crevette domestique

Petits yeux, grandes antennes

14 mai 2008

Oh, it's such a fucking day (I'm glad I spent it without you)

2h00 du mat
Qu'il est tiède le bruit de la flaque de gerbe molle qui tombe sur le carrelage chauffé de ma maison.

L'habitude du papa poule, au moindre bruit je surgis, et pour l'occasion même, je cours. Je réaliserais plus tard, pour l'instant il y a urgence. Attraper l'enfant, l'emmener aux toilettes, lui tenir la tête, le rassurer, l'empêcher d'hurler pour ne pas qu'il réveille la petite. Trop tard. Il crie, il vomit, il recrie, et ainsi de suite. J'émerge doucement, faisant abstraction du bruit, de l'odeur, de tout...

Ma femme arrive, prend le relais. Je repasse dans le couloir. Je respire par la bouche. Je pense serpillière, produits ménagers, balai brosse, eau très chaude, beaume du tigre et me félicité de ne pas avoir de moquette à désincruster.

2h20
La crise est passée. L'enfant s'est rendormi. La maison sent le fond d'intestin senteur des bois. Je passe un dernier coup. se laver les mains, tomber dans mon lit. Récupérer ce qui reste de la nuit.

3h10
La petite se réveille. "Laisse, j'y vais" me dit ma femme. Je l'entends se lever, je la regarde disparaître. Je ne me rendormirais pas avant son retour.

5h25
Il faut vraiment qu'on trouve une station de radio. Pour l'instant, ce n'est que de la neige, du parasite et à chaque fois, je sursaute quand le réveil sonne. Je m'empresse d'éteindre le brouhaha radiophonique en me disant que finalement, le principe fonctionne. Pas sûr que je ne prendrais pas le temps d'écouter si c'était de la musique. Je fonce dans la douche. J'ai vingt minutes pour me faire une tête, dix pour prendre mon petit dèj et une demi-heure pour attraper le train qui m'emmènera jusqu'à Paris.

6h45
Je comprends pas...

Il aurait dû démarrer déjà...

Qu'est ce qu'on fout encore là ?

Je veux pas faire mon parigot mais là, y en a marre, plus que marre même. ça fait un an que je fais l'effort de me lever une heure plus tôt pour arriver exactement au même horaire qu'avant, j'attends juste de la Seuneuceufeu qu'elle fasse partir ses trains à l'heure. ça fait dix minutes qu'on patiente comme des cons. Personne ne nous dit rien. ça fait chier.

Merde !

6h55
- Excusez-moi, il y a un petit problème. Ce train ne partira pas. Il faudrait descendre, s'il vous plaît.

- Euh... ouais, mais... c'est quoi le petit problème ?

- C'est le train d'Azay. Il a percuté un cerf... Et là, il sont occupés à ramasser. Y en a plein sur la voie. Alors, on peut pas passer...

Comment je vais expliquer ça à mon patron...

- Et pour partir, comment on fait ?

- Ben, on a appelé le service des cars.

- Et ils arrivent quand ?

- Ben on sait pas, on les a pas eu. On a juste laissé un message.

La jouer détendu ("Salut chef, tu vas rire..")

- Et sinon, y a quoi comme autre solution...

- Ben je sais pas. Y faut attendre...

Ou alors énervé, la meilleure défense, c'est  l'attaque ("Marre marre marre marre, ils m'auront tout fait. Même un cerf,t'imagine ! ")

- Non parce que j'aurais dû prendre le TGV pour Paris...

- Ben oui, mais c'est pas notre faute...

- Non mais ok, mais à part les cars...

- ça, les cerfs, on peut pas prévoir...

- Y a pas une autre solution...

- C'est comme les sangliers...

- Un service de navettes par exemple...

- Quand ça déboule, ça déboule...

- Ou alors, appeler des taxis...

- Des taxis ?! Et qui va payer ?!

Il y a quelques années, cette même station nous avait offert le taxi à tous parce que le train qu'on aurait dû prendre avait oublié d'exister...

- Ben je sais pas. Moi je paye un billet pour aller à Tours, déjà que je loupe mon train pour Paris...

- Mais c'est pas de notre faute...

- Non mais j'ai bien compris...

- Parce que les cerfs, on peut pas prévoir... (ad vitam nauseum)

Ou alors écolier ("cher patron, l'objet de mon retard est lié à un problème cocasse quoique d'ordre naturel")

9h15
- Bonjour

- Bonjour, je viens de Chinon, je voudrais savoir comment je peux prendre un TGV pour Paris.

- Vous venez de Chinon ??

- Bah oui...

- Bah ça se peut pas...

- Bah si...

- GISELE, Y SONT PARTIS CEUX DE CHINON ???

- NON,  ILS Y SONT TOUJOURS  !!

- ben voyez...

- Oui alors, on va lever un petit malentendu. J'ai passé une vraie nuit de merde. Je me suis levé à l'aube pour vous faire plaisir. Je n'ai pas attendu qu'un car vienne un jour prochain m'emmener jusqu'à la gare de Tours. Je suis venu par mes propres moyens en utilisant un peu, beaucoup la débrouille de quand j'étais jeune. Je me suis incrusté dans une voiture, j'ai ensuite pris un autobus, j'ai marché jusqu'ici et Ta Dam. Me voilà. Maintenant, si vous pouviez éclairez ma journée d'un mini rayon de soleil, en me disant, s'il vous plaît  quel est le prochain train qui part pour Paris. Et même, je pousserais la politesse jusqu'à vous demander de me rembourser mon ticket de TER, que je n'ai pas pu utiliser puisqu'un cerf a eu la bêtise de traverser la voie sans tenir compte des barrières...

- Vous savez, c'est pas notre faute ...

- N'en dites pas plus... Je le sais déjà...

- Bon... Ben vous avez de la chance, y en a un dans dix minutes. Il reste de la première...

- ...

- Vous en faites pas. Je vous le fait de toute façon...

- Merci... Beaucoup...

19h35
ça n'a pas manqué, mes collègues se sont foutus de moi. Dans mon malheur, j'ai toujours cette chance de faire rire. Un bon lubrifiant pour faire passer les conneries.

Ce soir, je dors à Paris. Je n'ai qu'une envie, rentrer chez moi...

Comme toutes les nombreuses personnes présentes sur le quai...

Une rame arrive. Bondée.

Pas grave. J'attends la prochaine. Normalement, elle arrive une minute après avec plein de place dedans.

19h45
Une rame arrive. Bondée. Pas grave, cette fois-ci, c'est la prochaine, de toute façon ce n'est pas possible qu'on attende encore longtemps.

19h55
Une rame arrive. Bondée.

Bon. Place au plan B. Prendre la rame dans l'autre sens. Remonter jusqu'à la Défense. Attraper le RER jusqu'à Nation et le tour est joué.

20h10
Enfin, je suis dans le RER. J'ai dû gruger pour passer le portique mais je vais pouvoir enfin rentrer. Les portes se ferment. Nous allons démarrer...

Dans une seconde...

dans la minute...

patience...

Les portes s'ouvrent. Les retardataires se précipitent. Il y a encore deux secondes, il y avait de la place dans le wagon.

20h15
"Votre attention s'il vous plait. Quelqu'un a tiré l'alarme, nous allons être obligé de vérifier tous les systèmes".

Soupir générale. Tout le monde a l'air crevé. A croire que nous avons tous percuté un cerf en début de journée.

On sort du wagon.

On attend.

On appelle quelqu'un pour dire qu'on sera en retard, que c'est de la faute du train, qu'on ne sait pas ce qu'il y a, qu'il y en a plus que marre parce que c'est pas la première fois et que c'est toujours pareil et que non on n'achètera pas un scooter parce que c'est dangereux et que c'est comme ça, on n'y peut rien, qu'est ce que tu veux...

J'appelle chez moi. Mon fils va mieux. Tout le monde profite encore du jardin. Petit dîner dehors, brise légère, cuisine raffinée.

20h25
De l'autre côté du quai, une autre rame arrive. Soupir de satisfaction générale. Nous nous entassons dans le wagon. Enfin, on va pouvoir partir.

20h35
Mais qu'est ce qu'on attend, bordel ?! Tout le monde semble se poser la même question. Un bruit nous interpelle. La sonnerie du RER qu'on a quitté. Les portes se ferment. Le train d'en face quitte la station pendant que nous restons stupidement sur le quai.

Peut être est ce dû à la fatigue, j'ai l'impression d'être dans un de ces cauchemars où l'on réalise d'un coup qu'on est le seul à poil dans le wagon.  J'avais pensé à tout pourtant. Ma valise, mon ordi. Mes chaussures. Mais bêtement, dans la précipitation, je n'ai pas pris le reste. Et tout le monde me regarde en se disant que c'est un monde quand même...

Non, ce n'est pas un rêve. Je suis habillé et ce train va partir. Il n'y a pas de raison pour ne pas que j'arrive un jour à mon appartement.

Sur le quai d'en face, un autre RER arrive.

Dans le wagon, le doute s'installe.

Quitter ce train au risque de le voir s'en aller ?

Prendre l'autre et peut être rester une nouvelle fois sur le quai ?

La moitié du wagon se tâte avant de courir vers l'autre rame. On est joueur dans l'âme, alors autant essayer.

Sonnerie familière.

Les portes se ferment.

Le train s'en va.

Enfin.

Nous regardons ceux qui sont restés à quai nous détester à tout jamais. Pour notre part, c'est Arrivederci !

21h10
Maison. Manger. Maison.  Télé. Maison. Jeux vidéos Maison. Dormir. Maison. Maison. Maison. Maison..

Allez, courage, demain est une autre (dure) journée...

Posté par Ranx2 à 14:53 - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


13 mai 2008

Méfiez-vous des plantes

Nous avons beau rire bêtement  sur les mêmes choses stupides, ma femme et moi avons tout de même un point de divergence sur la nature. Quand pour moi, une vache est d'abord un fromage qui me fait de l'oeil en rigolant, pour elle c'est avant tout une bestiole qui broute joyeusement derrière un enclos. Elevée à la campagne, elle sait ce que c'est qu'une plante, un potager, un jardin. Moi j'ai tenté deux fois d'en élever. La première, un pissenlit en pot (paix à son âme) est mort alors que je le nourrissais amoureusement d'eau et de soleil en le mettant sur le rebord de ma fenêtre (où des travaux de ravalement  avaient lieu, ceci expliquant peut être cela). Le second a préféré mourir plutôt que de me regarder jouer à la console.

Quand je l'ai rencontré, ma femme avait donc la main verte. Son studio était végétal, remplie de plantes diverses et variées dont un énorme ficus qui prenait une place folle dans l'appartement. Le bâtiment était moderne avec une vue sans vis à vis sur un parc et un balcon rempli de ces petites choses à bac qui demandent de l'attention en échange de rien. Moi j'étais plus animal, vivant avec un chat qui demandait de l'attention et un bac propre en échange d'un coup de griffe affectueux.

- Tu pourrais arroser mes plantes pendant mon absence ?

 


- Bien sûr, pas de problèmes....

 


Une telle mission ne manquerait pas de sceller notre relation  Allez hop, au travail, un peu d'eau et le tour est joué. Malgré le silence, j'entendais les plantes frissonner. 
Première victime, le ficus. Puisqu'il est grand et qu'il est gros, il lui faut beaucoup d'eau. J'ai beau jeter des litres et des litres, ce ficus a tellement soif que rien ne reste à la surface du  terreau...

 

 
Et là, ami qui n'a jamais touché une plante de ta vie, je te conseille d'être attentif si tu ne veux pas comme moi, créer un problème. Dans les bacs, il y a des trous (cachés en dessous). L'eau s'y installe surtout s'il y a une coupe. Mais s'il y a trop d'eau, la coupe déborde, et les crétins comme moi sont obligés de passer une bonne demi heure à éponger le studio pour réparer leur connerie.

Les deuxièmes victimes sont sur le balcon. L'une des plantes hésite à sauter par la fenêtre. Au quatrième étage, elle sait qu'elle risque d'y laisser ses feuilles. La bouilloire en main, je m'approche d'elle. Je ferme la fenêtre et m'apprête à.... TU AS FAIS QUOI ?!?!?!?

 


- Et merde, me dis je en mon for intérieur.


Tellement stressé par ces plantes que j'en ai oublié la plus bête des précautions. Me voilà bloqué sur une terrasse au quatrième étage d'un appartement où personne ne me voit, en haut d'une rue peu passagère,  à une heure où les familles comme les étudiants sont chez eux à regarder les infos. Je peux toujours hurler, je ne ferais que me casser la voix. La nuit est tombée, ma femme ne rentre que dans une semaine...
 
Il n' y a plus qu'une solution...
 
Enjamber la barrière du balcon.
 
La fenêtre de la cuisine qui se trouve derrière  la barrière est encore ouverte.
 
Oui...
 
mais...
 
c'est haut...
 
Et si je tombe, c'est pour toujours...
 
Et je suis pas Belmondo...
 
Non, je crois que le plus simple, c'est encore de rester ici et de me nourrir de plantes...
 
Comme ça, elles  paieront pour ma distraction...
 
Après une bonne demi heure de réflexion dans le froid, je décidais de tenter le tout pour le tout. Au péril de ma vie, n'écoutant que mon courage, je passe par dessus la barrière, me jette dans le vide en fermant les yeux, mes mains trouvant d'instinct la bonne prise pour s'accrocher à la fenêtre (tout ça est très romancé). Je me tire vers l'avant et traverse la fenêtre. Je suis enfin de retour, libre et vivant (et personne n'a rien vu de mon exploit, c'est quand même rageant).
 
Je m'empresse de sortir de ce lieu maudit, je claque la porte, je cherche les... les clés !! Elles sont à l'intérieur !!! Aaaaaaaahh  !!!
 

Distrait un jour, distrait toujours....

Posté par Ranx2 à 15:48 - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1