J'ouvre la porte.

J'essaie d'avoir l'air sympathique, détendu.

Dans ses mains, le plan de l'appartement.

Je  l'invite à entrer.

- Bon... je vais commencer par la pièce principale... 

Elle peut y aller.

Tout a été nettoyé,  réparé. 

Bien sûr, il reste le trou de la moquette au milieu du salon.

Mais pour l'instant, elle vérifie les murs, les installations, les placards.

Tout sauf le sol.

- On va passer à la salle de bain.

Deux mêtres carrée plus loin, nous y voilà.

Adieu mes toilettes qui donnaient sur la chambre des voisins,

Adieu le rideau qui ne cachait rien de mes moments intimes,

Grâce à toi, j'ai appris à prendre des positions inconfortables pour ne pas être vu d'en face, à un mètre de là.

- Bon ben, tout à l'air parfait... Et la moquette ?

Elle repart dans la pièce principale, regarde le sol, tourne autour d'elle.

- Bon... ben, ça a l'air très bien....

Très bien, c'est un peu exagéré.

Ce serait déjà bien si les fenêtres fermaient. Si le chauffage fonctionnait. Si les poubelles étaient sorties régulièrement. Si les voisins ne se plaignaient pas quand on augmentait un peu le son. Si l'alcoolique du dessus ne s'engueulait pas avec sa femme. Si la moquette n'avait pas moisi avec l'humidité. Si mon père n'avait pas fait un trou pour la remplacer. Si le remplacement de la moquette avait marché. Si nous n'avions pas passé une journée à réparer notre erreur. Si même seulement, nous y étions arrivé.

Là, ce serait bien.

- Vous me redonnez les clés ?

Je les lui tends. Elle les mets dans la porte. 

- On y va ?

Juste le temps de reprendre mon sac. Posé exactement au bon endroit. Là où il faut pour cacher. 

- Je vous suis.

Et nous voilà partis.