais à l'école...

Je la retourne vers moi, qu'elle me fasse face.

 

- C'est comme ça partout. Un point, c'est tout.

- Partout, si tu veux.... 

Voilà, j'ai gagné la partie, plus besoin d'utiliser la clé.

- Mais à l'école, c'est différent.

Je n'ai plus le choix, je tourne la clé.

- Et nous, on apprend à lire TOUTE la journée...

J'ouvre la boîte.

-  Alors que toi, t'apprends plus rien à ton travail...

J'active le code secret.

- C'est pour ça, tu peux plus savoir.

Elle me tire la joue tandis que j'approche ma main du bouton rouge.

- Parce que franchement, faut être débile pour dire ultrasons quand il y a un qu'un "s".

Elle ne me laisse pas le choix.

- NON MAIS TU SAIS A QUI TU PARLES ?! SI JE TE DIS QUE C'EST UNE EXCEPTION, C'EST PARCE QUE C'EST UNE PUTAIN D'EXCEPTION !!!  ET LE FRANCAIS, JE LE PRATIQUE DEPUIS PLUS LONGTEMPS QUE TOI, MERDE ! ALORS C'EST PAS UNE GAMINE QUI... Ben... Où tu vas ?!

- Je te laisse, toi et ta colère...

- Mais, j'ai pas fin...

- Ce n'est pas en hurlant qu'on devient plus intelligent...

Je... Je n'ai pas de réponse. Je pensais avoir déclenché les hostililités atomiques, m'attendant à la retrouver à terre, sonnée, prête à découvrir les règles et les exceptions de la langue française. Au lieu de ça...

- Et ta grossièreté, pardon, hein... Mais franchement...

A son regard, je comprends "Ce n'est pas digne de toi".

- Alors, je te laisse, cinq minutes. Et je reviendrais quand tu seras calmé. D'accord ?

Je rêve où elle me fait la leçon ?

- Ben... je...

Elle soupire un peu pour la forme, roule des yeux avant de me fixer droit. Son regard pèse lourd. Je n'ai plus le choix.

- D'accord...

- Bien... J'espère que ça t'apprendra la zagesse.

- la Sag...

 

Pas la peine de continuer, elle est déjà partie.

J'ai comme l'impression qu'elle m'a punie.

Encore un peu et je finissais au coin pour mauvaise conduite et écart de langage.

ça me surprend toujours mais elle a cette qualité que je n'ai pas. 

Non pas la patience.

Mais simplement l'autorité.

 

 

Posté par Ranx2 à 11:59 - Commentaires [2] - Permalien [#]

31 décembre 2015

La parenthèse numérique

Subway

J'en ai encore croisé une hier.

Une vieille dame qui jouait avec son téléphone, tout droit sorti du début du siècle.

Les autres passagers ont fait mine de regarder ailleurs mais elle était le centre d'attention du wagon.

ça a duré quelques secondes, le temps de regarder son écran noir, de jouer avec le reflet, de vérifier que le réseau n'était pas revenu. Depuis le temps, c'était devenu un tic dont les enfants se moquaient. Ces petits vieux avec leurs technologies, toujours à espérer que ça remarche. Finalement, elle a levé un oeil vers nous. Nous avons lâchement détourné le regard. Elle a soupiré pour la forme, nous a insulté dans sa barbe, avant de ranger son jouet et de perdre son regard dans le noir du tunnel. Comme à chaque fois, c'était touchant et pathétique. Elle s'est mise à renifler, je crois même qu'elle pleurait en silence, certainement en se rappelant son époque où le monde était connecté, où le wagon entier avait le regard perdu entre ses mains, envoyant un message, jouant à faire tomber des briques ou regardant une série, chacun le nez sur son écran.

Peut-être a t'on su ce qu'il s'était passé. Quand j'était petit, tout le monde avait sa théorie : pour certains, c'était l'oeuvre des terroristes. Pour d'autres, c'était une conséquence de l'état d''urgence. Pour les plus délirants, c'était un coup des extraterrestres. Les soirées tournaient presque toujours autour de ce thème, de la disparition du réseau. Comme personne ne pouvait prouver ce qu'il annonçait, ça se terminait souvent en engueulade. Quand les adultes en venaient aux mains, ça ne durait pas bien longtemps. On nous changeait rapidement de pièce pour ne pas assister à ce spectacle. Nous collions nos oreilles contre la porte pour en profiter un peu.

Les adultes fondaient en larmes, se faisaient mille excuses, mettaient ça sur le coup du stress, sur tout ce qu'ils avaient perdu. Venaient ensuite les grandes déclarations, "les seuls amis qui restent", les vrais, ceux dont ils avaient encore des nouvelles et qu'ils ne voulaient surtout pas perdre de vue. Les autres étaient effacés depuis que le réseau avait disparu.

Quand ils essayaient de nous en parler, les adultes expliquaient qu'ils se sentaient abandonnés. Pourtant, rien n'avait vraiment changé. Il n'y avait pas eu de guerre, pas plus d'attentat que d'habitude. Et aucun vaisseau ne nous avait attaqué. Les gens continuaient à prendre le métro, à aller au travail. Simplement, ils avaient naïvement cru que le réseau serait infini, qu'il seraient toujours plus performant, qu'il irait toujours plus vite. Personne n'avait jamais pensé qu'il s'arrêterait d'un coup.

J'ai un vague souvenir des premiers jours sans réseau. Les usagers avaient l'air perdu, ne sachant plus où poser leur regard de peur de croiser celui du voisin. Certains ont ressorti leurs livres, d'autres ont déplié leurs journaux, le plus discrètement possible afin de ne pas déranger. Mais c'était inutile. Tout le monde était attiré par les informations. D'autres ressortaient leur écran, un peu honteux, afin de vérifier que rien n'avait changé.

"Vous y croyez, vous, à ce qui est écrit ?!" Au fur et à mesure, les voyages ont commencé à s'animer. "Ne me dites pas que vous lisez cette merde. Y a pas mieux pour vous faire croire que tout va bien !". Comme pour les soirées, les transports pouvaient rapidement déraper. "Quelle genre de connard il faut être pour lire ce genre de conneries ?". Parfois, les gens se mettaient dessus. On était obligé de les séparer. Je me souviens encore, j'adorais les jours qui suivaient, quand ceux qui s'étaient battus la veille se retrouvaient quelques jours plus tard, obligés de reprendre chaque jour le même train pour aller travailler.

Il y en avait deux, notamment. Dans mon souuvenir, ils se sont méchamment mis dessus. Pendant une grosse semaine, on ne les a pas revu. Et puis, ils sont revenus. La première fois, ils ont fait mine de s'éviter. Mais à force, ils n'ont pas eu d'autre choix que de se parler. Le plus petit des deux s'est moqué de la cicatrice de l'autre. ça aurait du déraper. Pourtant, ce dernier s''est mis à rire, d'un rire communicatif. On a bien tenté de se retenir mais non, tout le wagon était pris d'un fou rire. Les deux hommes ont fini par pleurer. Ils se sont tombés dans les bras. De ce que j'en sais, ils sont devenus inséparables.

La vieille dame s'est levée. Par réflexe, elle a tâté son appareil.

Ma grand-mère parlait du réseau avec des étoiles dans les yeux. Le savoir était à portée de main, tout le monde communiquait, on recevait des messages du bout du monde. J'imagine ça comme un super pouvoir. Ils avaient tout ce qu'il fallait pour changer le monde. Au lieu de ça, ils photographiaient des gâteaux, ils exposaient leurs journaux intimes, ils s'envoyaient des blagues sur les impôts.  Ils auraient pu faire de grandes choses. Mais ils étaient trop occupés. Quand je demandais "par quoi", ma grand-mère haussait les épaules. Elle ne savait pas.

Une dernière fois, la veille dame a regardé son portable. Elle a eu l'air surprise.

"Il est revenu ?".

Personne n'a voulu la regarder.

"Le réseau ! Il est revenu !"

Nous étions tous un peu gênés.

"Vous m'entendez, bande de cons ?! Il est revenu !".

Nous avons fait comme si de rien n'était.

Finalement, elle s'est arrêtée, déçue de voir notre manque d'enthousiasme.

Les portes se sont ouvertes, elle est descendue, le dos courbé, fatiguée.

Le réseau était peut-être revenu.

Mais franchement, qui s'en soucie ? 

De toute façon, à part les vieux, personne ne pouvait le vérifier...

 

Posté par Ranx2 à 13:21 - Commentaires [2] - Permalien [#]

28 décembre 2015

Le réveil virile de la force

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- Amis de la Crevette, bonjour !

- 'Lut !

- Je suis Jim et voici mon ami Fred !

- 'Chanté !

- Si nous sommes là aujourd"hui, c'est pour vous partager avec vous un produit miracle qui va particulièrement parler à tous les adeptes de la Guerre des Etoiles...

- C'est plutôt "les Guerres de l'Etoile", Jim...

- Et par là, je ne parle pas des petits jeunots qui vont découvrir la fabuleuse histoire de la dernière trilogie dont le premier volet met un bon fiste à la dernière trilogie qui était la première avant celle des les années 70...

- ... parce que techniquement, c'est plutôt de l'Etoile Noire dont on parle...

- D'aucun préfère parler de préquelle mais c'est une tambouille de conneries et on ne va pas se prendre la tête avec ce genre de détails sans quoi on va passer la nuit à disserter sur un monde qui n'existe pas.

- ... ce qui explique que la nouvelle Etoile soit plus grosse...

- Parce que pour l'ordre, merci hein, mais personne comprend rien !

- ... Et si on reste logique, au tout début, ils auraient dû se battre contre un caillou menaçant de la taille d'un melon...

- Mais tout ça, c'est politique et compagnie et on sait bien où ça va et qui en profite. Alors à un moment, il faut savoir dire stop !

- Si la menace était un parallélépipède rectangle, le titre aurait été bien différent.

- Tout cela, c'est bien beau mais ce n'est pas le sujet d'aujourd'hui. Car oui, les puristes l'ont bien remarqué, la Force a quelque peu perdu de sa superbe. On se souvient qu'avant, c'était la fête du sabre, et vas-y que je folâtre dans les bois avec les autochtones poilus, et je te parle même pas des soirées SM en compagnie de grands chauves baveux...

215855_718713899620_19909739_37081561_4820316_n-C'était une autre époque, Jim...

- Une époque où on testait des trucs, oui. Et j'aime autant te dire qu'on n'avait pas peur d'expérimenter sa sexualité !

Carkoon_pitParfois, on chopait des trucs mais au moins, c'était marrant !

- Alors bien sûr, aujourd'hui, les héros ont pris un coup de vieux et la force n'est plus aussi...disons... vigoureuse qu'avant. 

- Suffit de regarder son Wookie pour se rendre compte du problème...

- ça, il est moins... Enfin, il n'est plus...

- Disons pudiquement que le petit gars s'est tassé au fil des années...

Star_Warsça, c'est un wookie de gagnant ou je ne m'y connais pas !

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Aujoud'hui, votre Wookie a quand même perdu de sa superbe.

- Bientôt, il sera tout petit et pourra rejoindre ses copains de la forêt...

 

solo-ewok-captureCe n'est pas parce qu'on a un petit Woookie qu'on n'a pas d'imagination

 

- Alors, on va pas se mentir, ça pèse un peu sur votre couple...

- Disons que c'est une crise naturelle...

- Une crise qui fait chier, oui...

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- Sans compter qu'au final, on est vite remplacé par la technlogie...

537920Ce petit droïde est une vraie ode aux plaisirs solitaires. Et tant pis si ça dégoûte les jeunes !

- Avec tout ça, Jim, c'est la dépression assurée...

- Si on n'y fait pas gaffe, c'est sûr. Heureusement, à tout problème, il y a une solution.

- Comment ça, Jim. Tu veux dire qu'il existe un remède ?

- Et comment !

- Dis-moi en plus, Jim, je boues d'impatience...

- C'est bien simple, nos chercheurs ont mis leurs meilleurs experts au travail pour créer une substance chimique permettant à tous de redonner un rien de puissance à tous ceux qui ont un jour eu la force de se donner l'énergie d'avoir la vigueur de développer un rien de puissance....

masters-of-sex-102Alors bien entendu, ce n'est pas toujours une partie de rigolade

- Une sorte de Viagra, quoi ?

- Oui, c'est à peu près exactement ça... 

3199-1Vas-y, tu veux de la force, papy ?

- Et le pire, c'est que ça marche. On peut même dire que ça court !

- ça, plus personne ne peut vous arrêter...

 

548909- Autant vous le dire tout de suite, vous allez vous la donner comme un beau diable...

- C'est sûr, la force va bien se réveiller...

- Et c'est reparti pour les petits jeux coquins

finn-new-star-wars-teaser5-large- Et c'est reparti comme en carotte !

- Je crois que tu veux dire "comme en quarante", Jim...

- N'exagère pas, même bien remonté, ça fait quand même beaucoup...

- C'est une référence à l'histoire... Tu sais, les nazis, la guerre, la résistance...

- Entre nous, on s'en fout. Si tu veux de l'histoire, va voir les Bogdanoff.

- Je ne crois pas que ces deux frères soient vraiment...

- C'était Jim et Fred, pour la Crevette Domestique. En espérant avoir bien réveillé votre force !

- Faites attention quand même. Et surtout, protégez-vous !

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Posté par Ranx2 à 12:48 - Commentaires [0] - Permalien [#]