crevette domestique

16 octobre 2014

Qui sème le vent...

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Octobre, midi.

Nous profitons de la douceur du soleil pour manger en terrasse. A coté de nous, quatre peintres en batiment terminent leur café. L'un d'eux, bonnet sur la tête, se roule une clope en face de moi avant de m'envoyer la fumée en pleine figure. J'hésite à lui dire. J'ai peur qu'il se vexe, qu'on en vienne au main, que je lui montre à quel point je lui suis supérieur, maitrisant parfaitement toutes les techniques de combat, et puis bon, c'est un peu de ma faute, fallait pas manger en terrasse, ils ont bientôt fini, tout ça ne sera bientôt qu'un mauvais souvenir.

En attendant qu'il termine sa clope, je profite comme je peux de ce moment, crachotant parfois le nuage que j'aspire involontairement. ça ne dure que quelques minutes. Bientôt, il écrase sa clope. tout cela n'est plus qu'un mauvais souvenir.

Et comme un bonheur n'arrive jamais seul, nos plats arrivent. Un bête croque-monsieur que je vais me dépêcher d'engloutir. Je goûte un peu et m'apprête à rajouter du sel.

A côté de moi, le peintre retire son bonnet, se passe la main dans ses dreadlocks. Et d'un coup, il neige sur mon plat. Un vent de pellicules vient se poser en douceur sur mon croq'. Impossible de différencier ce qui vient des cheveux, ce qui vient de la salière.

- Alors, il mange pas le monsieur ?

- Non, c'est pas ça, c'est que...

- Il est pas assez chaud soon croq' ?

- Non, seulement...

- Il a un goût ?

- Oui, voilà...

Le serveur en coupe un morceau, le mâche quelques instants et hausse les épaules.

- Il est comme d'hab'

 

Comme d'hab... Avec un petit truc en plus. Le secret du chef que je ne lui révèlerai pas.

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07 octobre 2014

Wesh Culture, l'émission qui vous met bien avec les écrivains

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– Bienvenue la famille sur Wesh Culture, on va se passer un moment avec nos chroniqueurs qui vont nous parler de livres qu'ils ont lu en entier. Le premier, Manu Spontex, ça va ou bien ?

– Ça va, ça va...

– Tu va nous parler d'un livre qui existe depuis...

– Depuis Mathusalem... Et encore. Peut-être même avant la Bible...

–  Ouais. « Le Petit Prince »...

–  Rien à voir avec le Duc de Boulogne...

– Ouais, c'est chaud, ça se passe dans le désert et ça se passe ici, dans Wesh Culture.

–  Ouais, « le Petit Prince ». Bon, déjà, le gars, c'est un aviateur. Alors tu dis, ça va parler moteur. Ça va être « Pimp My Ride » dans les airs, tu vois... Comment il a customisé ceci, comment il a trafiqué cela, tu vois ?

–  Ouais...

–  Et ben en fait, pas du tout, le keum, il te parle dessin. Je te jure, comme un putain de prof d'arts plastique. Et même pas, il dessine bien. Non, il est nul. Il dit « je sais pas dessiner mais tu vois, je te fais un serpent qui digère un éléphant ».

–  Ouais mais après, c'est plus tranquille, non ?

–  Même pas ! Il tombe en panne, il est dans le désert. Il répare son moteur. Et là, y a un gamin qui lui dit « Dessine-moi un mouton » !

– Et le gars, il s'étonne pas ?

– Mais non ! Je sais pas, tu croises un enfant dans le désert, tu cherches ses parents. Mais lui, même pas, il se demande juste pourquoi un mouton...

– Moi, j'aurais demandé un loup...

– Mais ouais. Mais il dit, « vas-y, file-moi une feuille », il lui dessine et le gamin, tu sais ce qui dit ?

– Non...

– Il dit « Vas-y, c'est n'importe quoi ce que t'as fait. T'appelle ça un mouton ? Franchement, tu me décois...

– Et il lui en met une ?

– Même pas ! Il prend le dessin, il fait un carré, il dit « Voilà, le mouton, il est dans la caisse, arrache-toi de là, t'es pas de ma bande, casse-toi tu pues... » et le gamin, il dit « cool la boite » et il lui explique qu'il vient des étoiles...

–  C'est chelou quand même...

–  Après il lui parle d'un serpent, d'un renard. Y a tellement d'animaux, on se croirait chez Chantal Goya..

–  Ouais... Et ça se finit bien ?

– Chais pas, il m'a embrouillé à la fin...

– Aut'chronique, Tess a lu pour nous « David Copperfield », le dernier titre de Dickens à peine pressé, déjà dans les bacs.

– Ouais, salut la famille...

– Alors, Tess, ce Dickens, il déchire non ?

– … Ben... J'sais pas mais...

– Oh là....

– Mais ouais mais voilà. Moi, j'ouvre le livre, je m'attends à trouver des trucs et astuces pour faire disparaître la tour Eiffel, Claudia Schiffer, la coke à Las Végas...

– Et alors ?

– Et alors, ils sont où les tours de magie ?! Elle est où la mannequin ?! Là, le type, il raconte sa vie. Et quand je te dis « sa vie », il te raconte même son enfance. Vas-y que je suis né, que c'était pas facile. Vas-y que je me suis fait des amis à l'école, vas-y que je grandis, que je fais des études. Mais, je veux dire... Y va où le garçon ? Pourquoi il nous raconte pas son dernier ciné pendant qu'on y est ? Moi aussi, je peux parler de mon dernier Big Mac. Et y avait de la salade et...

– Pour votre santé, mangez bougez la famille...

– Ouais... Enfin, y a une histoire. Une sorte de Gollum mais humain et puis, plein de personnages mais c'est compliqué. Heureusement, tu vois, le gars, il s'est dit « je vais pas me prendre la tête, je vais faire des courts chapitres comme ça, çui qui veut, il lit ça tranquille, il repose, il passe à autre chose et il revient quand il veut ». Sinon, ma parole, j'aurais pas continué...

– Ouais, on termine avec Sofiane...

– Ouais, la famille...

– Sofiane qui a lu « les Misérables »...

- Victor Hugo, comme mon lycée. Chais pas si c'est un pseudo mais le gars, il aurait pu faire un effort. Dans mon quartier, tout le monde connait Victor Hugo. C'est comme si je disais Boris Vian.

– J'y suis allé quand j'étais petit, l'école Boris Vian, ça craignait, premier jour, je me suis fait dépouiller. Et « les Misérables » ?

– « Les Misérables », Jean Valjean, le type, il fait de la taule, il revient, il a la rage, il veut se venger, leur mettre la misère... D'où le titre, tu vois. Il débarque à Paris, tout le monde est dans la galère. C'est les puces en pire.

– Ouais...

– Alors, il va tout casser. Il se dit « Nique la police », il y va à fond. Et les flics, ils sortent les guns, ils tuent des enfants, et Jean Valjean, ça le met bersek, c'est Hulk tu vois, il défonce tout. Tant est si bien qu'à la fin, les flics, ben, ils sont Misérables...

– Ouais... En vérité, tu l'as pas fini ?

– Vas-y, t'as vu le pavé !? Déjà « le Temps Perdu » faut que je trouve le temps alors « les Misérables », t'es gentil, ça dure trois heures au théâtre et trois ans en bouquin. Alors, je vais le télécharger et je te dirai la vraie fin, ok ?

– Ok... En tout cas, merci la famille pour ces petits conseils lecture, on va enchaîner direct avec Lord Kossity qui va nous parler de son dernier coup de cœur théâtre.... Un truc de Marivaux. En attendant, on va s'écouter un petit LP de Vivaldi, les Quatre Saisons. Respect la famille.

Wesh Culture,  l'émission qui cultive pas que de l'herbe. Spécial dédicace au salon du livre. »   

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06 octobre 2014

Fric-Frac

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La porte a été forcée et ne peut plus fermer. J'entre chez moi et découvre l'étendu des dégats. Des visiteurs sont là qui se tournent vers moi. Surpris, eux aussi. 

- C'est chez vous ?

Je confirme. J'ai encore du mal à parler.

- C'est votre voisine qui nous a prévenu. Elle a entendu du bruit, elle savait que vous étiez au travail. D'après elle, ça ne pouvait être que des voleurs.

Je regarde autour de moi.  je n'ai jamais vu mon appartement dans cet étât.

- Ce qu'on ne comprend pas, c'est pourquoi ils ont fait ça. Généralement, ils cherchent, ils renversent, ils trouvent ce qu'ils peuvent revendre et laissent le reste. Alors que là...

Alors que là, c'est incompréhensible. Même pour moi. Le policier me lance un regard lourd.

- Je devrais pas vous le dire. Mais c'est la première fois que ça nous arrive.

Je n'ose pas lui dire mais c'est la première fois pour moi aussi.

- En vous attendant, on a joué aux hypothèses. La porte fracturée ne laisse aucun doute. Ils sont entrés chez vous par effraction. Est-ce qu'ils cherchaient quelque chose en particulier, je ne sais pas...

- J'ai bien quelques objets de valeurs...

- En partant ce matin, c'était rangé chez vous ?

J'hausse les épaules, un peu mal à l'aise.

- C'était... disons... ben... comme d'hab', quoi...

- Mouais.... ça nous arrange pas...

- Y avait un ordre. Rangé à ma manière.

Il me regarde avec cet air que je connais bien, celui de se dire "quel drôle d'oiseau"

- Ce qu'on suppose, c'est qu'ils ont fouillé. Ils ont bien trouvé des trucs.

Du pied, il me montre le butin. Pas grand chose. Des bricoles de famille, une vieille montre qui n'a jamais marché, des pièces anciennes, des vieux francs. Rien d'important.

- Voyez...

Je voye.

- Après, c'est moins clair. On a bien une théorie. Mais elle est... comment dire...

- Tirée par les cheveux ?

Il confirme, rassuré de voir que l'on parle le même langage.

- On pense, à ce stade, on n'est sûr de rien, mais on pense qu'ils se sont dit qu'il y avait plus. Ils ont continué à fouiller, à jeter l'inutile, à regarder dans tous les coins. Et c'est là que ça devient intéressant.

Je suis tout ouïe.

- Je sais pas comment c'est chez vous d'habitude. Mais imaginons que ce soit pas super en ordre...

- Non mais c'est organisé, selon...

- Imaginons, je dis, que les gars se sont excités tout seul. Ils ont balancé ce qu'ils trouvaient. Et là, ils n'ont plus rien trouvé. ça parait étonnant, non ?

Vu l'état du désordre habituel, je peux comprendre que pour quelqu'un qui découvre mon rangement, cela fasse l'effet d'une jungle. 

- On pourrait dire qu'ils ont bêtement enseveli le butin.

C'est assez logique. Moi-même, je perds parfois des objets. Et c'est toujours une vraie fête quand je les retrouve.

- Et là, ils ont paniqué.

C'est un peu bête. A leur place, j'aurais simplement attendu. C'est toujours comme ça que je fais. En même temps, j'habite sur place. Pas eux.

- Ils ont re-retourné l'appart. Et ça n'a rien donné.

- Ben non, ça, la panique, ça aide pas...

Il me dévisage à nouveau. Je suis définitivement un ovni pour lui. Pour éviter le débat, je conclue, philosophe :

- M'enfin, ce que j'en dis...

- Ils ont re-retourné l'appart', donc. Et devant le manque de résultat, il ne leur restait qu'une solution.

Une solution qui s'affiche clairement sous nos yeux.

- Ils ont rangé. Ils ont mis ensemble ce qui devait être ensemble, réuni les factures, regroupé les stylos, ramassé ce qui trainait, fait une pile avec les vêtements....

- C'est assez choquant...

- Le problème, c'est que nous sommes arrivés trop vite. Ils étaient à deux doigts de retrouver ce qu'ils allaient voler. Mais à force de tout bouger, c'était tombé sous le fauteuil.

Rien que d'y penser, je retrouve le sourire.

- Cla-ssi-que ! A chaque fois, ça m'arrive. Une vraie caverne d'Ali...

Un coup d'oeil au policier qui ne me sourit pas. Je ferme la bouche. C'est lui le maître. Moi, je ne fais plus qu'écouter.

- Bref, plus de peur que de mal. Sans compter qu'ils ont presque fait votre ménage.

- Mouais, enfin, ils auraient pu passer l'aspirateur.

ça m'a échappé. Je n'ai jamais pu m'empêcher.

- Vous savez maintenant ce qu'il vous reste à faire....

Lui et son équipier me laissent seul devant ce chaos organisé. Ne reste plus qu'à porter plainte.

En attendant, je cherche l'aspirateur. Et c'est là que je comprends ce qu'il voulait dire. Ils sont arrivés trop vite. Et dans la panique, mes voleurs ont pris l'aspirateur.

Je soupire enfin et me dit que même en bordel, on n'est vraiment plus en sécurité.

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05 octobre 2014

Le crime était presque par terre

 

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Il ouvre la porte, remet sa ceinture comme il faut et tombe sur moi qui l'attend, les bras croisés. Il a l'air étonné de me voir. Je l'applaudis franchement.

- Je peux... Je peux t'aider ?

J'arrête mes applaudissements, l'heure est aux aveux.

- Pris la main dans le sac et tu oses encore me dire ça. C'est pas moi qui ai besoin d'aide. C'est toi.

- Je... Je comprends p...

- ça, tu m'auras fait marcher. Courir, même. On peut dire que j'en aurai passé du temps grâce à toi.

Il fait mine de ne pas m'écouter et s'approche des lavabos pour se rincer les mains.

- A chaque fois, tu effaçais tes traces. A chaque fois, je me demandais qui était derrière tout ça. ç'aurait pu durer longtemps. Heureusement, tu as commis une erreur. 

Je sors la fiole de ma poche. Dans le miroir, il me dévisage. J'ai désormais toute son attention.

- Ne crois pas que ce fût simple. Au contraire, cela était plus compliqué que je ne le pensais. J'ai commencé par faire des calculs, par procéder par élimination. Combien sommes-nous à l'étage ? Combien d'hommes viennent ici chaque jour faire leur besoin ? Même en supprimant les innocents, il me restait une longue lignée de coupables. 

J'ai donc décidé de m'impliquer pleinement dans l'enquête. Il a fallu que je boive des litres d'eau, que je prétexte un régime afin de ne pas éveiller les soupçons. Toutes les demi-heures, je revenais sur place, attendant à chaque fois le bon moment. Après trois semaines, j'étais sûr de mon coup, le coupable faisait son acte à trois heures et quart, TOUS les jours. Il était réglé comme une horloge, perpétrant son crime comme un coucou suisse.

J'ai placé une caméra devant l'entrée des toilettes. C'est étonnant le nombre de personnes qui viennent y faire leur besoin à la même heure. A la même minute, même. A croire qu'il n'y avait pas qu'un seul coupable. Mais plusieurs. Pendant quelques temps, je ne dormais plus la nuit, sûr d'avoir mis à jour un complot sinon international, du moins d'étage. Cette affaire commençait à dépasser le cadre de mes compétences. Ne risquais-je pas d'être en danger ? Qui pourrait être suffisament fou pour croire ma théorie ?"

Il s'essuie les mains, m'écoutant vaguement.

- Je peux y aller maintenant ?

- J'ai un ami qui travaille à la défense. Il est gardien de nuit, il a regardé toutes les séries d'espionnage. Et il sait reconnaitre une alerte quand il en voit une ! Il m'a prêté une oreille attentive. Et il a sorti, pour moi, le meilleur matériel pour vérifier ma théorie. Il a pris des risques, une enquête est même en cours pour savoir qui a volé le matériel. Mais cela n'est rien. Quand la vérité sera mise à jour, lui et moi deviendrons des véritables héros. 

- Je comprends rien à ton histoire, j'ai du boulot, j...

- Au contraire, tu comprends très bien ! Tu ne t'es jamais demandé pourquoi tes traces disparaissaient en pleine journée ? Comment était-ce possible sans évaporation ?

Il relève un sourcil, prenant un air d'incompréhension. Je lui montre la fiole.

- Elles n'avaient pas disparu. Je les ai juste empruntées.

Il grimace. 

- Pour être sûr de mon coup, j'ai analysé toutes les traces de mes collègues. Chaque fois qu'une goutte restait au bord de la cuvette, je sortais ma pipette et hop, au labo !

- Au labo ?

- Oui, j'ai un copain laborantin... Il s'ennuie souvent. Il adore Fred Vargas. Alors quand je lui ai raconté mon histoire...

Il ferme les yeux, accuse le coup.

 - Ce n'est pas une tâche simple que de récupérer l'urine de tous ses collègues. Il faut être discret. Savoir se fondre dans la foule. Faire la différence entre tous les relevés. Et bien sûr, ne rien renverser...

- Mais c'est dégueula....

- Toujours est-il que mes amis et moi-même sommes fiers d'avoir pu dévoiler les dessous de l'affaire. Le complot était une fausse piste. Nous avons remonté le courant jusqu'à nous rendre compte qu'il n'était pas rare que plusieurs personnes aillent aux toilettes en même temps. Après tout, la plupart des gens mangent aux mêmes horaires. Il est donc logique que la digestion...

- Arrête !

- Grâce à mon ami, et son nécessaire de petit chimiste, nous avions un coupable. Mais tout cela manquait de mobile. Nous avons donc enquêté encore et encore. Les antécédents familiaux, les complexes, les humiliations connues. Après tout, on ne laisse pas quelques gouttes devant la cuvette gratuitement. A moins d'être myope et de faire à côté. A moins de se voir plus grand que l'on est. Cette dernière théorie était la bonne. Nous avons rencontré tout ceux qui ont fricoté avec le coupable et tu sais quoi...

- J'ai du taf...

- Bingo ! A chaque fois, un problème d'érectibilité. Celui que nous appelions affectueusement "la Goutte" avait un problème de taille. Un complexe qu'il tentait de résoudre, chaque jour, à trois heures et quart... Et ce coupable, c'est toi !

Pendant un instant, ce fût le silence. J'avais appelé la sécurité, j'avais joué la montre. Pourtant, nous étions seuls. Et j'étais en danger.

- ça m'arrive de faire à côté et alors ?

A son insu, mon magnétophone enregistrait sa confession.

- ça t'arrive jamais toi ?

Devant un tribunal, cette cassette vaudrait de l'or.

- T'as pas aut'chose à foutre que de ramasser la pisse des gens ? -

Ne pas se laisser intimider. Les gros bras viendraient bientôt l'encercler, j'en étais sûr.

- T'es pas payé pour jouer les dames pipi !

Sa technique de manipulation ne fonctionnerait pas.

- Depuis des jours, je te demande ce que tu fous. Depuis des jours, tu glandes...

Minimiser mon travail d'investigation. J'étais touché mais pas coulé.

- Tu m'écoutes au moins ?

Rester dans ma vie intérieure. Ne pas bouger. Ne rien dire tant qu'il n'est pas cerné.

- Tu veux que je te dise ? T'es viré.

J'en rigolerais presque. Après tout ce travail, je ne pourrais qu'être remercié.

- Tu prends tes cliques et tes claques et tu dégages d'ici.

Une copie avait été déposée aux RH. Même les dirigeants ont reçu une trace de mon enquête.

- Un malade comme toi, ça n'a rien à faire dans les bureaux.

L'affaire allait éclabousser toute l'entreprise. Une vague de vérité viendrait bientôt submerger l'étage. Plus personne ne pourra dire "je ne le savais pas". C'était une sale affaire dont personne ne sortirait totalement blanchi.

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03 octobre 2014

Le smartphone de la générosité

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- Mesdames et messieurs, bonjour... Je suis Gérard, j'ai 49 ans...

A chaque fois, vous pensez la même chose.

- Si je me permet de passer parmi vous, c'est que je suis actuellement sans emploi...

Comment faire pour éviter son regard ?                

- ...et sans domicile fixe...

Quelle ruse choisir pour passer inaperçu ? Se cacher derrière son téléphone ? Regarder passionnément le tunnel ?            

-  Et qu'il me manque dix euros pour payer ma chambre ce soir.

Votre niveau de jeu est bien plus important que les petits tracas de sa vie. 

 - S'il vous plait, messieurs dames... S'il vous plait...

 Et bien, il est temps de changer ses habitudes ! Ces temps de honte sont révolus. Désormais, si Gérard, 49 ans passe dans votre wagon, vous pouvez  relever fièrement la tête et dire....

- Ce n'est pas tout à fait vrai... Il vous manquait dix euros, il y a une heure. Depuis dix minutes, vous avez un excédent de treize euros et vingt quatre centimes !

Vous créerez l'hilarité du wagon, vous mettrez à nu la fraude de Gérard, vous serez la star des transports en commun. Et tout ça, grâce à votre nouvelle application RATP.

Préparez-vous à vivre une nouvelle ère où les usagers actifs et les personnes à économie réduite créent ensemble du lien social dans une ambiance conviviale, à des années lumière du misérabilisme mis en avant par les premiers mendiants. Avec cette nouvelle appli, donner n'aura jamais été aussi fun !

Par quelle miracle, cette application va changer votre vie ? C'est simple : chaque mendiant est enregistré dans notre data base avec son nom, son âge, son sexe, sa profession et ses hobbies. A chaque fois qu'il passe dans votre wagon, votre application reconnaitra sa voix et vous donnera les dernières informations disponibles. Son poids, sa taille mais aussi sa Jauge d'Argent Nécessaire (JAN) pour la journée. Les usagers pourront même noter son discours, l'encourager dans sa démarche, le coacher pour rendre ses réparties plus percutantes, plus drôles !

Finie la morosité des mendiants d'hier, bienvenus aux agents d'ambiance du métro d'aujourd'hui !

A chaque pièce reçue, votre mendiant voit sa barre de JAN augmenter. Lorsque celle-ci atteint les cent pour cent, ce n'est plus la peine de donner :  sa journée est remplie !

De son côté, à chaque don, l'usager reçoit une étoile. Au bout de dix étoiles, une planète est offerte. Au bout de dix planètes, vous obtenez un système solaire. Et au bout de dix système solaire, vous faites rayonner votre journée ! Avec cette nouvelle application, vous allez devenir le maitre de la galaxie !

En mode Tournoi, vous pourrez même comparer votre score avec celui des autres usagers. La bataille fera rage dans les transports pour conquérir le plus de planète.

A noter que vos dons ne seront plus comptabilisés si la JAN de votre mendiant est déjà remplie. Bien entendu, rien ne vous empêche d'octroyer un petit bonus, ne serait-ce que par générosité. Mais personne n'aime être responsable de l'alcoolémie d'Albert, 65 ans. Sans compter que votre générosité pourrait faire replonger JP 19 ans dans les affres de la drogue. Notre conseil : Quand la jauge est remplie : game over. Bien entendu, il y a parfois des exceptions...

- Vous avez raison, monsieur. Ma jauge est bien remplie. Mais cet argent, c'est pour Polo, 43 ans. Parce que moi aussi, j'aimerais un jour, gagner une galaxie.

Tout le monde a le droit à une part de rêve. Même s'il y a peu de chance qu'il gagne un jour une planète, ne faites pas le radin, donnez !

Votre application vous permet aussi de savoir quel est ce merveilleux morceau d'accordéon que vous venez d'entendre, de savoir où se joue la dernière version du "Temps des Fleurs", de savoir dans quel wagon a-t'on accroché un drap pour faire un spectacle de marionnettes.

Vous pourrez même réserver votre siège. Après tout, il n'y a pas de raison pour que les militaires, les femmes enceintes et les handicapés soient les seuls privilégiés !

Alors, n'hésitez plus, devenez acteur de votre vie d'usagers, découvrez la nouvelle application et lancez-vous à l'attaque des mendiants à sauver (les premiers inscrits gagneront quatre étoiles et un magazine gratuit).

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17 septembre 2014

Le Petit Chaperon Rouge Connecté

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Le Petit Chaperon Rouge arrivait au bout de sa vie. Un dernier mouvement et ce serait fini. Il lui fallait bien réfléchir, observer les combinaisons, faire le bon choix pour que tombe le dernier bonbon qui lui permettrait de passer au niveau suivant.

- T'es occupée ?

Sa mère n'avait jamais appris à frapper à la porte. Le Petit Chaperon Rouge préféra se concentrer sur sa partie.

- Oh, je te parle !

- Attends, je termine..

- Ta grand-mère a appelé, elle est malade. 

- Mère-grand, malade ?

- Arrête avec ton verlan. Mamie a besoin de toi, elle a pas l'énergie de commander ses courses. J'ai préparé une galette et un petit pot de beurre. Tu vas aller lui apporter, ça te changera des jeux vidéos. 

De toute façon, le Petit Chaperon Rouge avait perdu et il fallait attendre pour reprendre une nouvelle vie. Un peu d'air ne lui ferait pas de mal, se dit-elle, et puis ce serait l'occasion de prendre quelques clichés en mode #promenonsnousdanslesbois.

- Et surtout, tu traines pas, hein ? Il y a le loup  dans la forêt.  Et il mange les petites filles.

- Et... donc... pourquoi tu m'obliges à sortir ?

- Non mais il va rien t'arriver. Faut pas toujours crier au.... Non mais vraiment, y a pas de raison. Et puis, tu ne vas pas laisser ta grand-mère mourir de faim ?

- Tu as raison, pour Mère-Grand, je peux faire ça.

Cette manie de tout dire à l'envers exaspéra un peu plus sa mère qui préfèra passer à autre chose plutôt que d'argumenter sur un sujet dont elle savait d'avance qu'elle avait de toute façon tort. La discussion enfin close, Le Petit Chaperon Rouge sorti de chez elle en sautillant, tenant sous son bras son panier. Dans sa main, son petit portable qu'elle ne lâchait jamais. 

En attendant d'arriver à l'orée du bois, elle consulta sa timeline.

"S'incruster en soirée, rencontrer le prince charmant, trouver pénible sa conversation, trouver un prétexte débile pour s'enfuir, se tordre la cheville dans les escaliers, perdre sa chaussure hors de prix. #VDM".

Cendrillon pouvait toujours se plaindre, elle avait une vie plus fascinante que la sienne. Mais foin de déprime, Le Petit Chaperon Rouge décida de prendre la vie du bon côté et de photographier toutes les merveilles de la nature qu'elle pourrait partager avec ses amis. La petite coccinelle sur la feuille chargée de rosée serait dans la boite. Idem pour les ombres des arbres qui donnaient des formes étranges sur le sol. Et avec un beau filtre, la résine des arbres avaient quelque chose d'absolument poétique. Sans compter ce loup, un peu swag, en second plan. 

- Salut...

N'écoutant que son sens pratique, Le Petit Chaperon Rouge éteignit tout de suite son téléphone. A moins de connaitre le code, le loup ne pourrait pas en faire grand chose.

- Je peux t'aider ?

- Je vais chez ma Mère-Grand apporter une galette et un petit pot de beurre.

- Elle est anorexique ?

- Pardon ?

- Je veux dire, elle mange rien d'autre ? C'est pas équilibré comme repas, surtout pour une personne âgée.

- Elle aime les sucreries....

- Une soupe de légumes. Des biscottes, elle connaît pas ?

Le Petit Chaperon Rouge haussa les épaules. Le loup était finalement moins impressionnant qu'elle ne le pensait.

- Et je peux t'accompagner ?

- Ben... Ma mère, elle dit que tu manges les enfants... Alors...

- Non mais ta mère, elle a trop lu Doctissimo. Honnêtement, je suis bien élevé, je vais pas te manger. C'est qu'une rumeur bête qui continue à circuler, ça fait parti de mon passé, impossible de l'effacer..

Mal à l'aise, Le Petit Chaperon Rouge voulait terminer cette conversation au plus vite.

- Et si on faisait la course ? On se retrouverait devant chez ta grand-mère.

- Mais pourquoi ?

- Ben... parce que... je sais pas. C'est chouette la course, non ?

- Euh... ouais... Mais pourquoi ?

- Pour le sport. Avant de manger, il faut bouger... Tu vois ?

Le Petit Chaperon Rouge ne voyait pas. Mais plus vite, il serait parti, plus vite elle pourrait retourner à son exploration photographique. Déjà quelques likes lui étaient signalés. Elle voyait des champignons qui pourraient faire un magnifique premier plan avec le coucher de soleil en fond.

- D'accord. Le premier qui arrive a gagné ! 

- Je te préviens, je suis pas mauvais en sport.

Et il parti comme une flèche. Le Petit Chaperon Rouge pouvait maintenant prendre son temps, lire les derniers évènements de la toile tout en évitant celles des araignées. Lorsqu'elle leva enfin la tête, elle s'aperçut qu'elle était perdue.

Le temps d'une grimace, elle lança son GPS. Il suffisait de tourner à droite à 100 mètres et de suivre la départementale en tenant sa gauche.

Sur place, pas de trace du loup. Soit, il avait trouvé une autre victime. Soit, il en avait marre d'attendre.

Le Petit Chaperon Rouge tira la bobinette et la chevillette cherra mais elle eut du mal avec cette technologie datant de l'âge de pierre. Elle avait beau être vieille, sa grand-mère aurait pu au moins inverstir dans une clé. Ou un simple bouton. Mais non, elle préfèrait le rustique et Le Petit Chaperon Rouge du faire le tour des forums pour comprendre comment ouvrir cette satanée porte. 

Sa grand-mère était bien dans son lit mais elle avait une drôle de tête. A voir son visage, ses dernières opérations n'avaient pas été une réussite. 

- Approche, mon enfant, approche...

Un peu inquiète, Le Petit Chaperon Rouge ne reconnaissait pas la voix de sa Grand-mère.

- Alors comme ça, tu m'apportes de bonnes choses...

Un coup de Shazam et elle serait rassurée. En attendant, il fallait faire parler Mère-Grand.

- Oh, grand-mère, comme tu as de grands oreilles...

- C'est pour mieux t'observer, mon enfant.

L'application chargeait tranquillement. 

- Oh grand mère, comme tu as de grands yeux..

- C'est pour mieux te voir, mon enfant.

Le temps d'appuyer sur le bouton.

- Oh, grand-mère, comme tu as de grands bras

- C'est pour mieux t'embrasser.

"Impossible de reconnaitre ce titre". Elle était dans de beaux draps. Il fallait trouver une diversion.

- ça te dirait qu'on prenne un selfie ? En plus, ça rassurerait Maman.

- Approche...

- N'empêche, comme tu as de grandes dents.

Le Petit Chaperon Rouge éloigna l'appareil pour avoir le meilleur angle. Elle eut une photo magnifique de la grand-mère, gueule ouverte, avec elle qui souriait et faisait le signe des ciseaux au premier plan.

Le petit oiseau était sorti.

Le Petit Chaperon Rouge était mangée. 

Le téléphone et le reste de la main tomba sur le lit, détâchés.

Les bucherons furent prévenus par les amis qui découvraient le macabre cliché.   

Ils défoncèrent la porte, tuèrent le loup et, après l'avoir bien éventré, sortir le Petit Chaperon Rouge encore toute gluante des entrailles de l'animal.

Ils lui firent la leçon, lui dirent que sa grand-mère était morte et qu'elle pouvait repartir avec son téléphone et son panier.

Plus de peur que de mal au fond, se dit le Petit Chaperon Rouge.

Et surtout une belle aventure à twitter !

De quoi rendre verte de jalousie Cendrillon et sa bande de princesses ! 

Sur le chemin du retour, elle commença sa courte rédaction, sûre de tenir là, un futur succès.

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10 juillet 2014

Mode, Breakfast et Lifestyle, mon petit rituel du matin pour être bien dans mes baskets !

614-01433100em-Man-with-breakfast-trayPhoto non contractuelle

 

Vous le savez, le matin est le moment le plus important de la journée, celui où tout est possible, où la vie n'est encore qu'une immense page blanche qu'on s'appliquera à remplir de mille évènements quotidiens. Alors, je ne sais pas pour vous mais pour moi, il s'agit de ne pas rater ce rendez-vous !

C'est pourquoi chaque geste compte, chaque action aura une valeur sur la journée à venir. Pour ne pas rater ces premiers instants, je me suis fait une feuille de route quotidienne, une discipline que j'essaie de tenir chaque matin afin que ma journée démarre sous les meilleurs auspices. 

Un petit secret que je suis heureux de partager sur ce blog avec vous. J'espère que cela vous inspirera.

D'abord, ma première pensée, celle qui fait que cette journée sera comme une nouvelle naissance, celle qui guidera mes prochaines 24h. Parfois, c'est "déjà ?", parfois "pas tout de suite", parfois "mais il est où ce réveil à la fin?!" (malgré ma légendaire bonne humeur, je suis parfois un peu bougon de bon matin, hi hi). Parfois c'est "pateux" quand un mauvais goût en bouche qui a macéré toute la nuit pour s'échapper de bon matin.

Je me redresse pour mieux laisser l'air s'insérer dans mes poumons. En bon adepte du yoga, j'expire, donnant l'impression de libérer les écuries qui auraient passer la nuit au fond de ma gorge. Un salut au soleil, le temps de me gratter le dessus de l'oeil et me voilà, debout, prêt à commencer une nouvelle journée.

La première pièce que je visite est souvent révélatrice de mon état d'esprit. Pour moi, c'est la salle de bain. Un bonjour au miroir, ne serait-ce que pour être en accord avec moi-même, qui me permet de remarquer que je n'ai pas vraiment bonne mine. J'en profite pour observer mon sourire et déloger les impuretés qui auraient échappé au dernier brossage de dents. Il n'y a rien de plus désagréable de démarrer son petit déjeuner avec un reste de morceau de veau coincé entre deux molaires. Même si c'est ludique à enlever d'un coup de langue, ça donne un petit goût animal au café.

Après un petit besoin bien naturel, je suis prêt à communiquer avec l'extérieur. J'ouvre ma fenêtre et porte mon regard sur la ville. En face, la voisine accroche les chaussettes de son fils sur son tancarville, bercée par le tac-tac-tac du marteau piqueur du chantier d'à côté. Des morceaux de vraies vies que j'absorbe par de courtes inspirations. Les voitures ne sont pas en reste et c'est un concerto de klaxons qui piaillent sous mes fenêtres comme des oiseaux affamés. La circulation se fait aussi à l'intérieur et il est temps pour moi de nourrir ce corps avide de nourritures matinales.

J'attrape ma tasse fétiche, celle où mon nom est inscrit en breton dessus, et je la pose délicatement sous mon percolateur. Après avoir mis deux dosettes, et rajouté une pointe de lait, j'appuie sur la machine qui me délivre mon nectar quotidien. Je souffle sur le café chaud, un petit nuage en sort qui me rappelle que moi aussi, je suis un peu embrumé. Néanmoins pour me donner de la force, je suis prêt à engloutir ma potion magique !

Mon corps est réchauffé, j'ai besoin d'un carburant qui me permettra de tenir la route pour la journée. J'opte souvent pour des Prince de Lu, au chocolat, parfois mi-goût, ou pour des BN adu même goût. Leur sourire est communicatif et j'ai parfois des remords de croquer à pleines dents ce biscuit plein de saveur acheté au Super U du coin. En cas de panne, pas de panique, il reste des Figolus, ouvert il y a six mois, acheté sur un coup de tête. Ils sont certes un peu mous et moins savoureux. Pour autant, ils sont si attachants qu'ils tiennent autant au corps qu'aux dents.

Mon esprit est maintenant tout à fait réveillé, je peux enfin ouvrir une fenêtre sur le monde. M'armant de ma télécommande, je parcours les chaines, à l'affût de la moindre information qui m'aurait échappé. Le match de la veille, les rendez-vous importants, les conflits syndicaux, tout un tas d'informations hétéroclites qui viennent abreuver mon cerveau en éveil. Une vie de drame, de tension mais aussi de bien-être et de comédie défile sur mon écran.

J'apprends aussi qu'il y a une remise de 5 pour cent pour l'achat d'une deuxième ceinture amincissante. Une information qui ne tombe pas dans l'oreille d'un sourd. Le jour où j'aurais besoin d'un cadeau, je saurais quoi offrir grâce à cette mine d'or qu'est le téléachat du matin.

Maintenant que j'ai reçu, je peux enfin donner. J'allume mon téléphone, un petit coup d'oeil à ma messagerie et un nouveau statut sur FB, pour dire à tous mes BFF que je suis en mode DIY, FYI. Je cours sur Spotify partager une playlist qui dira que je suis cool à tous ceux qui en ont quelque chose à faire.  

Mon café bu, il est temps pour moi de retourner à la salle de bain. Je retire le son de mon téléphone (parce que le boum-boum musical, ça va bien deux minutes), prêt à céder au rituel du lavage quotidien. Pour ma part, j'utilise un savon qui permet de laver efficacement, d'effacer les dernières traces de la nuit et d'apporter une fragrance bienvenue après ce long sommeil. Une odeur de bien-être, comme une caresse subtile, qui se mélange sans fausse note à l'eau courante qui glisse le long de mon corps. 

Pour l'eau, mon secret c'est d'être ni trop chaude, ni trop froide. Trop chaude, on se brûle. Trop froide, on s'enrhume. Pour autant, attention à ne pas être trop tiède. Un juste milieu, un savant dosage et la journée s'annonce parfaite. Une eau trop chaude et me voilà prêt à me tartiner de Biafine en hurlant sur mon sort. Pas le meilleur moyen de démarrer du bon pied (:-) !

Une fois lavé, il est temps de choisir les vêtements qui vont refléter ma personnalité du jour. Tout d'abord, j'enfile le classique combo chaussettes-caleçon, qui me permet de ne pas avoir froid au pied et de couvrir une partie que je ne souhaite pas montrer à mes camarades et collègues.

Ensuite, je ne sais pas vous mais moi, je suis très pantalon. Comme un allié fidèle, il est souvent là, se reposant sur une chaise, mon compagnon de la veille qui me donnera l'assurance dont j'ai besoin pour marcher sous le regard impitoyable des autres citadins. Un tee-shirt, un polo ou une chemise, mille choix s'offre à moi (enfin, trois). Parfois, j'agrémente ma tenue d'un pull, voire d'une écharpe, afin d'éviter d'attraper froid (souvent l'hiver, parfois l'été). Enfin, il est temps pour moi de mettre mes chaussures. Une à chaque pied et dans le bon sens. 

Vient le rituel du lassage de lacet. Chaque jour j'ai l'impression de redécouvrir ce moment, de réapprendre à faire le noeud, comme s'il s'agissait d'un premier défi lancé. Si j'y arrive, la journée est réussie. Autant vous dire que j'y arrive souvent ! 

Enfin, mon casque sur les oreilles, je ferme ma porte et lance la musique qui me permettra de transformer mon quotidien en comédie musicale. Pendant trois minutes parce que le wifi marche pas bien et que la 3G, dans mon quartier, c'est pas ça...

Mes clés en poche, filant comme l'éclair sur l'autoroute de la vie, je me rends compte que je n'ai rien débarrassé, que je ne me suis pas lavé les dents, ni rasé, que la vaisselle traine toujours au fond de l'évier...  

Pas grave, ma bonne journée peut déjà commencer.

 

 

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24 juin 2014

La première blague du monde (est un bide)

DSC01351- Et là, il lui dit "Mais maman, tu sais très bien que je peux pas.""Ben pourquoi ?" "bah, j'ai pas de bras". "Ah, pas de bras, pas de chocolat !"

- Et ?

- Ben, c'est tout. Pas de bras, pas de chocolat...

- J'ai pas compris.

- Ben le gamin, il a pas de bras...

- ...

- et ben, il a pas de chocolat !

- Je.... non, je vois pas...

- Mais pourtant c'est simple...

DSC01350

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07 juin 2014

Réminiscence

- Dans mon rêve, il y avait une odeur de caoutchouc brulé. Je voyais rien mais j'entendais. ça cognait, ça perçait, ça s'engueulait dans une langue que je ne comprenais pas. Parfois, c'était le silence total comme si on était abandonné mais le plus souvent, c'était en activité. Je ne saurais pas dire combien on était mais on était nombreux. Peut-être des milliers à rester là, sans bouger, la peur au ventre, tandis qu'on nous martyrisait...  

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- Dans ma tête, j'ai zappé cette partie. Tout ce dont je me souviens, c'est que c'était horrible. C'était inhumain. J'avais envie d'hurler mais rien à faire, ça restait au fond de moi. Je ne sais pas combien de temps ça a duré, tout ce que je sais c'est que j'ai fini par perdre connaissance. Et quand je me suis réveillé, j'étais debout, attaché.

DSC01157

 

 - J'avais beau me débattre, impossible de me détacher. Devant moi, je distinguais des couleurs mais rien n'était clair. C'était comme si j'avais un voile devant mes yeux. J'étais en panique. En même temps, je n'avais plus mal. J'étais enfermé, prisonnier et devant moi, ça s'agitait. 

DSC01155- Et puis, un jour, j'ai perdu pieds. Tout bougeait autour de moi. Je me suis accroché comme j'ai pu. J'ai distingué une grille en métal devant moi, un bip bip, puis un son humain, une voix qui donnait un chiffre. J'ai encore été secoué quelque fois avant que le ciel ne se déchire. C'était un bruit assourdissant, je voulais protéger mes oreilles mais impossible, je ne pouvais toujours pas bouger. Une main énorme est apparue. Elle m'a sorti de ma cage et j'ai enfin pu voir. Une petite fille.

DSC01156- Elle m'a pris dans ses bras, elle m'a serré le plus fort possible. Pour la première fois, je n'étais plus un objet. J'étais presque libre. Je ne pouvais pas m'échapper mais je pouvais parler. Alors j'ai dit ...

- Maman ?

- ... ? Comment tu sais ?

- J'ai déjà fait le même rêve...

DSC01157

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Perdu

end-times-jill-greenberg-8

Et d'un coup, je retrouve la même angoisse. Une angoisse profonde, venue de l'enfance.

Je me souviens du bruit, des gens autour qui s'évitent, de ceux qui poussent leur chariot, des cris d'enfants à qui on refuse un paquet de bonbons et de tous ces personnages qui me regardent, l'air bienveillant, me culpabilisant de ne pas les choisir comme paquet de céréales alors même qu'ils me montrent qu'ils sont délicieux. 

On m'a appris à résister. 

Je n'ai pas le choix.

Il faut que je passe mon chemin, quitte à les décevoir tous.

Je prends la main de mon père, le tire un peu pour quitter le rayon.

Et je le sens qui résiste.

Qui résiste et qui lâche ma main.

Je tiens bon, je la serre encore plus fort.

Et je me rends compte qu'il porte une bague que mon père n'a pas.

Un regard au-dessus. Cet homme n'est pas mon père.

Ce n'est même pas un homme.

- T'es perdu, p'tit ?"

Je ne suis pas perdu, je suis abandonné.

On a fait exprès de passer par les céréales pour me distraire, me lâcher et partir vite.

A l'heure qu'il est, mes parents ont mis le turbo, ont changé d'adresse, pris une nouvelle identité et adopté un autre enfant.

Moi, je serai l'enfant sauvage de l'hypermarché.

Le Mowgli de l'agro-alimentaire.

-  Mais bon dieu de bon dieu, qu'est ce que tu fous encore là ? ça fait une heure qu'on te cherche ?!

Finalement, plutôt que de me laisser, mes parents préfèrent m'engueuler.

Un mal pour un bien.

Un mal que j'avais oublié jusqu'à aujourd'hui, alors que j'admire les tableaux de François 1er, sa mégalomanie galopante qui fait qu'il a mis son initiale partout, des portraits de lui partout, des représentations le mettant en scène dans toutes les pièces, et que je me rends compte que la main de ma femme est bien plus poilue que d'habitude.

Ma première pensée est qu'elle devrait faire un petit débroussaillage.

Et qu'un peu de crème hydratante rendrait sa paume moins rugueuse.

Je me tourne vers elle et c'est sa moustache qui me choque.

Ma femme s'est transformée en Gérard Jugnot, période Bronzés.

Et je comprends enfin.

Elle a profité de ma concentration pour m'abandonner.

Elle est partie, refaire sa vie.

A l'heure qu'il est, elle connecte les fils de la voiture, j'ai toujours les clés dans ma poche, démarre en trombe, écrase des touristes et quitte Chambord pour refaire sa vie avec le premier hidalgo venu.

Après tout ce temps, je retire enfin ma main.

Le Gérard me renvoie un sourire, l'air d'avoir apprécié.

- Mais Bon dieu de bon dieu, ça fait une heure que j'te cherche !"

Sa femme l'enguirlande gentiment et le début de notre amitié se termine sur le moment.

Ils quittent  la pièce et je la vois enfin qui me sourit, amusée.

- Et alors, on fait des infidélités ?

- T'es con...

- Vous étiez beau, tous les deux, amoureux...

- Arrête...

- T'avais l'air tout perdu...

Plutôt que me laisser, elle préfère se moquer.

Je souris, me disant qu'au final, c'est un mal pour un bien.

Posté par Ranx2 à 11:11 - Commentaires [0] - Permalien [#]



Fin »