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J'en entends un qui se cache derrière l'escalier. Je m'approche doucement, l'appareil photo en avant, prêt à le flasher. Il pense m'avoir mais pour un mort, il va avoir la peur de sa vie. C'est moi qui vais le surprendre, moi qui vais le faire disparaitre d'un coup d'éclair. Il sera fixé sur mon appareil, point final.

En attendant, je retiens ma respiration et prie pour que le parquet ne grince pas.  J'avance. Doucement. T'en fais pas coco. Je vais t'avoir. Je tourne, il est là, dans le viseur de ma DS, prêt à me sauter dessus. Mais c'est moi qui...

- Papa ?

Mon coeur a failli lâcher. J'ai sursauté mais pas crié. Ma femme dort d'un sommeil de plomb. Ma fille, elle, se tient devant moi, le teint blafard, le visage éclairée par la faible luminosité de ma console.

- Qu'est-ce que tu fais là ? Il est tôt, t'as école demain et...

- J'ai fait un cauchemar...

Je me remets doucement. Dans le jeu, le spectre m'a sauté dessus. Je suis mort, le visage bloqué par une grimace d'effroi.

- C'est pas grave. On fait tous des cauchemars. Allez, au lit bibi.

Les yeux encore plein de sommeil, elle me pousse et s'incruste.

- Je veux pas retourner dans ma chambre, j'ai trop peur.

- Ah bah non, non, non chérie, c'est pas possible. Y a pas de place dans le lit. En plus, t'as les pieds froids, maman dort, tu vas la réveiller et moi...

Je dois reprendre ma partie. La chasse aux fantômes n'est pas terminée. Hors de question que je finisse sur une défaite.

Mais les problèmes d'adulte, ma fille n'en a cure. Elle me pousse, s'incruste un peu plus.

- J'ai peur des monstres...

- Des monstres ? Quels monstres ? ça n'existe pas les monstres. Où t'as vu des monstres ? 

- Dans ma chambre, y en a plein.

Elle ferme les yeux, met son pouce en bouche.

Fin de la discussion.

Pour elle.

- Ah, y a des monstres ! Et ben, on va leur montrer qui c'est le chef dans cette maison.

Il est temps de jouer les super papas. 

- Allez viens, on va leur foutre la trouille à tes monstres en carton.

Je tends la main. Elle hésite et finit par la prendre. 

Nous sortons de la chambre. Direction le couloir. Il faut passer devant l'escalier, aller tout au bout, là où se trouve sa chambre. Armé de mon téléphone, je lance l'appli lampe de poche. 

- Alors, les monstres, on fait peur à ma fille ?

Un coup de lumière au plafond. Rien.

- On se croit les plus malins ?

Un autre coup dans l'escalier. Rien. Enfin, à part une ombre dûe à la projection.

- C'est pas des petits monstres de rien du tout qui vont nous faire peur !

Un coup vers la cuisine. Une forme a franchement décampé. Ou alors, c'est mon imagination.

Ma fille, elle, retrouve un peu le sourire.

- Des monstres comme vous, j'en mange trois par jour !

- Et même au dîner, et même au déjeuner et même...

Ma fille est remontée comme une pendule. Moi, j'essaie d'oublier ce que j'ai vu. Ce que j'ai cru voir. Une sorte de chien. Ou de rat. Ou...

- Chuuuuutt...

Nous sommes devant la porte de sa chambre. Je frappe un coup à la porte.

- On est là...

La porte s'entrouvre.

A première vue, rien sinon, la veilleuse. Ce que j'ai vu était une illusion. Le fruit de mon imagination de gamer insomniaque.

- Alors, ils sont où les petits monstrounets ?

ça marche, ma fille rit franchement.

-Ils sont peut-être... sous le lit !

Un coup de projecteur rapide. Rien. Mais j'ai clairement entendu un truc gratter.

- Ils sont peut-être... sous les draps !

Toujours rien. Ma fille peut s'installer sous sa couette.

- Ils sont peut-être... dans l'armoire !

J''ouvre et j'ai la peur de ma vie.

Face à moi, un visage effrayé hurle sa surprise, la bouche tordue par l'effroi.

Saloperie de miroir, je savais que c'était pas une bonne idée.

- ça va, papa ?

- ça va, les monstres sont partis, ils sont devenus tout rikikis, ils ont fui dans la nuit.

L'idée l'a fait sourire. La voilà rassurée. Elle referme ses yeux, son pouce à la bonne place, prête à sombrer dans un profond sommeil.

Je reste quelques instants pour la surveiller.

Je me laisse bercer par sa tranquille respiration.

Elle bouge parfois.

Les nerfs qui résistent.

Puis plus rien.

Elle dort.

Je peux retourner à mes occupations.

Je sors, limitant comme je peux le grincement de sa porte.

Et là, dans le couloir, je les vois.

Ce ne sont pas des humains. Ce ne sont pas des chiens. Je ne sais pas ce qu'ils sont. Certains ont l'air vaguement humains. D'autres sont petits comme des rats. Ils ont dix pattes, deux, quatre. Quelques-uns poilus, d'autres dentus, l'un d'entre eux bave un liquide gluant sur mon parquet. Un autre est accroché au plafond, me regardant de ses six yeux à l'envers.

Je n'en avais jamais vu autant.

Je n'en avais jamais vu tout court.

Tous me fixent sans bouger.

A croire qu'ils sont aussi terrorisés que moi. Moi, il me reste un petit rien de courage. Juste de quoi, retourner chez ma fille.

Je me couche près du lit, sur le sol. Je lui pique sa couverture qui me couvre à peine les genoux.

Si je ne bouge pas, ils ne me verront pas.

- Qu'est-ce que tu fais ?

- Rien. Dors. Y a des monstres dehors... Je peux dormir ici ?

- Ah bah non, j'ai école demain, je suis trop fatiguée et puis t'as ta chambre...

Sans ouvrir les yeux, elle se redresse et me prends la main.

- Allez papa, c'est pas les petites bêtes qui vont manger la grosse. 

Non mais d'où elle se permet de...

- Si jamais on trouve un monstre, je te promets, on lui botte les fesses.

Elle ouvre sa porte, j'entends mille pattes qui détalent.

- Personne fera du mal à mon papa, c'est compris ? 

Elle avance yeux fermés. A croire qu'elle rêve en même temps.

- Allez, on n'a pas toute la nuit.

Nous traversons le couloir. Des formes tentent de se cacher. L'une d'elles imite le frigo. C'est à s'y méprendre. Mais ma fille s'en moque. Elle est décidée. Elle m'amène jusqu'à mon lit.

- Maintenant, on se couche et on dort.

J'entre sous la couette, elle me borde, me tapote la tête.

- Et finis les jeux. C'est pas bon pour ton imagination.

Un bisou sur le front.

- Bonne nuit, mon petit papa chéri.

Et la voilà partie.

J'attends une seconde.

Deux.

Trois. 

Quatre.

Rien.

Si ce n'est sa porte qui grince en se refermant.

Demain, je l'a retrouverais bien au chaud, lovée au fond de son lit.

L'air d'avoir oublié tout ce qui vient de se passer.

Prête pour une nouvelle journée d'énergie.

Les monstres, eux, seront certainement partis.

La seule manière de le savoir sera d'attendre la nuit.